Tour du monde en vélo – Journal de bord 002 – Italie

Jour 5 – Cassine à Voghera

Une bonne literie, cela n’a pas son pareil pour requinquer son homme. Et comme dirait Gérard, une literie grande largeur et 9h de sommeil, c’est encore mieux. Nous aurons eu les 9h de sommeil, mais nous avons fait couche séparée dans de petits lits. Encore mieux pour dormir sans être réveillé par son voisin et/ou ses gesticulations nocturnes (Kiki comme Kikinette étant sujet chacun à refaire entièrement leur lit dans la nuit). L’avantage de ces nuits (outre la pause bienfait qu’elles procurent), c’est qu’au petit matin, il n’y a aucune tente à plier, ni besoin d’être plié en quatre pour s’habiller. Des petites choses qu’on apprécie très rapidement.



Avec nos chambres à l’hôtel, nous avions le droit au petit déjeuner. Ce dernier devait se prendre au bar du coin. Nous voilà dans le froid matinal à traverser la place centrale vers les 8h00, pour nous rendre compte que les locaux s’affairaient déjà à monter un petit marché. On est samedi. Nous avions oublié ce point. Et nous l’oublierons encore quelques heures plus tard. Le bar semble être le point de ralliement de nombreuses personnes malgré l’heure matinale, une bonne quinzaine de personne, là, à prendre leur café avec une focaccia au jambon. Pas plus bête que les autres, nous voilà à prendre la même chose pour attaquer notre journée. On accompagne le tout d’un petit café et thé pour faire passer le tout, avec, accrochez-vous bien, un verre d’ACE. Oui, nous tenons à ne pas avoir de carences, et à manger nos cinq fruits et légumes par jour. Pour l’instant, on est presque dans la moyenne. Vivant et bien aimable, ce petit bar nous donne l’énergie pour attaquer la journée.

Le temps de faire nos valises, on se rend vite compte que l’on s’étale plus facilement lorsque nous avons de la place, et que nous en oublions nos bonnes résolutions de tout préparer le soir pour le lendemain. Mais qu’importe, nous montons sur nos vélos vers 9h30 pour rallier Alessandria en un peu plus d’une heure trente, et décidons de nous y arrêter pour visiter un peu. Kiki opte pour une Eglise, tandis que Kikinette va s’aventurer vers la Citadelle. C’est là-bas qu’une pause déjeuner sera faite, après un petit tour au marché pour faire nos courses du jour. Samedi étant là, la Citadelle avait été investie par un grand marché des producteurs. Quelle agonie pour nous de voir toutes ces étales et se dire que non, nous ne pouvons pas faire comme avant, à acheter de tout pour goûter plus tard ce miel, ce vin ou ce jambon. Cela sera une simple orgie visuelle à ce niveau, avant de visiter rapidement le lieu. Kikinette a eu le droit de son côté à une visite privée du musée, l’amenant sur une collection de la Seconde Guerre Mondiale. A croire que cela nous poursuit ah ah !

Décision est prise vers les 13h00 de reprendre la route. Point d’objectif, point d’étape définie. Nous roulons vers Piacenza en nous disant que nous nous arrêterons en chemin poser notre tente, afin d’être plus proche de la ville le lendemain. Nous pédalerons un peu moins de 40km dans l’après-midi, sur des routes toujours plus droites et sans fin les unes que les autres, traversant par moment quelques villes & villages. Les paysages sont plats et coupés par les bâtiments bordant la route qui nous coupent la vue sur toute la plaine. Des champs marquent aussi le paysage, mais aucun n’est encore en plantation. Quand ce ne sont pas de vieux bâtiments abandonnés, ce sont des immenses portails seuls qui jalonnent notre parcours. Oui, des vieux portails fermés mais sans aucun mur ensuite. Surement que la seule vue de ce dernier doit empêcher les gens d’entrer sur les terrains. Nous nous persuadons de cela pour comprendre ce fait. Et ce n’est pas les douces températures de la journée qui nous ont poussé à réfléchir plus en amont sur le sujet. Fini le t-shirt au vent, c’est avec la veste et le pantalon que nous avons roulé toute la journée. Du coup, nos fessiers l’ont bien senti vers la fin de journée.

Un petit aparté : les italiens au volant. Pour l’heure, nous avons vu de tout, mais en majeure partie, les automobilistes respectent plutôt bien les distances pour nous doubler (oui il y a toujours un petit nombre de récalcitrant, mais nous leur souhaitons tant de bonnes choses à chaque fois). Non, ce n’est pas ce point qui nous donne envie d’écrire, mais vraiment la manie des italiens d’avoir leur téléphone accroché à leur oreille quand ils conduisent. Tous. Mais alors vraiment tous semblent téléphoner au volant. Est-ce donc autorisé ici en Italie ? Ou est-ce que le nombre de contraventions à ce niveau est la première source de revenus de l’Etat ? On essayera de se renseigner là-dessus à l’occasion. Mais aussi sur la signification des lignes blanches continuent qui semblent vouloir signifier « vous pouvez doubler sans problème ».

