Journal de bord – 022

Jour 70 – Kutaisi à Zestafoni

La pluie tombe. Toute la nuit nous ne pouvions que l’entendre encore et encore. Nous demandant seulement si elle allait s’arrêter. La réponse sera non. Elle continuera de tomber sans discontinuité pendant toute la journée. Cela ne nous empêchera aucunement de reprendre la route. Mais cela changera nos plans. Quand pendant presque trois heures vous roulez sous la pluie, parfois battante, qu’importe les protections que vous avez, le froid réussit indubitablement à trouver un moyen de se faufiler au plus profond de votre corps. Et nous avons eu ainsi la possibilité de tester pour la première fois l’ensemble de nos équipements dans des conditions assez défavorables. Nous pouvons donc dire maintenant qu’avec nos vêtements, nous pouvons tenir deux à trois heures, après coup, la pluie gagne, et le moral ne sera jamais assez fort pour ne pas crier « stop ».

Il faut dire qu’outre les conditions météorologiques détestables, nous avons eu le droit à quelques pentes à forts pourcentages pendant une bonne dizaine de kilomètres, mais aussi à des routes encore plus détériorées que jamais. A croire qu’il y a eu la guerre hier, et que les obus ont laissé des trous béants dans l’asphalte. Ou alors un mec s’amuse la nuit avec son marteau piqueur pour créer une œuvre d’art incomprise de tous. Notre cœur balance sur la bonne hypothèse. Nos vélos eux tentent d’éviter les trous et les piscines sur la route. Du coup, parfois nous nous retrouvons presque sur l’autre voie tant l’eau a envahi la chaussée. Au premier hôtel que nous voyons, nous nous arrêtons, fatigués et exténués. Il nous faudra bien une heure pour vider tous nos sacs, laver nos affaires et nos sacoches, tout étendre dans la chambre sur un fil improvisé, et passer un coup de serpière tant nous avions pu salir la chambre. Le reste de la journée fut bien calme, avant de se rendre compte que la météo ne changera pas pour les jours à venir. Nous recommencerons donc demain dans un autre hôtel !

Jour 71 – Zestafoni à Gori

Le ciel aurait pu nous tomber sur la tête par Toutatis ! Des nuages oscillant entre le gris et le noir, hésitant pendant toute la journée de faire venir sur nous leurs petites gouttes. Nous nous en tirerons avec quelques averses plutôt légères comparé à la veille. Mais cela ne nous empêchera pas d’être sale à souhait à la fin de la journée. Nos vêtements ne nous remerciant vraiment pas pour ce que nous leur faisons subir depuis notre entrée en Géorgie. Il faut dire que nous enchaînons plutôt bien les journées pluvieuses depuis une semaine maintenant. Qu’importe, nous continuons l’aventure. Pendant plus de la moitié de la journée, nous remonterons à contre-courant une rivière, la suivant du regard pour savoir si nous montions ou descendions. Nous ne la regardions que du coin de l’œil, préférant vraiment nous concentrer sur la route, toujours plus dégradée que jamais. Au moindre oubli, les déformations de la chaussée se rappellent à nous. Alors nous nous concentrons.

Nous avions plusieurs points d’intérêts sur notre liste pour la journée, mais il faut croire qu’entre ce que les cartes de l’Office du Tourisme nous vendent et la réalité, il y a un véritable gap ici en Géorgie. Il y avait tout d’abord le Complexe Urbini. Nous nous attendions à quelque chose d’assez grand. Il s’agira au final d’une Eglise au bord de la rivière que nous ne regarderons de loin depuis la route. Il y avait bien un château aussi au début de notre route, mais à aucun moment nous n’avons vu de panneau l’indiquant, alors nous avons abandonné sa recherche. Enfin à Surimi (qui devait être notre étape du jour), se trouvaient une Eglise remarquable et un château également. Pour la première, elle se trouvait sur un point culminant à l’autre bout de là où nous étions. Une photo pour les archives. Pour le deuxième… il ne restait que quelques ruines en plein cœur de la ville, et tous les chemins pour y aller étaient boueux. Nous l’avons aussi regardé de loin, même si de l’intérieur, nous n’aurions certainement pas vu mieux. Il nous faudra mieux nous renseigner à l’avenir pour ne pas être déçu après coup.

