Tour du monde en vélo – Journal de bord 006 – Grèce

Jour 17 – Barletta à Bari

Décision avait été prise la veille de profiter un peu de la matinée pour se reposer. Une grasse matinée. Une première. 8h00. Là, nous nous sommes alors dit qu’il ne faudra pas nous inviter au petit-déjeuner durant notre périple. Dévorer et goûter tout ce qu’il y a sur la table. Voilà un leitmotiv assez intéressant. Et ce matin, notre B&B ne manquait pas à sa réputation d’avoir un excellent repas matinal. Nous lui avons fait honneur. Puis nous avons lézardé dans la chambre, à regarder nos prochaines étapes, à poster notre dernier article, à discuter avec les lèves tôt. Puis, voyant l’horloge tourner dangereusement, nous nous sommes activés comme jamais. En dix minutes tout était plié, et nous voilà sur les vélos.

Raconter notre route du jour, revient à écrire sur du vide. Nous avons bouclé les 60km en trois heures environ, roulant toujours plus vite pour sortir de cette double voie infernale. Quand nous sommes entrés dessus, nous avons cru nous être encore une fois perdu sur l’autoroute. Mais non. Une double voie immense. Un trafic sans nom. Et des limitations de vitesse pour les animaux de la forêt certainement. Mais personne ne nous klaxonnait, donc nous étions bien dans notre droit. Ou presque. Kikinette a eu le droit de se faire engueuler par une autre femme au volant lors d’une sortie. Kikinette va y penser toute la journée pour maugréer contre cette dernière, n’en revenant pas qu’elle n’ait pu attendre dix secondes pour passer. Outre ce petit fait sortant de notre monotonie du jour, le paysage ne se démarquait peu de la veille. Sur notre gauche, un littoral entièrement construit. Sur notre droite des vignes et des champs.

Quand le panneau « Port de Bari » est en vue, nous soufflons. Voilà la fin de notre premier pays. Nous sourions. Quelques kilomètres sur le port nous amènent enfin à acheter notre billet pour traverser jusqu’à Patras. Il nous en coûtera 60€ chacun. Nous ressortons alors du port pour réaliser nos trois tâches de la journée : trouver un supermarché, une laverie et une pharmacie. On se rendra compte que toutes les pharmacies sont fermées entre 13h et 17h. Les laveries ne sont visibles que lorsque nous n’en avons pas besoin. Et les supermarchés sont bien cachés. Mais au coin d’une place, nous mangeons notre panini du jour au soleil. On trouvera vers 16h notre laverie, où nous patienterons pendant plus d’une heure et demi. Patienter est un grand mot quand on connait celle de Kiki. Les vêtements secs et chauds, nous faisons trois pharmacies. Le premier est mal aimable et ne veut pas nous renseigner. La deuxième nous dit qu’il nous faut trouver une grande pharmacie pour en avoir. La troisième nous annonce 140€ l’injection. Nous déclinons en nous disant qu’on trouvera peut-être le lendemain en Grèce un meilleur tarif. L’heure de prendre le ferry est là. Nous abordons. Les vélos attachés dans la calle, nous nous retrouvons sur le deck pour la nuit. Places sont prises à l’arrière d’une salle de repos avec quelques sièges inclinables. Le bateau part enfin du port dans un brouillard épais. Au revoir l’Italie, tu nous as offert de très bons moments !

Jour 18 – Bari à Nafpaktos

Dormir sur une rangée de siège n’est pas si terrible. Le petit vrombissement du bateau aidant à s’endormir paisiblement. Ce n’est sans compter nos nombreux voisins de chambre cette nuit. Les ronfleurs étaient de sortie. Combien, impossible de les compter, mais nous pouvions bien les entendre. Tout comme certains, qui vers 6h du matin ont eu l’ingénieuse idée de commencer à parler fort et mettre la musique à fond. On pourrait penser à des jeunes. Mais non, c’était des italiens dans la quarantaine qui n’en avaient rien à faire de toutes les autres personnes qui pouvaient dormir. Il leur a fallu une bonne dizaine de minutes avant de sortir enfin. Le calme étant revenu, mais sans possibilité de dormir, Kiki s’est mis à écrire un peu et faire de la vidéo. Kikinette elle a dormi paisiblement jusque vers 8h30, ou du moins, 9h30, puisque nous gagnons une heure en Grèce.