Pour l’histoire du jour, sur notre route, nous nous arrêtons pour nous ravitailler en eau. Là, Kikinette se moque de Kiki avant de repartir, puis paf, la voilà fraichement par terre en plein éclat de rires. En remontant sur le vélo, le poids de ce dernier l’a déséquilibrée et n’ayant pas le temps de dévisser sa chaussure, paf, elle a pu rencontrer sa première chute à l’arrêt du voyage. Comme quoi, dans la vie, il ne faut pas se moquer des autres ah ah.

La chose moins drôle pour nous fut de nous rendre compte que pour la deuxième nuit consécutive nous allions devoir dormir à l’hôtel. Impossible de trouver un endroit adéquat pour poser la tente. Des champs à perte de vue, et aucun arbre ou terrain vague à l’horizon. Ni une ni deux, nous voilà sur Internet à chercher les logements disponibles dans le coin. Un seul hôte Airbnb… mais non disponible. On se dirige vers une chambre d’hôtes, on sonne… mais plus de place. On tente un autre hôtel en ville… même chose, plus de place. On se rappelle alors que nous sommes samedi… Mauvaise pioche pour nous. Il ne reste plus qu’un seul endroit, alors on tente le tout pour le tout. C’est à la sortie de la ville, un hôtel. On appelle. Bingo, ils ont encore de la place. On remonte sur nos vélos, heureux d’avoir trouvé un toit pour la nuit. Il ne paye pas de mine, son état n’est pas des plus neuf, mais il sera parfait pour nous : un lit, une douche et un petit déjeuner pour un prix moindre que la veille. On se pose alors sans se faire prier, Kikinette regarde les photos du jour, Kiki écrit. Une bonne journée qui se termine.

Jour 6 – Voghera à Piacenza

C’est au son des cloches que se fera le réveil. 7h30 et nous dormions toujours tous deux d’un sommeil des justes. Le temps d’enfiler deux vêtements, nous voilà dans la salle de réception de notre hôtel, seul client du jour très probablement. On nous installe, puis nous présente un panier avec quelques croissants (certains sont une version italienne de notre pain au chocolat). Ne pensez pas un seul instant que nous ayons refusé d’y gouter, ils sont fort bons. Eux, plus les petits pains au beurre ou à la confiture que nous engloutîmes sans attendre. La corbeille de pain n’étant pas vide, nous décidons de les ramener avec nous pour en faire notre affaire un peu plus tard dans la journée.

Un dernier « Ciao » à nos hôtes d’un soir, et nous voilà emmitouflé dans nos vestes et nos cagoules pour reprendre la route. Une petite étape nous attendait, un peu plus de 50km, pour rallier la ville de Piacenza. Le froid s’étant installé à nouveau, nous avions décidé de remettre nous aussi un pantalon sur nos jambes. On se rendre bien vite compte au final que l’association du collant avec nos pantalons procure un mal aux fesses plus important qu’à l’accoutumé (nous l’avions déjà noté la veille, mais nous pensions alors que cela venait de nos autres collants). Mais qu’importe, cela ne nous empêchera de tracer notre route pour la journée, ça comme l’apparition des premières couleurs sur nos corps, ou le nez gercé de Kikinette, ou encore les lèvres fendues de Kiki. Non, non, non, il y a toujours un remède à chaque chose, et ce remède, c’est profiter de l’instant présent (mais aussi mettre du labello et de la crème).

Et aujourd’hui, on peut dire que nous avons eu le droit à un florilège constant avec les panneaux de signalisation. On avait déjà pu remarquer que notre GPS n’arrivait pas à indiquer les bons kilométrages. Jusque-là, nous pouvions lui pardonner. Mais quand les panneaux routiers s’y mettent aussi, on se pose des questions sur les agents italiens qui les ont placés sur la route. Dans une même ville, nous avons eu le droit à un 39km, puis 200m plus loin un 30km, puis un 34, puis un 39, avant de sortir de la ville pour lire 35. La ville en question ne devait pas dépasser les 2km de long… Allez comprendre vous ! Mais le plus fort, car oui c’est possible, c’est le moment où à une même intersection nous voyons sur notre droite un panneau indiquant 18km et sur notre gauche un panneau avec 17,5… Là, nous avons applaudi haut et fort ce miracle divin ! Puis nous avons continué notre route, en nous disant seulement que nous ne pourrons pas nous fier aux panneaux kilométriques en Italie.

