Tour du monde en vélo – Journal de bord 019 – Turquie

Jour 57/58/59 – Nevşehir / Konya

Qu’est-ce que la malchance. Pour nous, cela fait quelques jours qu’elle nous suit à la trace. Pas de casses mécaniques, pas de trous dans nos pantalons. Juste un parcours du combattant pour obtenir le fameux colis que nous devions recevoir depuis plus de dix jours maintenant.

Lundi déjà. Nous avons bêtement oublié que le 1er Mai pouvait être férié ici aussi en Turquie. Donc pas de bureau de Poste ouvert. Le lendemain, l’aventure commence… Nous avions attendu ici à Nevsehir car l’officier postal nous avait affirmé que le colis serait transféré ici. Au final, non. Allons reprendre gaiement un bus pendant trois heures pour revenir à Konya. Au passage, payons un petit bakchich au conducteur pour qu’il accepte nos vélos. Une fois sur Konya, Kiki s’engagera dans un marathon. 40 minutes de tram pour arriver au bureau de poste. Se voir dire que le colis a été gardé dans un autre endroit à 10km d’ici. 25 minutes de taxi pour arriver à 17h03 et s’entendre dire que la personne en charge est déjà partie (très ponctuel). 10 minutes de plus de taxi pour rejoindre Kikinette à la gare d’autobus. Apprendre la bonne nouvelle que nos billets de bus pour le soir même ne sont pas échangeable ou remboursable. 35 minutes de vélo sous la pluie pour rentrer chez notre hôte Ibrahim. Et une fois à l’abri, Kiki réussi l’impensable, à savoir faire brûler la moitié de son gâteau. Ca, c’était un bon mardi. Mais le mercredi allait être tout aussi joyeux. Après une bonne balade à vélo, Kiki et Ibrahim arrivent à nouveau au bureau de poste à 9h30. Là, ils attendront une grosse heure et demi à nouveau la personne qui n’est toujours pas arriver au travail. Pour partir à l’heure, il était là, mais pour commencer à 8h00, plus personne. Imaginez Kiki qui n’a pas mangé et qui doit patienter autant de temps à ne rien faire. Imaginez. Vous avez la bonne image ? Maintenant, imaginez toujours que la personne des douanes lui annonce qu’il va devoir payer 100€ de taxes pour avoir son colis. Heureusement qu’il y avait Ibrahim, sinon Kiki aurait eu bien des envies… Leur donner des noms d’oiseaux… Leur prendre le colis après leur avoir montré un éléphant rose par la fenêtre… Leur faire son plus beau sourire… Mais rien de tout ça. Une simple envie de vomir quant à donner de l’argent à un état autoritaire et puis basta. Cela aurait pu conclure la malchance. Mais il y a toujours un dernier stade. L’imprévisible. Celui où en te rendant pour acheter tes billets de bus, la personne t’annonce qu’il est complet, et que le prochain n’est que demain. Au final, nous resterons deux jours complets à procrastiner dans l’appartement de notre hôte. Vivement que nous reprenions la route.

Mais qui dit malchance, dit aussi chance dans le malheur. Ibrahim. Heureusement qu’il était là pour nous aider. Nous savions qu’il était une personne au grand cœur à notre premier passage, mais à notre second c’était encore plus. Nous avons pu grâce à lui et ses colocs passer deux excellentes soirées en leur compagnie. La première autour d’un bon repas préparé par l’un des amis d’Ibrahim en visite pour ses examens de fin d’études de droits. La deuxième avec une visite complète du centre-ville de Konya. Nous avons pu y apprendre des petits secrets. Si vous regardez un peu partout dans la ville, vous trouverez toujours la même symbolique, celle de l’étoile à huit branches, symbole de Seldjouk, Sultan d’une époque lointaine qui régna sur la région et dont Konya était la capitale. Partout, cette symbolique sera présente pour rendre hommage à ce personnage. Puis, dans la cour intérieure de l’une des plus vieille Mosquée de la ville, devant le bassin où se font les ablutions, il vous faudra vous placer sous les piliers de la voute. Chacun en face de l’autre, puis murmurer à la pierre. Là, le son résonnera dans la voûte pour vous faire entendre de la personne en face. Une prouesse architecturale unique et magnifique. Voilà un petit secret bien gardé que nous n’aurions jamais pu connaitre sans nos guides du jour. Il sera donc difficile après de si belles soirées de dire que nous n’avons pas eu de la chance que notre colis reste à Konya.