Doux réveil avec les roulis de la mer. Il nous reste encore plusieurs heures avant d’arriver au port de Patras. Un petit-déjeuner plus loin, et nous nous disons que les prix sur ce ferry pourraient rivaliser avec ce qu’il se pratique sur Monaco ou Paris. Le prix d’être sur la mer très probablement. Nous pensions être tranquille, mais nos turbulents voisins ont réussi à nous suivre dans le lobby où nous nous sommes installés pour patienter et travailler un peu. Après avoir écouté de la musique à fond, les voilà à jouer aux cartes bruyamment. Heureusement, ils seront vite remplacés par un groupe de personnes de confession Orthodoxe qui semblent être en pèlerinage. Il y aura donc eu quatre groupes sur ce bateau : les camionneurs, les élèves en voyage, les Orthodoxes et les chinois en vacances. Nous, nous semblons bien loin de tout cela. On en profitera pour quitter les derniers le ferry, pour profiter d’un port désert.

Si lui était désert, c’était un énorme contraste avec la ville. Nous avions pu depuis le bateau l’apercevoir au loin, elle ainsi que les nombreux reliefs de la Grèce pendant une bonne partie de la traversée. Pied à terre, le changement est radical. Exit les nombreuses couleurs des maisons italiennes, nous voilà entouré de blanc principalement ou d’ocre. Le tumulte de la ville est impressionnant. Elle fourmille de monde qui se déplace dans tous les sens. Premier constat : ici personne ne porte de casque sur un deux roues, cela semble anecdotique. Deuxième constat : la ville est entièrement taguée de petits graffiti. Troisième constat : la nourriture est riche et bonne pour un prix défiant la concurrence. C’est dans un petit bar que nous nous arrêtons pour prendre quelques mets locaux. Nous avions essayé deux supermarchés auparavant, mais il fallait une carte pour y faire ses courses. Puis nous avions mis plus d’une heure avant à chercher notre vaccin. La pharmacie où nous nous arrêtons nous apprend qu’ici en Grèce personne ne fait ce vaccin, et qu’il nous faudra l’importer pour l’avoir. On se regarde en se disant qu’on a fait une légère bêtise la veille. Ou une grosse, nous ne le saurons que dans plusieurs mois. La pharmacienne nous a gentiment aidé à trouver une autre personne qui pourrait nous le commander, mais peine perdu quand nous lui demandons aussi. On va devoir trouver une autre solution. Il nous reste encore quelques jours pour le faire.

Le ventre rempli, nous remontons sur nos vélos pour une petite vingtaine de kilomètres. Le GPS veut nous faire prendre un autre ferry pour traverser, alors que nous voyons ce magistral pont devant nous qui relie les deux côtés. Ne voyant aucun panneau qui interdit les vélos ou indique une autoroute, nous l’empruntons. On vous passe le vent latéral qui nous a fouetté pendant 10 minutes. Dans la descente, stupeur, un péage. Nous étions donc bien sur une autoroute et pourtant personne ne nous a klaxonné. On arrive à contourner le péage en prenant des escaliers, et nous voilà enfin sur la bonne route. Ouf. Il ne nous restait alors plus qu’à trouver notre petit hôtel pour poser nos affaires, nous doucher comme il se doit, et partir visiter cette petite ville côtière. Du moins, pour Kikinette, tel sera le programme. Pour Kiki, direction à nouveau le garage pour changer un rayon. Cette fois, un seul, dont la tête a vrillé. D’une main de maitre, rapide et parfaite, le rayon sera changé en moins d’une demi-heure cette fois, pour un prix dérisoire. La nuit tombe, et pourtant, tout est ouvert. Nous avons faim, mais tous semblent préférer les bars et cocktails à cette heure-ci. On trouve une enseigne ouverte, le menu en anglais nous est proposé. On choisit deux énormes sandwichs locaux. Nous sommes refaits. Mais nous étions seul. Les grecs semblent manger plus vers 21h00 ou après. Pour nous, cela sera compliqué si nous voulons dormir un minimum. Après une petite glace pour se féliciter de notre arrivée en Grèce, et nous revoilà dans notre chambre pour nous reposer. La nuit ayant été courte la veille dans le ferry, il faut recharger les batteries au maximum.

Jour 19 – Nafpaktos à Itéa

Réveil posé, lumière éclatante, le matin est bien là, et ses bonnes températures aussi. Nous déjeunons frugalement dans la chambre avec nos dernières rations du matin. Bientôt, plus de barres céréales maisons, et plus de muesli. Il faudra trouver autre chose. Mais là, nous pensons plutôt à la journée à venir. Nous descendons rendre les clefs de la chambre. On sonne. La dame qui s’occupe de l’hôtel arrive par l’ascenseur en robe de chambre. Elle n’est certainement pas du matin elle aussi. Le GPS veut nous faire une blague de son côté en nous indiquant Itéa dans 55km. A 30km plus ou moins… Il veut nous faire voler pour aller plus vite. Heureusement que nous avons roulé, sinon nous aurions raté ces paysages magnifiques.