Par contre les paysages de l’Italie… Chaque jour est bien différent. Nous qui pensions continuer nos longues lignes droites monotones de la veille, nous voilà à entrer et sortir d’une multitude de petites bourgades, toutes plus animées les unes que les autres. Dans l’une un grand marché sur la place centrale où la foule du dimanche matin était venue en masse. Dans l’autre un carnaval se préparait avec les chars qui se ravitaillaient à la station-service et les enfants qui se déguisaient sur un parking. La vie italienne semble foisonner même le dimanche où tous les magasins sont ouverts sans distinction. Et lorsque nous sortions des villes, les collines se jouaient de nous sur notre droite, nous déversant de magnifiques paysages entrecoupés de vignes et de champs, avec à leur sommet quelques habitations. Un régal visuel à la lueur du soleil de mars.

Être cyclotouriste, c’est être seul la majorité de sa journée, même si l’on part à deux. On ne peut pas vraiment parler entre nous, juste par moment se dire quelques mots, montrer un lieu ou un paysage. Puis par instant, on se rappelle d’une conversation qu’on a pu avoir la veille ou l’avant-veille en voyant un bâtiment industriel. Comme hier, quand nous sommes passés devant une énorme ferme laitière qui produisait directement ses propres yaourts avec le lait des vaches qui se trouvait dans leurs enclos juste à côté. La première fois que nous voyons ce type d’installation, remémorant à Kikinette son adoration pour le lait frais de vache de son enfance. Bref, petit aparté dans le récit.

Il est 16h, et nous partons de notre B&B du jour afin d’explorer cette fameuse Piacenza. On en fera le tour entièrement, serpentant dans toutes les rues et ruelles de celle-ci pour capter les lumières et les images que nous voulons garder. Si dans la majeure partie des artères de la ville, tout semble sans vie, c’est peu dire de l’hyper centre ancien qui était bourré de monde. Et on le comprend vite en voyant toute la rue piétonne avec ses nombreux magasins ouverts, et les gens faisant leurs courses jusqu’à 19h. Piacenza sera couleurs et vieux bâtiments. Des bâtiments massifs et majestueux qui se dressent au cœur de la ville. Des palaces qui font face à des Eglises, dans une splendeur à l’italienne. Nous sommes captivés par cette première ville étape. Nous le sommes un peu moins quand nous recherchons pendant plus d’une heure un restaurant qui nous propose un bon plat de pâtes… pâtes que nous ne mangerons pas ce jour, au profit d’une délicieuse pizza qui fera notre affaire en désespoir de cause.


La lune nous offre une magnifique lumière pour nous raccompagner jusque chez nous. Le temps d’une photo, nous voilà à nous remettre à chercher des hébergements pour nos prochaines villes étapes. Nous voulons être un minimum organisé afin de profiter pleinement des villes sur notre chemin. Parme, Modène, Bologne… toutes ces villes nous attendent pour de nouveaux récits.

Jour 7 – Piacenza à Parma

Un silence anormal règne dans la maison. Puis les premiers bruits du matin. D’autres pensionnaires semblent avoir gagné la maison pendant la nuit dans les chambres attenantes. Le petit déjeuner se fera dans le salon, juste à côté de ce qui semble être une chambre improvisée. Des ronflements se font entendre, sommes-nous de retour à Sainte Agnès ? On vous passe les détails en termes de déco, mais nous avions de tous les styles réunis en un même lieux. Ancien, nouveau, rétro, à ne pas avoir chez soi, inqualifiable, etc. C’était un joyeux melting pot de couleurs et d’objets en tout genre. On essaye d’être les plus discrets possible, avant de plier bagage et remonter sur nos vélos.

Cette journée allait s’annoncer épique sous toutes ses formes. Le GPS commence par nous faire faire une balade dans Piacenza, un magnifique tour du centre, avant de se dire « c’est bon, là où je t’ai fait tourner à gauche il y a cinq minutes, tu peux aller tout droit pour sortir de la ville ». Le petit malin ! Puis nous fait passer par des petits chemins de traverse pour gagner quelques mètres au demeurant par rapport à la route principale. Si pour la première partie de la journée, nous avons opté pour rallonger le trajet en passant par une voie secondaire où il n’y avait pas de voitures, la seconde s’est faite au pas de course sur l’artère principale avec une cohue sans nom de véhicules en tout genre nous doublant encore et encore. Il faut dire qu’à la pause déjeuner, Kiki s’est décidé à faire un premier check-up complet des vélos. Le voilà s’affairant par terre avec sa brosse à dent pour nettoyer la chaine, quand il se rend compte de la première casse. Sa roue arrière venait de dire adieux à deux rayons. Impossible de réparer ça comme ça sans devoir tout démonter.