Avec ces derniers jours qui se sont écoulés, la fin du voyage en Turquie s’annonce aussi. Nous pensons de plus en plus à la Géorgie qui nous tend les bras. Et nous voilà chaque jour qui passe à planifier un peu plus nos prochaines étapes dans le pays.

Jour 60/61/62 – Ordu / Çavuşlu / Trabzon / Rize

Toutes les deux heures, le bus s’arrête faire une halte dans une station-service ou dans une gare d’autobus. Toutes les deux heures, nous nous réveillons. La nuit sera très courte, mais nous en aurons profité pour regarder le film Captain Fantastic avant d’essayer de nous endormir après avoir mis derrière nous Ankara. Au petit matin, nous voilà sur Ordu. Les paysages sont bien différents. Au revoir le sable et la roche. Bonjour la mer et les montagnes bien vertes. Il est 8h00, le temps est gris, nos vélos sont l’attraction principale, et nous, nous déjeunons rapidement un yaourt et quelques céréales pour nous remplir le ventre. Au programme… Aucun programme. Nous savions juste que nous avions 180km environ pour rallier Trabzon le lendemain, et que compte-tenu de la météo et de l’heure matinale, nous allions pouvoir en profiter pour bien rouler. Nous ferons un peu plus de 112km au total, avant de nous poser dans un hôtel sur la route.

La route. Pour être plaisante comme tout le monde avait pu nous le dire, elle l’a été. Tout est plat et longe la Mer Noire. Plutôt simple à rouler. Et si tu ajoutes à cela la très grande place pour rouler sur la bande d’arrêt d’urgence, tu peux te dire que c’était parfait. Sauf que voilà… Tu roules sur une deux fois deux voies… Tu ne vois que l’horizon de la mer sans en voir ses plages… Et qu’il n’y a pas grand-chose à contempler. C’est faux de dire ça. Mais c’est vrai aussi. Si à notre gauche, la mer était là, sur notre droite, nous avions les montagnes. Des montagnes à moins de 100 mètres, ce qui te crée un couloir au final. Puis tu traverses constamment des petites villes entre 3 et 20 000 habitants qui semblent créer un littoral unifié. Toujours la même composition. Quelques immeubles en front de mer avec des commerces et une route parallèle à celle que nous empruntions, puis en arrière fond, des maisons dans les montagnes. Si le premier jour nous n’avions pas pu voir bien loin à cause du brouillard bien dense et bien bas, le soleil du deuxième jour nous a ouvert plus d’horizon. Nous pouvions voir sans problème ces immenses collines verdoyantes remplies de noisetiers. Des noisetiers par milliers qui recouvraient tous ce que votre regard peut voir. Et le troisième jour, malgré les nuages gris, l’arrivée vers Rize s’est caractérisée par un changement de cultures. Exit les noisetiers, bonjour les vallées de cultures de thé. Un spectacle assez magnifique.

Sur notre route après Ordu, nous croiserons en fin de matinée un couple de voyageurs. A la sortie d’un tunnel, Kikinette s’arrête pour éteindre ses lumières, et voilà qu’un homme sort de sa voiture. Magdalena et Benedikt (https://www.facebook.com/eexplorer.life/) viennent à notre rencontre, et voilà que s’entame facilement la conversation. Ils sont tous les deux suisses et réalisent un tour du monde en voiture électrique. Ils veulent traverser l’Asie en six mois environ au volant d’une Tesla jaune et noire. Ils vont sur Trabzon et nous invitent à aller visiter avec eux une cave le lendemain quand nous arriverons. Nous sommes plus qu’enchanté par la perspective de pouvoir rencontrer d’autres types de voyageurs. Mais hélas, Benedikt sera victime d’un empoissonnement alimentaire, le clouant au lit toute la journée. Dommage, cela aurait pu être une rencontre très enrichissante. Mais à Trabzon, nous retrouvons nos deux amis franco-belge. Le temps d’une balade en ville, d’un thé et d’un kunëfe nous discutons de la suite de nos voyages respectifs. Ils ont changé leur plan, ne passant plus par l’Iran mais se dirigeant plus vers la Mongolie. Nous roulerons donc à nouveau ensemble pour quelques jours jusqu’à Batumi en Géorgie, avant que nos chemins se séparent à nouveau. Eux veulent explorer le Nord en suivant le fleuve, nous, nous voulons zigzaguer un peu partout.

