Journal de bord – 030

Jour 103 – Alat à Aktaou

Tangue, tangue, tangue petit bateau. Sur l’eau tu vogues, vogues, vogues. Douce mer dont les vagues nous emplissent de leurs sons au travers du hublot de notre cabine. Nous t’entendons distinctement. Nous te sentons clairement. Kiki peut en témoigner pendant une longue heure durant laquelle il tentera de vous oublier. Avant que le haut-parleur ne fasse entendre la voix du capitaine annonçant le petit-déjeuner. Il n’est même pas 8h00, alors le réveil pour Kikinette fut assez difficile. Mais si le capitaine l’a annoncé, elle se résigne alors à s’habiller pour aller jusqu’à la salle commune. Nous prendrons un repas frugal pour nous réveiller. Deux œufs, un morceau de fromage, un pot de beurre, de confiture et de miel, avec un thé. Nous discutons un peu avec d’autres passagers. Nous échangeons nos informations sur la suite du voyage. Pour nous, le choix a été fait la veille. Nous partons prendre directement un train pour rentrer en Ouzbékistan jusqu’à la ville de Noukous. Le temps nous manque. Il faut dire que cela fait maintenant plus de dix jours que notre colis est arrivé à Tachkent, et si nous ne voulons pas le manquer, il nous faut accélérer le pas pour arriver d’ici deux semaines dans la capitale.

Au petit matin, une personne nous annonce que nous arriverons à Aktaou d’ici deux à trois heures. Notre réjouissance sera de courte durée quand nous nous rendons compte que nous sommes encore bien loin du port. Il faudra attendre le milieu de l’après-midi pour vraiment voir la ville se dessiner devant nous. Pour passer le temps, outre des petites siestes ou le visionnage de quelques séries, tout le petit groupe de « non camionneur » décide de se réunir sur le pont extérieur. Petite séance photos souvenir après avoir attendu aussi longtemps pour avoir ce bateau. Une petite embarcation se trouve attachée là, il n’en fallait pas moins pour que cela devienne notre « chaise ». Le temps de trouver un moyen de prendre la photo tous ensemble, et nous voilà tous à grimper ici et là pour d’autres photos insolites. Le soleil en profite pour faire son apparition et nous réchauffer malgré le fort vent extérieur. Nous discutons tous là nous imaginant dans nos prochains pays. Nous nous rendons compte que nous sommes plusieurs à opter pour la solution du train pour la suite du parcours. Nous ne serons donc pas seuls pour les jours à venir. Cyclistes et bagpackers dans le même train.

Enfin nous accostons. Mais il ne sera pas possible pour nous de quitter directement le navire. Toutes les personnes sont réunies dans ce qui pouvait s’apparenter au salon principal. Nous attendons un moment avant que des militaires accompagnés d’un chien ne commence à patrouiller autour de nous. Un des militaires tente à plusieurs reprises de compter le nombre de personne à bord. Nous commençons à en rire, car à chaque fois une personne bouge, le faisant s’énerver un petit peu de ne pas réussir. Il y arrivera enfin quand ils nous font sortir un par un pour débarquer. Nous voilà sur le sol Kazakh à attendre un minibus qui doit nous emmener une centaine de mètres plus loin pour faire le contrôle des passeports. Autour de nous, il n’y a qu’un immense port industriel assez vide. Nous semblons être le seul bateau. Le temps de patienter en ligne pour obtenir un nouveau tampon sur nos passeports, notre tour arrive. Chacun de notre côté, nous passons, et Kikinette réussit alors à se faire draguer par l’agent de contrôle avant qu’il ne veuille bien lui rendre son passeport. Elle semble avoir la côte dans le pays, puisque plus tard dans la journée, un autre Kazakh essayera aussi. Nos passeports en main, nous retournons vers le navire pour reprendre nos vélos. Là, le chameau refuse toujours de sortir. Nous restons un instant pour voir quelques tentatives pour le sortir échouer, quand nous décidons enfin de partir. Là, un nouveau contrôle nous attend pour les vélos. Un militaire nous demande alors d’ouvrir nos sacs. Pour Kikinette, l’homme ne fera que survoler les sacs. Pour Kiki, il lui fera tout sortir et ira jusqu’à vérifier nos réserves de sucre pour être sûr que nous n’avons pas autre chose à l’intérieur. Nous replions tout, puis nous voilà devant la barrière qui nous libère enfin de notre attente de plus de 9 jours à Bakou. Nous attendrons encore un moment, car les gardes semblent ne pas vouloir nous laisser sortir tout de suite. Puis, après nous avoir souhaité la bienvenue et serré nos mains, nous quittons enfin le port.