Entre mer et montagne, nous voilà à emprunter la route côtière. Elle serpentera pendant des heures et des heures pour notre plus grand bonheur. Tantôt en haut, tantôt les pieds dans l’eau, nous chevauchons à travers la Grèce. Sur notre gauche, de gigantesques montagnes nous font de l’œil pour nous inviter à les gravir. Nous refuserons poliment. Sur notre gauche, la mer nous éblouie de mille feux. Au-delà, nous apercevons l’autre rive, avec elle aussi ses monts ténébreux et enneigés. Cela sera avec ces paysages aux teintes marquées que nous roulerons pendant toute la journée. Difficile de contenir Kikinette dans ses conditions. Cela sera photo sur photo que nous prendrons sur le bord de la route, pour toujours plus d’éblouissement visuel. Kiki lui en profitera pour faire quelques vidéos sur la route déserte que nous empruntons.

Si la veille, la ville de Patras fourmillait de monde et de voitures, aujourd’hui, nous étions au calme. Quelques rares voitures nous tinrent compagnie. Beaucoup plus de motos sillonnaient le littoral par contre. Ici aussi, nous recevons de nombreux encouragement tout au long de la journée. Un bon point pour le moral. Et autre bon point : la conduite des grecs. Irréprochable. Respect des limitations de vitesse, des distances de sécurité pour nous doubler. Non, vraiment rien à redire. A croire qu’entre les grandes villes et le reste du pays, il y a un gap énorme. Pourtant, cela semble complètement à l’opposé du simple fait qu’ici personne ne porte de casque. A ne rien y comprendre. Sur la route, nous croisons une multitude de petits autels, la plupart à la mémoire d’une personne disparue. Tous les 500 mètres vous pouvez en voir. A croire que la mortalité sur les routes est très importante ici. Nous essayerons de demander à l’occasion.

La pause déjeuner sera bien longue aujourd’hui. Le port de Galixitis sera notre arrêt du jour. Et nous avons essayé de respecter les coutumes locales en se posant à table vers 14h. Bondé de monde. Tous les restaurants du port étaient plein à craquer. Nous en choisissons un au hasard, nous installons, et là, il nous faudra plus d’une heure et demi avant d’en repartir. Le serveur semblait débordé tout seul pour une cinquantaine de couverts. Plus de trente minute pour prendre la commande. Mais, dans l’attente, nous avons pu manger huile d’olive sur pain. De quoi passer pour de parfaits étrangers en ces lieux. Le repas sera bon. Il vaudra son attente. Attente qui nous permettra de décider que nous camperions cette nuit et réserver notre hôtel du lendemain à Delphes. Un petit détour pour visiter cette somptueuse cité antique. Nous l’espérons du moins. Campement sera fait à une dizaine de kilomètres de la ville. Kilomètres que nous ferons le lendemain matin. Une belle montée de plus de 500 mètres de dénivelé que nous avalerons au petit-déjeuner. Nous patientons dans un champ d’oliviers que le soleil se couche pour pouvoir monter notre tente et être le moins visible possible. En attendant, nous écrivons et regardons les photos du jour. Enfin nous retournons sous la tente, cela nous avait manqué.

Jour 20 – Itéa à Delphes

Non loin, un chien commence à aboyer. Les chèvres lui rendent la pareille de l’autre côté. Un homme élague non loin des oliviers. Le jour n’est pas encore totalement levé, et pourtant tous semblent déjà debout depuis longtemps. On est dimanche, et nous avions oublié le changement d’heure. Plions bagages rapidement pour se mettre en route. Quelle route. Une ascension pendant presque une heure et demi avec un dénivelé constant. Parfait pour se mettre en jambe de bon matin. Tout ce qu’on aime. Le tout dans une chaleur déjà intéressante pour nous faire mettre en t-shirt dès 9h à l’ombre de la montagne. On s’y arrêtera une fois, dans un petit recoin de prairie, pour faire décoller le drone. Il était impensable de ne pas capter cette masse immense. Cette masse immense n’était autre qu’une forêt d’oliviers qui s’étendaient à perte de vue entre la montagne et la mer sur des kilomètres et des kilomètres. Nous perdons notre regard dedans en se disant que personne n’aurait pu nous y trouver.

