Tour du monde en vélo – Journal de bord 005 – Italie

 

Jour 14 – Pescara à Termoli

Le jour se lève lentement sur la tour. La fenêtre s’ouvre. Nous sommes au dixième étage. Notre regard se perd dans l’horizon de Pescara. La journée s’annonce longue elle aussi comme la veille, une centaine de kilomètre au programme. Nous soufflons un coup, l’ascenseur fonctionne. Du moins, un sur deux, ce qui est suffisant pour redescendre nos vélos avec. Le temps de reprendre la piste cyclable, et nous voilà longeant la mer. Nous la perdrons très rapidement de vue dans le brouillard qui commence à tomber. Longue traversée dans l’abîme le plus profond. Nous nous sentons seul sur cette route côtière qui semble désertée ce matin-là. Nous alternons entre les hauts et les bas, la route ayant décidé de ne pas rester tranquille aujourd’hui. Nous alternerons nous aussi entre les vitesses de nos vélos pour nous jouer de la route. Nous avançons paisiblement et dans le brouillard pour apercevoir quelques cabanes de pêcheurs le long du littoral. Une pause plus loin, et quelques photos de Kikinette, nous repartons de plus belle pour enfin revenir dans le soleil de l’Italie.

Une chose est sûre, l’Italie semble à vendre. Depuis notre départ, nous ne comptons plus le nombre de bâtiments abandonnés, non terminés, ou simplement avec une pancarte. On nous avait dit que ce triste constat était dû à la crise qui a touché de plein fouet nombres personnes qui du jour au lendemain n’ont plus eu les moyens de payer leur chantier. Du coup, le paysage italien se retrouve encombré de bâtiments non terminés. Et personne ne semble vouloir les enlever de là. Mais outre cela, dans toutes les villes que nous traversons, les panneaux de vente sont eux aussi légion, pour des appartements ou des commerces. Seules les bureaux de postes semblent faire de la résistance en Italie. Ils sont partout, toujours présent. Grande ville, petite ville, village ou simple hameau, si il y a bien une constante en Italie, c’est bien celle-là : le service de la poste est assuré.

Après avoir roulé plus de 70km, nous trouvons au bord d’une route un petit bar. Nous n’en avions pas croisé avant, ce qui nous avait fait pousser jusqu’à 14h. Une première pour le ventre de Kiki. Le WiFi trouvé, nous pouvons contacter notre hôte du soir. Rendez-vous est pris à Termoli pour 17h. On en profite pour se reposer un peu au bar, et pour fêter nos milles premiers kilomètres, c’est fête. En plus de nos traditionnels paninis, on s’octroie une pizza. Wahou. Il n’en faudra pas plus pour faire nos 25 derniers kilomètres en moins d’une heure et demi pour attendre au bord de la plage de Termoli notre hôte.

Iole nous fait signe depuis sa voiture. Elle est avec sa fille. C’est avec un immense sourire qu’elles nous souhaitent la bienvenue dans leur ville. Nous avons-nous aussi directement le sourire en les voyant. Nous la suivrons sur cinq kilomètres en vélo. Elle en voiture. Nous à la traine. Surtout dans la dernière petite montée. Mais le paysage est juste extraordinaire. Nous arrivons chez Iole qui nous accueille à bras ouvert. C’était comme être à la maison, avec nos mères respectives. Chaleureuse, vivante, heureuse, voilà les mots qui décrivent le mieux cette famille entière que nous allions rencontrer. Le temps de prendre chacun notre douche, café et thé nous sont offerts, et nous commençons à discuter de tout et rien. Kikinette revient alors de sa douche les cheveux mouillés. Il n’en fallait pas plus à Iole pour la reconduire dans la salle de bain pour se les sécher. La mama italienne. Elle a veillé sur nous comme si nous étions de sa famille. Réconfortant et redynamisant. Nous nous reposons une petite demi-heure, avant que le diner soit servi. Et là, c’était toute la famille qui nous attendait. La grand-mère, le père, la fille, le fils et sa copine. Seul leur plus jeune fils manquait à l’appel, mais il venait de repartir la veille dans le Nord de l’Italie où il habitait. Une immense famille au grand cœur avec qui nous avons parlé tantôt en français, tantôt en italien, et parfois Kiki y ajoutait sa touche d’espagnol ou d’anglais.