Nous roulions depuis presque deux heures, quand un nouveau compagnon de route est arrivé. Silencieux et rapide, il se mit derrière nous et ne nous lâcha pas pendant plus de 20km. Même lorsque nous faisions des pointes à plus de 30km/h, il était là, avec nous, avec sa langue qui pendait. Parfois à notre droite, parfois derrière nous, parfois à zigzaguer sur la voie d’en face, il semblait infatigable. Notre jeune compagnon avait le poil bien noir, devait mesurer 70/80cm et avait le souffle d’un lévrier. Il, ou plutôt elle, puisqu’il s’agissait d’une chienne, semblait heureuse de nous suivre, même si cela l’a emmené bien loin de son foyer. Mais elle ne voulait pas abandonner la course ou nous laisser seuls sur cette route. Elle aboyait sur les autres chiens que nous croisions, sauf lorsque ceux-ci étaient trois fois plus gros qu’elle, alors là, elle se mettait dans nos roues pour ne pas se faire voir. Mais nous ne pouvions pas la faire continuer à nous suivre comme ça, alors à notre pause déjeuner dans un petit restaurant en bord de route, le patron nous aida en la gardant avec lui le temps que nous prenions de l’avance. Et là… ce fut son chien à lui qui nous a suivi pendant un bon kilomètre avant d’abandonner. Il faut dire que ce chien était bien moins sportif et en bonne santé que l’autre. Allez savoir pourquoi aujourd’hui tous les chiens nous aimaient autant !

Les hôtels eux par contre nous ont donné bien du fil à retordre. Nous devions faire à la base une soixantaine de kilomètres puis nous arrêter dans une ville. Manque de chance pour nous, nous avons eu beau la faire deux fois dans tous les sens, nous n’avons jamais trouvé d’hôtel ou d’hostel ou tout autre moyen de se reposer. Alors qu’il était 15h30 au compteur, décision fut prise de tirer jusqu’à Gori notre prochaine étape, qui devait être à une quarantaine de kilomètres selon les panneaux… Mais c’était en passant par l’autoroute. Autoroute que nous avons pris sur une petite portion pendant plusieurs kilomètres car ne voulant pas écouter notre GPS qui indiquait une autre voie, nous nous sommes retrouvés devant le fait accompli. Ne voulant pas rebrousser chemin (et faire presque 10km en sens inverse) et rien n’interdisant officiellement aux vélos d’emprunter la route, nous avons tracé notre chemin. Personne ne nous klaxonna. Et la bande d’arrêt d’urgence était aussi large que les voies pour les voitures. Nous n’en avons pas abusé pour reprendre la bonne route. Mais bonne route signifie aussi beau détour. Nous n’arriverons en ville que vers 18h30, après presque 130km, exténués et prenant le premier hôtel qui se présenta à nous pour nous reposer comme il se doit.

Jour 72 – Gori

Gori, ville qui a vu la naissance de Staline, Joseph de son petit prénom, le 18 décembre 1878. Du haut des murailles de l’ancienne forteresse médiévale, nous contemplons l’horizon qui a vu cet homme grandir. Nous, nous observons silencieusement le paysage magnifique qui se dresse devant nos yeux. La ville se trouve entourée de montagnes, plus imposantes les unes que les autres. Chacune arborant sa robe verte pour refléter l’azur du ciel. Les nuages sont nombreux, mais le vent violent les projette et les disperse au loin, pour que nous puissions profiter pour quelques heures d’un soleil éclatant. Ce même vent ne nous laissera que peu de répit durant la journée, toujours à nous pousser plus fort pour se signaler à nous. Du château, il ne reste que des ruines et principalement son enceinte extérieure. De loin, il se dresse majestueusement sur son rocher central. Une fois à l’intérieur, nous sommes bien déçus. Comme si il s’agissait d’un beau papier cadeau qui ne renfermait que du vide en son sein. Mais cela n’enlèvera en rien la beauté de la vue que nous pouvons avoir en haut, coupé du monde.