Décision est prise de remonter rapidement sur les vélos après avoir englouti une bonne plâtrée de riz afin de nous rendre à Parma. Kiki était remonté contre lui-même de ne pas avoir vu ça plus tôt, ni d’avoir empêché la casse. Mais c’est surtout qu’il pensait éviter les soucis mécaniques pendant la traversée de l’Italie au minimum. Réussir à casser des rayons au bout de 6 jours, voilà un triste record pour commencer ce voyage. Son état d’esprit pour les deux heures suivantes s’en est ressenti sur la cadence de pédalage qui avait nettement augmenté. La chance fut néanmoins avec nous en trouvant un ancien réparateur de vélo juste à côté de là où nous devions loger pour la nuit.

En entrant dans ce lieu atypique, nous ne savions où poser notre regard tant il y avait foule d’objets, pièces et vélos en pagaille. On était subjugué par ce bric-à-brac énorme qui formait un tout indivisible et rêveur. Les vieilles affiches sur les murs rappelaient le passé de cycliste du vieil homme qui s’occupa de nous. D’une gentillesse sans pareil, et d’une rapidité sans égale. Rapidité à parler entendons-nous bien, car il débitait un nombre de mots à la seconde qui nous empêchait de vraiment tout comprendre à ce qu’il pouvait nous dire. Nous avons pu apprendre qu’il avait fait le Giro du temps de Bernard Hinault, et qu’il était plutôt bon en son temps. C’est avec des mains assurées qu’il s’est occupé de la monture de Kiki pour la remettre d’aplomb. Voilà une bonne chose de faite pour pouvoir maintenant partir à la découverte de Parma.

Si de toute la journée, nous n’avons croisé aucun cycliste sur les routes, c’était tout autre chose une fois arrivé à Parma. Ici, la bicyclette est reine. Partout, vous pourrez en voir. D’ici contre un mur, de là sur leur béquille, ou encore d’autre au pied d’un immeuble. Tout le monde semble avoir sa propre bicyclette. Les voitures sont absentes de la ville, et la petite reine y est omniprésente. C’est bon de voir ce type de ville qui semblent très tourné vers ce moyen de locomotion et sur son développement en zone urbaine, en lieu et place des autres polluants. Et un régal sonore pour nous en tant que visiteur déambulant à pieds dans les rues. Profiter sans se poser de questions.

Avec les événements de la journée, nous n’avons pu déambuler dans la ville qu’à la tombée de la nuit, ne nous offrant pas la possibilité de visiter les Eglises et autres monuments gigantesques qui s’y trouvaient. Gigantesque est bien le mot à utiliser tant le cœur de la cité est remplie de vieux bâtiments imposant comme jamais. Des monstres d’un autre temps qui vous font imaginer la splendeur et le faste d’une autre époque. Les yeux grands ouverts, nous admirons sans dire mot. Ces images resteront gravées en nous à défaut de pouvoir les apposer en photo. Vivante est la ville, et nous y croisons foule dans ses rues et ruelles du centre-ville. Il est pourtant 19h00 passé, et nombre de magasins sont ouverts. Au détour d’une petite rue, on aurait pu se croire sur le Chemin de Traverse d’Harry Potter, avec tous ces petites boutiques révélant des métiers oubliés. On aurait eu envie de rentrer dans chacune d’entre elles et discuter avec leurs tenanciers, mais l’heure nous pousse déjà vers notre objectif du soir : trouver un restaurant où manger un bon plat de pâtes. Nous avons failli la veille, mais à force de persévérance, nous avons enfin pu manger nos premières pasta italienne après 7 jours. C’est le ventre bien rempli que nous nous en rentrons pour préparer notre prochaine étape.


Data depuis le début de notre tour du monde en vélo

  • Budget : 320,67 euros
  • Kilomètres parcourus : 450,23
  • Temps sur le vélo : 1j06h09min41s
  • Altitude : 3327+ / 3464-
  • Calories dépensées par personne : 17279

 

Par | 2017-09-15T11:10:21+00:00 mars 14th, 2017|Italie|3 Commentaires

3 Commentaires

  1. Ernandorena Jean Jacques 14 mars 2017 à 9 h 54 min - Répondre

    C’ est vraiment sympa de pouvoir vous suivre avec autant de détails.
    Ca fait envie !!!
    Bon courage à tous les 2
    Jean Jacques

  2. Rachel Santenac 14 mars 2017 à 12 h 23 min - Répondre

    Vos récits sont passionnants
    Bon courage à vous deux
    Rachel

  3. Philippe Chadel 14 mars 2017 à 23 h 41 min - Répondre

    On a l’impression de voyager avec vous ……mais sans pédaler !!

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