Une table italienne de bout en bout. Des rires et du bon vin. Des mets locaux et de franches discussions. De quoi passer une soirée mémorable. On apprend qu’ils cultivent sur leurs terres olives et raisins pour le faire transformer ensuite en huile et vin qu’ils revendent. Les papilles sont aux anges, surtout quand on connait l’adoration de Kiki pour ces deux-là (le chocolat et le miel étant aussi sur la liste). Toute la famille nous fait sentir comme si nous les connaissions depuis des années, et tous souhaitent que nous nous resservions encore et encore. On fait honneur à notre hôte en tentant de tout goûter à de multiples reprises. La panse est à craquer ce soir-là. Le vin fait son effet aussi. Une discussion en amenant une autre, on nous apprend qu’en Italie la fête de Pâques est très importante. Chez nous, nous cherchons des œufs en chocolat pour juste manger le chocolat. Ici, ils ont rajouté des cadeaux à l’intérieur, ce qui rend l’événement encore plus grand pour eux. Les enfants sont plus intéressés par le contenu que le contenant. Kiki ne comprend pas qu’on ne puisse pas préférer le chocolat, puis on nous dit que certaines personnes peuvent s’offrir des œufs de plus de 8kg de chocolat à taille humaine. On vous passe la bave qui coulait de Kiki, pour se dire que les traditions peuvent être bien différentes d’un pays à l’autre. Sur la table, les fruits arrivent, nous en piochons un pour les vitamines. Une question nous taraudait sur un autre type de tradition : la conduite en Italie. Le téléphone semble bien interdit au volant, mais tout le monde l’utilise. Et les amendes sont en fonction de la volonté des policiers de sanctionner ou non l’automobiliste. Les pilotes sont nombreux, et tous les radars que nous croisons dans les villes sont en fait des radars de portions. Ils sont censés prévenir les trop grandes vitesses. Voilà qu’une coupe de fraises et un limoncello local viennent s’ajouter devant nous. Les rencontres font un voyage comme nulle autre pareil. La table se vide, nous faisons une photo souvenir avec toute la famille.

Le soleil a disparu depuis plusieurs heures, installant une nuit douce et pleine. Nous voilà dans la voiture avec Iole, Franco (son mari) et Erika (sa fille) en direction de Termoli. Ils nous réservent une visite nocturne de la ville à travers les petites ruelles de la cité médiévale. Dans la voiture, Erika nous apprend qu’elle est professeure dans un collège et qu’elle était parti quelques années en Suisse. Son français était excellent, de quoi faire la passerelle quand nous n’avions pas toujours les mots en italien pour parler avec toute sa famille. C’est au fil des lumières des réverbères que Kikinette s’extasie dans l’art de la photographie nocturne. Cliché après cliché, nous la voyons de-ci derrière une voiture, de-là sur un mur scrutant la plage, puis pour clôturer nous la perdons dans le port à côté des chalutiers qui revenaient de la pêche. Erika nous apprend que la ville date du XIème siècle à l’époque normande, construite par un certain Federico II. Un tour par la place de la cathédrale, pour que Iole nous montre que tout le centre est pratiquement constitué de B&B pour la haute saison. Après une bonne marche, nous terminons tous dans un petit (mais délicieux) bar à vins de Termoli. Choix est fait d’un vin local, un rouge léger qui se déguste sans fin. On nous apporte quelques biscuits pour grignoter avec. Ceux-ci ressemblent étrangement à nos croquets. Le goût est délicieux, mais rien ne pourra remplacer les croquets de la famille de Kiki à ses yeux. Après quelques verres, nous revoilà à reprendre la route. Il ne faudra pas moins de quelques minutes à Kiki pour s’endormir ce soir-là, et autant pour quelques ronflements selon Kikinette. Une journée haute en couleurs et simplement parfaite qui s’achève.

Jour 15 – Termoli à San Severo

L’envie de se lever n’est vraiment pas là. Nous aimerions rester au chaud sous la couette pour profiter un peu plus de ce moment. Mais nous devons bien à un moment où l’autre reprendre la route. Il est 7h30, et toute la famille semble déjà réveillée. Il faut dire qu’Erika travaille à 8h00, et que Franco va partir dans les champs d’oliviers pour s’en occuper. Alors nous arrivons quand toute la maison est déjà en ébullition matinale. Si le diner de la veille était déjà gargantuesque pour nous, le petit-déjeuner était là pour couronner nos ventres d’autres victuailles plus délicieuses les unes que les autres. Comme nous dit Iole « c’est vous qui allez pédaler toute la journée, alors prenez des forces ». Grands sourires. Nous nous disons que nous avons eu une chance énorme de les rencontrer sur notre chemin. Le temps de faire nos bagages, nous redescendons pour voir que Franco était revenu avec des viennoiseries. Impossible de partir sans y goûter, des croissants, ici rose à la confiture, là un autre à la crème, là encore un dernier au chocolat. Iole nous prépare à chacun un sandwich pendant ce temps. Nous ne savons pas comment la remercier. A l’heure du départ, c’était presque les larmes aux yeux que nous passons le portail pour reprendre la route. On espère un jour pouvoir tous les accueillir quand nous aurons fini. Une famille juste extraordinaire !