On nous avait prévenu que les villes de la Mer Noire étaient très différentes du reste du pays. Nous les croyons sans problème. En été et sous le soleil, il doit être plus que plaisant de se baigner et se laisser aller au farniente. Mais pour nous, amateur plutôt de découvertes culturelles et historiques, les villes que nous traversons ne contenteront pas notre appétit comme ont pu le faire la Cappadoce, Pammukale ou Ephesus par exemple. A la différence, ici, les paysages verdoyants nous offrent eux un bon bol d’air pur et nous plonge dans une ambiance totalement différente de la Turquie que nous avons pu voir jusqu’alors. Une bonne transition pour nous diriger vers la Géorgie qui nous ouvre de plus en plus ses bras.

En chemin, à Trabzon, nous faisons une halte chez un Warmshowers, Nurullah qui nous accueille dans sa colocation. Pour arriver chez lui, nous tomberons sur des côtes comme jamais nous n’avons pu en voir. Ce n’était même pas du 15%, on pouvait tabler sur du 20% ou plus. Même en poussant il était difficile pour le vélo d’avancer. Nous dinerons avec lui et sa copine, après que Kiki eut cuisiné à nouveau. Il y avait un four. Alors c’était l’occasion de pouvoir faire un crumble de légumes accompagné d’une potée de pommes de terre aux oignons. En nous voyant cuisiner autant de légumes, Nurullah s’est demandé si nous étions végétariens. Nous avons rigolé. Impossible pour nous de ne pas avoir notre dose de viande. Mais là, sur le moment, Kiki avait envie de cuisiner ces plats. Puis bon, en voyant le choix dans le supermarché en bas de l’appartement, il était dur de faire autre chose. Notre hôte lui avait fait la veille un tiramasu que nous avons partagé pour conclure le repas. Lui était étudiant en géologie, elle en finances, et il voudrait à la fin de son diplôme pouvoir partir au Canada pour y vivre. Une bonne perspective approuvée par Kiki. Ce que Kiki a moins apprécié, c’était le chat un peu fou qui ne l’aimait pas trop (lui laissant une petite marque) et ne voulait pas le laisser dormir. Mais bon, qui dit Coloc, dit chat on dirait, une tradition très certainement. Peut-être qu’Indy lit ses lignes aujourd’hui pour miauler tranquillement dans le salon de Prouais !

Jour 63 – Rize à Hopa

Le dernier jour dans un pays est toujours un peu spécial. Nous voulons en profiter à fond et en même temps nous avons la tête dans la suite de l’aventure. Il faut dire que rencontrer lors du petit-déjeuner un autre cyclotouriste n’aide pas à se décider entre les deux. Pourquoi décider de toute façon. Lui, a plus de 65 ans, parcoure le monde depuis des années par étapes, et revenez de la Géorgie pour se diriger vers Istanbul. Il est néerlandais et tient bien la forme pour son âge. Nous nous imaginons à avoir la même force à ce moment-là. Une discussion de coin de table plus loin, nous quittons tous les quatre l’hôtel pour nous diriger vers Hopa, dernière ville turque avant la frontière géorgienne. Une journée bien rythmée nous attendait. Non pas que le style de route ait changé depuis la veille, ça, c’est resté identique pour ne pas trop nous brusquer.