Direction la gare pour essayer d’acheter un billet. Essayer. Il est déjà plus de 19h00 quand nous prenons la route pour une vingtaine de kilomètres. De longues lignes droites avec des bâtiments industriels de chaque côté. Entre les nouveaux et les ruines, le paysage désertique du Kazakhstan nous montre ses formes. La route est correcte, le trafic peu important, mais une sensation de désolation ressort de l’ambiance générale. Quelques chevaux sont en « liberté » sur le bas-côté. Des chameaux aussi. Ils seront très probablement emmenés dans une boucherie locale pour être consommés. Leur viande étant très appréciée ici. La gare est enfin en vue. Un train semble à quai. Nous en verrons plusieurs passer devant nous, s’arrêter, et prendre à leur bord un nombre sans fin de locaux. Un va et vient incessant qui fait fourmiller toute la gare. Nous posons les vélos et Kiki part alors à la recherche d’informations pour acheter un billet. Mais personne ne parle Anglais ici. Alors Kiki sort de sa poche son petit livre d’images pour tenter de se faire comprendre et d’expliquer que nous avons deux vélos. La personne au guichet ne veut pas lui vendre de billet, elle ne cesse de répéter « bagages ». Nous devons trouver un endroit où faire enregistrer nos vélos comme bagages pour espérer acheter des billets de train. Nous voilà bien. Surtout que personne ne veut lui dire précisément où se trouve ce lieu, juste que c’est dehors à droite. Très utile. Puis, après plusieurs échanges, une personne lui est passée au téléphone. Elle parle Anglais. Miracle. Sauf que cette dernière lui annonce qu’il n’y a plus de train aujourd’hui pour Beyneu qui puisse prendre nos vélos. Nous devrons revenir demain.

Il est un peu plus de 21h00, nous avons faim, nous n’avons aucun billet de train et aucun distributeur ne semble se trouver à proximité de la gare. Là, un homme s’approche de nous pour prendre une photo avec nos vélos. Nous lui demandons alors si il sait où nous pourrions trouver une banque. Le voilà à amener Kiki avec lui pour prendre un taxi. Une petite erreur que voilà. Si à première vue, il semblait vouloir aider de bon cœur, Kiki se rendra compte sur le retour que l’homme cherchera à se faire payer pour l’avoir aidé « à prendre le taxi ». Cherchera, car Kiki refusera sans condition de lui donner de l’argent même si l’homme lui parlera (sans que Kiki ne comprenne un mot) pendant tout le trajet pour essayer de négocier son prix. Le prix pour qu’il l’accompagne était plus élevé que la course en taxi elle-même… Mais à cette heure-ci, les banques ne sont plus ouvertes en ville, juste un petit bureau de change qui n’accepte que les dollars et les euros, pas les manats. Comme il n’avait pas trop le choix, Kiki décide de changer quelques dollars, même si il aurait préféré les garder pour l’Ouzbékistan où le taux de change est extrêmement favorable. Le retour sera assez rapide, la conduite du taxi pouvant paraître plus que dangereuse chez nous, mais totalement maitrisée ici. Si il y a bien deux voies seulement, il semblerait qu’il soit normal ici que trois voitures puissent passer. Nous voilà donc à zigzaguer continuellement entre voitures et camions à une allure qui ne dépasse rarement les 90km/h. La gare est en vue. Nous achetons un peu de nourriture dans un petit supermarché. Il est plus de 22h30 quand nous partons en direction d’un petit hôtel qui se trouve à cinq minutes de là. Nous posons enfin nos bagages, prenons une bonne douche chaude puis avalons les quelques denrées que nous avons. Une journée bien longue qui se termine…

