Journal de bord – 032

Jour 109 – Khiva

Se réveiller, aller sur la terrasse de l’hostel, voir doucement le soleil se poser sur les remparts de la cité et les illuminer de mille feux. Un spectacle remarquable qui nous donne de l’énergie à revendre après notre dure journée de la veille. Et de l’énergie nous en aurons quand une personne nous amène un petit déjeuner grandiose qui a de quoi remplir la table d’assiettes en tout genre pour que nous puissions goûter toute une variété de mets succulents. Nos ventres bien remplis, la chaleur commençant à monter crescendo, il est difficile de quitter cette terrasse, mais nous ne voulons en aucun cas rater les beautés de Khiva. Kiki profitera de se lever plus tôt pour aller faire un tour au bazar de la ville pour réparer son vélo. Il n’était que 9h00 et pourtant ce dernier fourmillait de monde. Sa taille conséquente fera tourner Kiki entre les étals de légumes, de vêtements, de viande fraîche, de fruits secs, de jouets, et de tant d’autres choses. Mais il ne voulait que la personne pouvant l’aider pour le vélo. Une fois trouvé, l’homme avait bien des colliers, mais aucune perceuse. Alors le voilà avec une sorte de poinçon à taper dedans pour créer des trous. Kiki en prendra quatre de plus pour prévenir des prochains dégâts.

L’entrée majestueuse de Khiva nous fait face. Nous y entrons d’un bon pas, achetons nos tickets pour l’ensemble des musées et nous retrouvons face à ce qui aurait dû être l’un des plus grands minarets au monde. Mais à cause de la mort de celui qui l’avait commandé, la construction s’arrêta nette, laissant aujourd’hui place à une base massive qui nous permet d’imaginer la hauteur qui aurait pu être là sienne en la comparant aux deux autres minarets de la ville. Nous plongeons dans une ruelle perpendiculaire pour entrer dans une ancienne partie privée de la cité. Nous explorons ces vastes espaces ouverts, puis nous grimpons tout en haut de la tour de garde. De là, nous avons une vue imprenable sur toute la ville. Le soleil se reflète tout autour de nous sur les monuments majestueux. Nous nous disons que nous reviendrons tous en fin de journée pour avoir un autre panorama de Khiva. Une ruelle puis une autre, nous voilà à entrer ici et là dans de petits musées. Dans l’un nous découvrons l’ancienne prison, dans l’autre nous en apprenons plus sur la musique, un autre encore sur les animaux de la région. A chaque fois, nous tendons à l’entrée notre petit papier pour avoir un tampon. Nous les collectionnons toute la journée pour être sûr de ne rien manquer. Puis nous tombons sur un magasin de tapis. A l’intérieur, des femmes sont au travail en train de les réaliser à la main. Nous restons un moment pour admirer leur travail minutieux, pour apprendre qu’il leur faut environ trois mois pour faire un tapis. Un travail de qualité qu’une responsable viendra nous expliquer en nous montrant comment ils obtiennent les différentes couleurs de leurs tissus.

La chaleur nous pousse vers les coups de midi à nous diriger vers le bazar afin de trouver quelque chose de frais à manger. Juste à l’entrée, les barbecues et l’odeur de viande nous font rapidement changer d’avis. Nous prenons place à table pour manger quelques brochettes ainsi que des sortes de samossa avec de la viande et des oignons à l’intérieur. Un régal. Mais pour calmer notre conscience, nous achetons quelques fruits pour garder la santé. Nous les mangeons sur la terrasse de l’hostel ou nous nous reposerons un bon moment. En même temps, le couple de cyclistes espagnols arrive lui aussi. Nous voilà donc six cyclotouristes dans le même hostel. De quoi se raconter pas mal d’histoires et prendre des conseils. Baris en profitera pour nous apprendre à tous qu’à l’intérieur des noyaux d’abricots se trouvaient des sortes d’amandes bien succulentes. Nous voilà donc à ouvrir tous les noyaux des abricots que nous mangeons et à nous délecter de leurs surprises internes. Entre sieste ou visionnage de séries, nous prenons tous notre temps. Nous voulions repartir vers les 16h00 initialement, mais nous partirons qu’une grosse heure plus tard, le soleil ne nous donnant pas envie de décoller de cette terrasse bien rafraîchissante.

Nous repartons a l’assaut de la cité avec le cycliste australien en plus. Nous voilà quatre. Quatre à faire le tour des lieux que nous n’avons pu encore visiter. Nous entrons dans la mosquée Juma, et son impressionnant minaret. A l’intérieur, un vaste espace ouvert rempli de pilonnes de bois sculptés à la main. Deux petits carrés de verdure de chaque côté avec un arbre planté dedans apporte la lumière à l’intérieur de l’édifice qui est plongé dans une demi pénombre. Nous grimpons quelques marches, puis nous voilà dans le minaret et son escalier en colimaçon en partie dans le noir. La lumière n’entrant que par les rares ouvertures qui donnent une vision de la ville en dessous. Nous dégoulinons de sueur quand nous sommes au sommet, mais la vue est magique. Nous voilà à chanter pour faire résonner notre voix au loin avant de faire le chemin inverse, non sans se cogner la tête à plusieurs reprises. Une rapide visite du harem nous permet de découvrir des murs recouverts entièrement d’une sorte de faïence d’un bleu percutant. Nous retrouvons le même type d’ornement dans une autre bâtisse un peu plus loin, véritable labyrinthe qui nous amènera coup sur coup sur une mosquée en plein air, puis un espace de détente ou se trouve un énorme rond de pierre en son cœur. Il s’agit de l’espace réservé pour la yourte. Les couleurs et la finesse des détails sur les murs, sur les portes ou encore les piliers des bâtiments que nous visitons nous laissent rêveur. Mais pas le temps de s’endormir, il est bientôt 19h00, alors nous montons sur les remparts. De là, nous avons une vue sur tous les toits de la cité. Nous pouvons y voir des gens se reposer, d’autres faire du sport. Puis nous regardons en bas dans les ruelles pour y voir les enfants jouer, les mères nettoyer la maison, ou encore des hommes réparer une voiture. Le chemin pour la tour de garde étant bloqué, nous faisons demi-tour rapidement pour pouvoir y jeter un dernier coup d’œil. Il ne nous reste qu’un quart d’heure, mais la personne a l’entrée nous laisse passer. Nous grimpons les marches quatre à quatre pour voir le soleil doucement descendre sur la Khiva. Dernières photos et vidéos sur la ville avant que l’on nous dise de sortir. Pas de coucher de soleil complet, mais nous en avons eu assez pour être heureux.