Parler de la route n’aurait que peu de sens aujourd’hui. Nos pensées étaient principalement vers les très bons moments que nous venions de passer. Nous nous remémorions que tout est parti d’un post Facebook de Guglielmo qui nous a conduit chez Fabio pour arriver chez Iole. Trois rencontres, toutes plus exceptionnelles les unes que les autres. Droite et plate. Voilà comment nous pourrions décrire la route du jour. D’immenses lignes droites, des kilomètres durant pour notre plus grand malheur. Le tout sous un soleil de plomb et une route lourde pour nos vélos. Les éoliennes répondaient aux champs d’oliviers. Les champs de panneaux solaires aux vignes. Un paysage tendre et bucolique. Mais qui ne donne pas envie de pédaler, juste de se plonger dedans pour se détendre à l’ombre d’un arbre.

Pour la première fois, nous nous scandalisons de la saleté du bord de route. Les petites aires d’arrêt pour les véhicules sont toutes plus sales les unes que les autres. Pneus, bouteilles, détritus en tout genre. Ajoutez à cela un nombre d’animaux morts sur le bas-côté qui dépasse l’entendement, il y avait de quoi se poser des questions. Chiens, chats, hérissons, et autres petits animaux gisaient là dans l’indifférence la plus totale. Route de la mort, ou route des filles sur ses abords. Tous les 500mètres, des filles étaient là à attendre des clients potentiels, de tous âges et nationalités. L’une semblait enceinte, une autre ne devait pas avoir 15 ans. La plupart dansait. Etaient-elles sous l’emprise d’une quelconque drogue, nous ne le saurons jamais. Mais quelle désolation de voir ce triste paysage sur cette route.

Nous mangerons nos sandwichs sur un banc de San Severo en repensant à Iole. Avant de partir à la recherche d’un hôtel pour la nuit. Ou pour la journée devrions-nous écrire. Il est 14h30 quand les clefs sont en main. Nous n’en avons pas bougé de la journée, sorte d’étape repos pour nous. Cela nous permettra d’écrire, de faire des montages vidéos ou encore de traiter toutes nos photos. On en profitera pour regarder quelques séries sur le WiFi de l’hôtel pour se faire plaisir. L’heure est déjà à se projeter sur le prochain pays. Il arrive à grand pas. Dans deux jours nous devrions arriver à Bari où nous embarquerons vers la Grèce. Mais le choix du port d’arrivée n’est pas encore fixé. Affaire à suivre.

Jour 16 – San Severo à Barletta

Les employés de l’hôtel ne nous auront pas beaucoup croisé. Une seule apparition pour le petit déjeuner, et puis s’en va. Copieux comme la plupart des fois où nous avons séjourné à l’hôtel, c’est le ventre bien rempli que nous reprenons la route. Kiki sera un peu déçu que la dame ne soit jamais revenue avec du jambon. Mais qu’importe, la journée n’en changera pas pour autant la face du monde. Comme la veille, nous allons rouler sur des routes bien longues, bien plates et bien droites. Comme la veille, nous aurons pour principal paysage les champs immenses de cultures diverses, les champs d’oliviers et les vignes. Des hectares et des hectares de vignes à perte de vue. Nous connaissions quelques vins italiens avant notre départ, mais nous ne pensions pas qu’il y avait ici une aussi grosse production. Nous en gouterons à nouveau avant de partir.