Delphes est en vue. L’hôtel a déjà notre chambre de prête alors qu’il n’est que 10h30. Vélos montés sur le balcon, nous en profitons pour étendre notre linge du jour et déballer la tente. La chambre ne ressemble plus à une chambre. Plus un terrain de guerre où tout était sorti. Douche prise, nous sortons pour une petite collation de midi. Nous sommes toujours seuls dans les restaurants. Bon point pour nous, nous sommes servis plus rapidement. Nos plats (tourte, pizza et friand au fromage) locaux dégustés, carte est sortie pour décider de la suite de la journée. Tout semble concentré à l’extrémité Est de la ville. Partons marcher un peu pour dégourdir nos jambes dans de belles montées.

Un virage plus loin, un spectacle magnifique s’offre à nous. Le temple d’Apollon sur notre gauche. Le temple d’Athéna en face de nous. Le vide entre nous et la montagne sur notre droite. Décors de jardin d’Eden, nous comprenons pourquoi Delphes est surnommé le « Nombril du Monde » (nous apprendrons plus tard en lisant des pancartes, que cela provient d’un mythe ancien, où Zeus aurait lancé une pierre à la croisée du vol de deux aigles). Le temple d’Athéna sera notre première visite. Le plus à l’Est. Il s’agissait du premier temple que les pèlerins venant d’Athènes pouvaient apercevoir à l’époque. Athéna pouvant être davantage vénérée qu’Apollon à certains moments de l’histoire. Emplacement stratégique pour y recevoir nombres d’offrandes. Du Temple, il n’en reste que quelques bribes qui ont survécu aux affres du temps et aux tremblements de terre. Les reconstitutions en images nous plongent directement dans une Grèce Antique glorieuse et sulfureuse. On reste ébahi.

Nous le serons encore plus quelques minutes plus tard quand nous nous dirigeons vers le Temple d’Apollon. Là, nous allons gravir et encore gravir des marches pour pouvoir admirer dans son ensemble les vestiges. Mais le spectacle était époustouflant. On y apprendra qu’en plus du « simple » Temple pour Apollon, l’ensemble des cités-états de l’époque construisait régulièrement des « Trésors », ou sorte de « petits » temple pour faire une offrande à Apollon. En faisant cette offrande (qui pouvait parfois aller jusqu’à un dixième de leur récolte ou de leur butin d’une guerre), il s’attirait ainsi les bonnes grâces des Dieux. La victoire à une guerre était souvent synonyme de construction d’un Trésor. Un seul de ces lieux est encore debout, celui des Athéniens. Ses proportions semblent déjà imposantes, alors on essaye de s’imaginer la taille même du Temple d’Apollon. L’ascension continue pour arriver devant le Théâtre qui pouvait accueillir jusqu’à 5000 personnes dans sa composition actuelle. On s’imagine alors cinq minutes l’ambiance qui devait régner dans un tel lieu. Puis nous continuons notre montée pour le clou du spectacle : le stade. Un immense stade dans un cadre de rêve, entouré de montagnes. Pour notre première visite d’un site classé en Grèce, nous sommes émerveillés avec des petits yeux remplis d’étoiles. On notera qu’il y avait foule de personnes à venir visiter comme nous Delphes. La ville elle-même était bien remplie pour sa taille très petite en soit (deux rues parallèles de 300 mètres et quelques habitations au-dessus). On croisera des élèves français en voyage scolaire qui furent lâchés dans la nature pour l’après-midi.

Après les vestiges, un petit tour au musée de Delphes nous a permis de voir leur impressionnante collection de sculptures, fresques et petits objets que les archéologues ont réussi à extraire lors des fouilles dans les années 30. Nous lisons précautionneusement les pancartes pour nous instruire un minimum sur la richesse culturel de ce lieu. Tout est traduit en anglais et français dans la ville. Et plusieurs commerçants parlent même le français. Chose qui nous étonne, mais nous ne demanderons pas pourquoi notre langue est parlé dans cette ville. L’après-midi commence seulement (15h30), mais pour nous, c’est l’heure d’aller se reposer. Les tables des restaurants sont encore pleines à cette heure-là, et nous en profitons pour faire quelques courses pour le soir. Nous dinerons dans notre chambre d’une bonne soupe après les écarts culinaires très nourrissant que nous faisons en Grèce.


Data depuis le début de notre tour du monde en vélo

  • Budget : 161,89€
  • Kilomètres parcourus : 121,14
  • Temps sur le vélo : 8h12m47s
  • Altitude : 1542+ / 971-
  • Calories dépensées par personne : 4334

 

Par | 2017-09-15T15:14:08+00:00 mars 28th, 2017|Grece|1 Comment

Un commentaire

  1. Ernandorena Jean Jacques 28 mars 2017 à 18 h 36 min - Répondre

    Après l’Italie, vive la Grèce. ça m’a tout l’air de bien commencer. Mais Il faut s’habituer aux traditions. c’est une riche expérience.
    Bon courage à tous les 2
    Jean Jacques

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