Qui était donc ce fameux Staline durant sa tendre jeunesse. Pour le savoir, nous nous rendons au musée qui lui est dédié. A l’entrée du musée, se dresse une réplique fidèle de sa maison de jeunesse, dans son écrin de marbre qui la protège du temps et des intempéries. Puis nous voilà à rentrer dans le Saint des Saints pour toute personne souhaitant connaitre l’enfant derrière l’homme. Nous ne pourrons pas vous en dire plus. Nous aurions bien voulu, mais voilà, vous ne trouverez aucune explication ou légende en anglais dans le musée. En russe ou en géorgien, il n’y aura pas de problème, pour l’international, passez votre chemin. Alors nous voilà à regarder de nombreuses photos d’époque. Toujours plus de photos. La plupart sont des portraits, on y voit ses anciens professeurs, ses anciens camarades de classe, ses anciens looks. Il faut dire qu’à une époque, il incarnait le parfait bobo parisien d’aujourd’hui. Comme quoi, la mode n’est qu’un éternel recommencement ; et Staline était en avance sur son temps dans sa jeunesse ! Mais mis à part ces photos, vous trouverez quelques objets ici et là, mais rien de vraiment passionnant au demeurant. Difficile de dire dans ces conditions que ce musée a un quelconque intérêt pour mieux connaitre Joseph. Ouvrir Wikipedia et lire pendant 30 minutes la page vous en apprendra cent fois plus dans le même temps que nous avons mis pour faire le musée.

Pour ne pas rester sur notre faim, nous nous dirigeons vers la gare routière pour notre prochaine visite de la journée : Uplistsikhe. Situé à une dizaine de kilomètres de Gori, un bus nous y conduira pour 1L. Des chauffeurs de taxi tenteront surement de vous proposer de vous y amener, comme l’un d’eux tenta avec nous, mais la destination est très bien desservie, alors n’hésitez pas trop longtemps. Arrivé à Uplistsikhe, nous devons marcher un petit kilomètre pour rejoindre le site. Là, se dresse devant nous une ville « souterraine » creusée dans la roche. Elle est gigantesque. Le vent redoublera de violence pour nous empêcher de tenir correctement, mais nous tiendrons bon pour une fois de plus contempler un panorama grandiose depuis les hauteurs du site. Nous déambulerons dans les différentes allées et cavités, avant de visiter la petite Eglise construite en plein centre. L’ingéniosité humaine nous laisse toujours aussi pantois, et nous prenons notre temps.

Nous redescendons alors pour chercher un bus pour rentrer sur Gori. Nous marcherons à sens inverse pendant presque 35 minutes, avant d’en voir un retournant vers la ville. Nous demandons si il retourne à Gori, et là, il s’agissait du même conducteur qu’à l’aller. Il nous embarque, et nous voilà à faire un petit tour de la ville d’Uplistsikhe. Autant vous dire qu’il a fallu autant de temps pour le faire que pour rejoindre Gori. Une route en terre avec des trous plus grands les uns que les autres que le chauffeur essayait d’éviter, et des arrêts à la demande pour déposer les passagers devant chez eux. Un service de luxe que de pouvoir se faire arrêter ainsi et ne pas avoir à marcher encore. Le temps de rentrer, de faire quelques courses pour le soir, et nous voilà à nous reposer puis cuisiner à notre hôtel. Demain, direction la capitale !


Data depuis le début

  • Budget : 631,75L
  • Kilomètres parcourus : 382,11
  • Temps de déplacement : 21h52m01s
  • Altitude : 2148+ / 1748-
  • Calories dépensées par personne : 11238

 

Par | 2017-05-17T20:41:06+00:00 mai 19th, 2017|Géorgie|0 commentaire

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