Nous ne roulions que depuis deux heures environ, quand un homme sur le bord de la route nous fait de grands signes pour que nous nous arrêtions. Omer. La cinquantaine, à la retraite, avec son grand chapeau de paille. Il avait déplié une table et des sièges. Nous trouvions cela bizarre que quelqu’un s’arrête sur le bord d’une route pour prendre le thé. Puis il nous dit qu’il nous avait vu quelques kilomètres avant, et qu’il voulait nous offrir le thé. Les turcs nous surprendront toujours. Et nous voilà tous les cinq assis sur le bord de la grande route, attendant que le thé se prépare. Nous avons le choix entre le « faux thé » et le thé turc, en fonction du temps que nous avions. Le thé turc sans hésitation. Le temps nous l’avons. Le temps de bien discuter avec Omer qui baroude pas mal dans la région et qui connait bien certains coins de Géorgie. Une chance pour nous, il nous donnera quelques conseils utiles pour visiter le pays. Une heure plus tard, deux thés délicieux avalés, quelques graines partagées sur la table, et nous devons déjà quitter Omer pour reprendre notre route.

Entre pluie fine, soleil et gros nuages, la météo ne savait pas quoi nous offrir. Les tunnels étaient là pour entrecouper la monotonie de la route, pour pimenter nos pointes de vitesse. La veille, dans le plus long tunnel que nous ayons emprunté entre Ordu et la frontière, nous avions dû avoir un ange gardien. La signalisation s’est modifiée à notre passage. Une voie s’est vu barrer d’une croix rouge pour les voitures, et la vitesse a été ralentie de 82 à 60 (oui 82 étant la limite pour les voitures ici, n’allez pas nous demander pourquoi). Une chance. Ce qui ne l’était pas, c’était par contre de voir le portrait d’Erdogan tous les 100m sur des banderoles le long de la route quand nous passions dans des villes. Toujours ce même visage figé n’affichant aucune expression, alors même qu’il essaye de « remercier » les habitants d’avoir voté « oui » au référendum. Voilà un visage qui ne nous manquera pas à partir de demain.

Petite pause déjeuner, nous en profitons pour nous faire quelques plaisirs sucrés. Du riz au lait à la turque pour tous, sauf Kiki qui a fait l’option du Laz Böreği. Nos papilles nous remercient encore. Un tuyau d’arrosage en bas du restaurant sera des plus opportun pour nous pousser enfin à nettoyer nos vélos. Ils avaient besoin d’une petite cure de fraicheur depuis la dernière fois en Grèce. Le temps de tout rincer et frotter, c’est sous la pluie que nous repartons. De quoi nous rafraichir et nous pousser à faire les 30 derniers kilomètres un peu plus rapidement. Hopa est juste devant nous. Batoumi aussi. Nous pouvons apercevoir au loin la silhouette des hauts buildings de la ville qui se dessinent sur la côte. Mais l’arrêt sera bien à Hopa pour la nuit. Il est bientôt 18h00, une file immense de camion bloque une voie de circulation. Ils sont tous arrêtés pour la nuit, la frontière ne devant plus les accueillir certainement. Nous, nous nous rendons sur la rue principale. Le temps que chacun de nous fasse un hôtel différent pour connaitre les prix, nous prenons le prix intermédiaire. Le confort et le petit-déjeuner inclus nous ont rapidement convaincu. Ici, nous nous rendons vite compte que la frontière est proche. La morphologie des locaux commence à changer, pour se rapprocher de celle des russes. Un thé plus tard, une bonne douche, nous voilà dans le restaurant de l’hôtel. Il pleut à verse dehors, nous sommes contents d’être là. Sur la table, il y avait toutes sortes de plats locaux. Un dernier repas bien consistant et typique pour se rappeler de toutes les saveurs que nous avons pu traverser depuis plus d’un mois. Au revoir douce Turquie…


Data depuis le début de notre tour du monde en vélo

  • Budget : 6 056,50LT
  • Kilomètres parcourus : 1 183,31
  • Temps de déplacement : 65h48m09s
  • Altitude : 7190+ / 6871-
  • Calories dépensées par personne : 34 185

 

Par | 2017-09-15T15:40:59+00:00 mai 8th, 2017|Turquie|1 Comment

Un commentaire

  1. Ernandorena Jean Jacques 10 mai 2017 à 8 h 44 min - Répondre

    Bonjour à tous les 2,

    Belle histoire pour le colis, ça doit « énerver » un peu !!!
    Fin de la Turquie bonjour la Géorgie.
    J’imagine que les rencontres et les paysages vont laisser de très bons souvenirs.
    Bon courage
    Jean Jacques

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