Jour 104 – Aktaou à Beyneu

… Pour qu’une journée encore plus longue commence. En cherchant sur Internet la veille, nous avions vu les différents horaires des trains qui pouvaient nous amener jusqu’à Noukous. Le plus intéressant était celui de 10h30 pour arriver le soir même à Beyneu puis faire notre connexion avec un autre train traversant l’Ouzbékistan. Il est 9h00, nous n’avons dormi que quelques heures, mais nous voilà déjà à la gare qui semble se réveiller doucement elle aussi. Là, nous tombons sur deux camionneurs que nous avions rencontré sur le bateau. Ils ne parlent pas anglais, mais le comprennent. Ils nous aident alors à nous démêler en partie avec tout ça. Grâce à eux, nous découvrons que le lieu pour déposer nos vélos se trouve tout au fond de la route, puis là encore, après avoir passé la petite barrière, nous devons continuer plus loin vers un entrepôt où rien n’est indiqué. A l’intérieur, une énorme balance, des denrées en tout genre, et quelques personnes travaillant là. Nous commençons à parler avec, nos vélos sont pesés, puis la dame au guichet nous donne un papier. Elle ne peut pas nous vendre de tickets, juste nous dire quel train nous pouvons prendre. Un simple numéro apposé sur un bout de papier, qui n’indique pas l’heure. Nous repartons alors vers la gare pour demander des billets avec ce petit bout de papier en main. Là nous patientons dans un préfabriqué à l’extérieur qui se révèlera être un autre opérateur de train qui vend plus cher les billets. Heureusement, Kiki rencontrera alors la seule employée de toute la gare qui parle parfaitement Anglais. Avec elle, nous achetons sans aucun problème nos billets pour deux couchettes dans un compartiment de quatre lits avec une porte. Mais hélas pour nous, aucun train avant 21h30 ne peut nous emmener avec nos vélos jusqu’à Beyneu. Nous voilà bien. Surtout quand nous apprenons ensuite que notre premier train arrivera vers 6h00 demain, et que nous devrons patienter jusqu’à 3h00 le lendemain pour avoir notre liaison. La belle affaire…

Les billets en main, direction à nouveau l’entrepôt au fond de la gare. Là, nous pouvons enfin enregistrer nos vélos, avoir un bout de papier comme sésame à ne surtout pas perdre si nous voulons les récupérer. Il est 11h00, cela fait deux heures que nous avons commencé notre quête des billets de train, et nous voilà à devoir attendre plus de dix heures à la gare. Nous nous posons avec nos sacs à l’entrée de la gare pour prendre un petit-déjeuner frugal avant de nous assoupir un moment. Le soleil montant progressivement, il a vite fait de nous dévorer entièrement. Nous prenons alors nos affaires pour nous décaler sur un autre côté de la gare, plus à l’ombre. C’est alors que vers les coups de midi, un couple d’allemands bagpackers, Ilga et Johanna, que nous avions rencontré aussi sur le bateau arrivent. Heureusement pour nous. La journée passera beaucoup plus rapidement en leur compagnie. Entre nos discussions en tout genre et nos parties de cartes, nous faisons un petit tour du bazar se trouvant à côté. Là, entre les légumes, les fruits et les autres produits du quotidien, nous y trouverons des bouchers vendant du cheval et du chameau. Nous nous contenterons des légumes et fruits pour faire notre repas de la journée. Nous avons le temps aussi de contempler toute la vie qui s’active autour de la gare. Juste avant que les trains n’arrivent ou ne partent, des vendeurs ambulants arrivent pour mettre en place leurs étals avec toutes sortes de produits alimentaires pour tenir sur les grandes distances de train. Puis il y a aussi toutes ces personnes poussant d’énormes chariots qui sont là pour aider à porter les bagages des passagers.

Alors qu’un train part, laissant tout ce petit monde au chômage technique pour quelques heures, l’un de ses chariots vient alors se poser à côté de nous. Un homme d’une quarantaine d’année entame alors la conversation en Kazakh, pour nous demander comment nous nous appelons, d’où nous venons, où nous allons, et pour discuter aussi des célébrités qu’il connait. Même si nous répondons facilement au début, il continuera de nous parler sans que nous puissions rien comprendre. Kiki s’inventera une vie de traducteur ambulant tentant de créer une histoire derrière ses paroles. Nous restons néanmoins impressionnés la plupart des fois où nous parlons avec des Kazakhs. Ces derniers connaissent le nom de nos Présidents, Jacques Chirac étant le plus connu, alors même que nous ne pourrions pas dire le leur. Nous nous sentons bêtes et bien incultes. Notre nouvel « ami » restera avec nous pendant presque une heure, une heure bien longue car il ne semblait pas vouloir nous quitter. Il tentera même de faire un câlin aux filles, mais celles-ci ne seront pas trop partantes à l’idée. Mais l’arrivée d’un train le poussera à se remettre au travail nous abandonnant sous l’arbre où nous étions à l’ombre. Ce train sera le nôtre, arrivé en gare plus de deux heures avant son départ. Nous attendrons un moment, mangerons encore un bout, puis déciderons enfin d’y monter pour trouver nos compartiments.