Après une bonne vingtaine de kilomètres sur la route principal, nous quittons enfin le fort trafic routier de voitures et camions. Une voie secondaire s’offre à nous. Plus simple, à travers champs. Nous ne croiserons que peu de monde dessus. Une chance. Car les rares que nous croisons pensent être sur un circuit tant les vitesses sont folles. Pourtant il y a bien des panneaux sur le bord de route, tantôt 90, tantôt 40 ou 30. Mais ces derniers doivent être une sorte de décoration pour le paysage ou juste utile pour les tracteurs du coin. Les automobilistes eux préfèrent largement dépasser ces chiffres trop bas à leur goût. On se console en se disant qu’au moins, ils nous doublent bien loin. Il n’y a que les appels d’air qui peuvent nous embêter de temps à autre, en nous freinant sec dans nos élans. Mais là aussi, on relativise. Moins grave que le vent de face que nous prenons sur les 30 derniers kilomètres après notre pause déjeuner. Lui était vraiment affreux. Mais rafraichissant compte tenu des températures et du soleil tapant sec. On était bien en bordure de ce champ pour le déjeuner. A perte de vue des champs et pas un homme pour nous embêter. Les lézards eux étaient plus nombreux. Partout sur le bord de la route à éviter nos roues et à jouer avec nous.

Comment reconnaitre un cyclotouriste dans la ville ? Regardez ses jambes en premier. Les genoux ressortiront bien rouge par rapport aux jambes. Remontez d’un cran, les bras. L’extérieur sera aussi rouge, tandis que l’intérieur sera encore rose. Si vous regardez ses mains, vous noterez aussi une démarcation significative au niveau des doigts, rendant les mains bicolores. Pour terminer, son visage aura une particularité unique : rouge sur le devant, blanc sur les côtés et autour des yeux. Là, vous avez tous les conseils pour bien reconnaitre le cyclotouriste dans son habitat naturel. Pour nous, c’est bon, le soleil a fait son effet depuis notre départ, et nous ressentons, sans trop de mal, les premiers coups de soleil. Vite traités, ils seront vite oubliés.

La ville s’ouvre à nous. Nous arrivons en avance à notre B&B du jour. Personne ne répond. Nous tombons en plus dans un immeuble où une veillée funèbre est en cours. Des gens montent les escaliers après avoir noté leur nom sur un cahier. Nous regardons nos téléphones, un sms de notre hôte qui nous annonce que le logement se trouve ailleurs. Arf. Le GPS ne trouve pas la rue. Arf. Nous sortons pour demander notre chemin. Une fille passe, nous l’interpellons, elle fait signe de pas comprendre et s’en va. Un garçon passe, nous lui demandons aussi, il nous dit de regarder sur Google Maps et s’en va. On commence à se dire que personne ne veut nous aider. Un papy arrive, nous lui posons la question. Il interpelle à son tour deux jeunes filles qui nous aident enfin en nous trouvant la rue. Le papy insiste pour nous y conduire. Il nous emmènera au mauvais endroit. Arf. Nous commençons à tourner dans le périmètre (les filles nous ayant dit 2min à pieds). Rien, rien, rien. Kiki commence à maugréer dans sa barbe. Nous trouvons un bar, nous y arrêtons prendre deux muffins et une connexion WiFi. On demande à la serveuse si elle peut nous trouver l’adresse sur Google Maps, impossible. A croire que personne n’a de téléphone ou l’envie de nous aider ici. Kikinette arrive enfin à se connecter au WiFi du café (il faut liker la Page Facebook pour y accéder, une première assez intelligente selon Kiki) et nous avons un point sur la carte. Nous étions en fait juste à côté depuis le début. Arf.

Vélos dans le garage, bagages dans la chambre, propres sur nous après un passage à la douche, c’est bon, nous allons pouvoir partir visiter la ville à la tombée de la journée et se faire notre restaurant de fin de pays. Oui, demain nous prendrons le ferry de nuit, ce qui nous empêche de faire notre restaurant à Barri. Et quel restaurant. On ne sait pas si c’était normal ou un jour férié, mais tous les restaurants n’ouvraient leurs portes qu’à partir de 20h30. Une éternité pour nous. A la place, cela sera une bonne pizzeria suivi d’une glace pour fêter notre premier pays. Nous rentrons heureux comme jamais.


Data depuis le début de notre tour du monde en vélo

  • Budget : 793,91 euros
  • Kilomètres parcourus : 1194,51
  • Temps sur le vélo : 3j03h21min52s
  • Altitude : 6076+ / 6182-
  • Calories dépensées par personne : 37457

 

Par | 2017-09-15T11:09:32+00:00 mars 23rd, 2017|Italie|1 Comment

Un commentaire

  1. Ernandorena Jean Jacques 23 mars 2017 à 10 h 05 min - Répondre

    En plus de la découverte des paysages, les rencontres seront d’inoubliables souvenirs.
    cest vraiment une riche expérience, je vous envie !!!

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