Si de l’extérieur les trains peuvent paraitre bien vieux, l’intérieur est en bon état. Nous nous retrouvons dans une cabine de quatre lits avec pas mal d’espace. En plus de la banquette, un deuxième petit matelas est mis à disposition pour plus de confort. Kiki s’étonne en se disant que pour un prix dix fois moindre, nous avons plus de confort et d’espace que sur nos trains de nuit en France. Arrivant les premiers, nous attendons un moment avant de voir arriver nos deux partenaires pour la nuit. Deux hommes (l’un ayant la trentaine, l’autre la cinquantaine) parlant un peu anglais et travaillant dans la compagnie électrique nationale. Ils repartent sur Beyneu pour y travailler toute la semaine. Le plus jeune est musulman pratiquant le Ramadan. Il nous demande si cela nous dérange si avec d’autres collègues de travail ils peuvent manger une fois que le soleil sera couché. Cela ne nous pose aucun problème, nous pourrons ainsi discuter avec eux pendant un bon moment. A tour de rôle, Johanna, puis Ilga se joindront à nous. Ils ont pris des billets dans un autre compartiment avec des couchettes sans porte. Il s’agit d’un énorme wagon avec uniquement des lits les uns à côté des autres. L’heure tourne, bientôt minuit déjà. Notre compartiment est toujours plein, nous devons être huit dedans. Le temps dire au-revoir à nos collègues voyageurs allemands, Kikinette a pu retrouver sa couchette pour s’endormir. Kiki pensait pouvoir dormir lui aussi. Mais le plus jeune Kazakh semblait avoir décidé de lui montrer toutes ses photos sur son téléphone. Entre les photos de sa femme, ses enfants et son travail, il semblait connaitre un nombre de personnes assez impressionnant. Parmi eux, des champions olympiques de lutte qui vivaient ici dans la région. La plupart était complètement inconnue pour Kiki. Une bonne raison de se renseigner prochainement pour essayer d’en apprendre un peu plus sur le pays. Ce n’est que vers les 1h00 que Kiki pu enfin s’endormir d’un coup sans se faire prier.

Jour 105 – Beyneu

Le réveil sonne de sa douce mélodie à 4h30. Nous ne voulions pas rater notre arrêt. Mais il était complètement inutile de le faire, car vers 5h00, un contrôleur est passé réveiller tous les passagers qui devaient s’arrêter à Beyneu. Nous regardons par la fenêtre le jour se lever au loin. Les nuages se dévoilent dans une magnifique teinte rose foncée. Mais nous n’avons pas le temps de contempler davantage le ciel que déjà la gare de Beyneu est là. Les bagages sortis du train, Kiki s’en va à l’avant du train dans l’espoir que nos vélos soient bien de la partie aussi. Ils le sont. Ils sont même déjà sortis n’attendant que nous. Mais là, la personne nous demande nos billets. Nous ne les avons plus, le contrôleur les ayant gardés avec lui. Le temps de faire un aller-retour avec une autre personne, les billets sont là, et Kiki peut les échanger contre les vélos. Nous les chargeons pour nous diriger vers le seul hôtel de la ville. Impossible pour nous de rester plus de 18h à la gare à attendre notre prochain train. Nous n’avions dormi que quelques heures, alors l’hôtel est la meilleure solution pour passer notre journée.

Là-bas, alors que nous arrivons, nous croisons à nouveau des visages familiers. Un groupe de quatre américains qui sont partis de Londres en voiture avec pour objectif d’atteindre le Pacifique d’ici deux à trois semaines. Nous prenons un café avec eux à l’hôtel, puis nous prenons congés pour nous endormir directement dans nos lits. Nous ne ferons pas grand-chose du reste de notre journée, à part nous reposer, grignoter un peu, et dormir encore. Il faut dire que nous devons tenir jusqu’à 3h00 du matin, tout en se disant que là encore, nous ne pourrons pas dormir tout de suite car il y aura le contrôle à la frontière juste après. Ce n’est qu’en fin de journée qu’en regardant nos billets, que nous nous rendons compte qu’on nous avait vendu des billets pour Kungrad, une ville à plus de 100km avant Noukous. Ni une ni deux, Kiki prend son vélo pour retourner à la gare pour échanger les billets. Impossible de le faire. Nous ne pouvons qu’annuler les billets et perdre 50% de la valeur. Heureusement, nous pouvons acheter un billet entre les deux villes seulement. Gros soulagement pour nous. Il ne reste plus qu’à attendre.


Data depuis le début 

  • Kilomètres parcourus : 4 213,12
  • Temps de déplacement : 250h28m24s
  • Altitude : 29 162+ / 28 703-
  • Calories dépensées par personne : 125 631

 

Par | 2017-06-27T04:08:19+00:00 juin 27th, 2017|Kazakhstan|1 Comment

Un commentaire

  1. Ernandorena Jean Jacques 28 juin 2017 à 14 h 39 min - Répondre

    Bonjour à tous les 2,

    Ce n’est pas toujours aussi simple les voyages à l’étranger !
    Bon courage
    Jean Jacques

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