Retour au bercail pour nous rafraîchir sous une bonne douche froide. Propre et requinqué, les espagnols nous rejoignent alors pour dîner. Puisque nous avions bien aimé l’endroit là veille, pourquoi changer. Nous nous posons donc tous ensemble sur la terrasse du restaurant pour y passer une bonne soirée. Nous trinquons alors à l’Ouzbékistan et ses merveilles qui nous en mettent plein la vue.

Jour 110 – Khiva à Boukhara

Un dernier petit déjeuner tous ensemble à contempler les remparts de Khiva, puis nous voilà à faire nos valises pour aller prendre le train qui doit nous amener à Samarkand. Les autres ont le temps, pas de paquet à récupérer, et ont donc décidé de pédaler jusqu’à Boukhara en vélo. Une traversée de plus de 400km dans le désert. Nous leur souhaitons bonne chance dans leur entreprise, et montons sur nos vélos pour une trentaine de kilomètres jusqu’à Ourguentch. La route est en bien meilleure état, ce qui nous permet de rouler à bon rythme et arriver avant midi à la gare. Ici en Ouzbékistan, le service de minibus a été remplacé par des petits utilitaires de 6 ou 7 places. Nous les voyons sillonner les routes à vive allure, s’arrêtant toujours à la demande et quand une personne attend sur le bord de la route. La plupart du temps, à l’ombre d’un poteau pour éviter les ravages du soleil. Toujours aussi verte, toujours autant de rizières, la région semble tournée vers l’agriculture comme ressource principale. Les Ouzbeks sont eux aussi toujours souriant, toujours à nous klaxonner ou à nous encourager depuis les champs. C’est assez réconfortant avec la peine que nous avons de rouler sous ses chaleurs.

Pendant tout le trajet, Kiki ne fera que repenser aux conversations qu’il a eu avec les autres cyclistes. Si bien que le programme du jour allait encore changer. Exit Samarkand, c’est à Boukhara que nous irons pour découvrir l’une des perles rares de l’Asie. Qu’importe si nous n’avons pas le colis, nous ne pouvons pas rater cette ville. Alors au lieu de prendre le train qui devait nous faire arriver à 3h00, nous négocions un taxi. Bien entendu, nous arrivons juste au moment du rush quand un train vient tout juste de débarquer une centaine de passagers. Nous attendons pour enfin en trouver un qui veut bien nous emmener 500km plus loin. Les vélos attachés sur le toit, les bagages entassés dans le coffre et à l’arrière, nous partons vers 12h45. Le chauffeur récupère alors son fils de onze ans qui va faire le voyage avec nous. Nous voilà partis pour une très longue traversée du désert ou la vie a abandonné ses droits. A de rares endroits, tous les 60 à 80km, une petite maison pour trouver de quoi se restaurer. Mais pas un seul point d’ombre entre. Nous plaignons nos compagnons qui vont devoir endurer cette route le lendemain. Notre chauffeur nous explique à chaque fois que nous approchons d’un barrage policier que nous sommes des amis, pas dans un taxi. Cela ne nous pose pas plus de problèmes que ça, tant que nous arrivons à Boukhara. Son fils reste bien calme à l’arrière, ne parlant pas. Le temps doit lui paraître bien long, comme pour nous, mais lui va devoir ensuite retourner au point de départ 500km en arrière. Il est difficile de s’imaginer combien une telle course aurait pu nous coûter en France, mais ici, celle-ci reste aussi cher que le train, mais à l’avantage d’être plus rapide. A 140km de Boukhara, nous tombons sur un nouveau barrage routier qui cette fois-ci nous arrêtera sur le bas-côté. Contrôle des passeports, puis voilà que notre chauffeur revient dans la voiture, glisse un billet dans son passeport, puis le redonne au policier. Ce dernier lui demandait un bakchich de 10000 sums pour passer.

Nous arrivons sur les coups de 19h45, après sept heures de route. Un soulagement pour nous. Nous n’avons vraiment plus l’habitude d’utiliser ce moyen de transport. Les vélos de retour sur la terre ferme après avoir bien pris l’air toute la journée, nous entrons dans un dédale de petites ruelles pour trouver notre hostel du jour. Là, nous y rencontrons un bon nombre de cyclistes qui ont élu domicile pour quelques nuits ici. De tous horizons, c’est autour d’une bonne pastèque bien fraiche que nous discutons un moment avant que nos lits ne nous appellent.

Jour 111 – Boukhara

Depuis notre arrivée en Ouzbékistan, nous vivons de plus en plus au rythme du soleil et à la chaleur ambiante. Alors quand il s’agit de visiter une ville dont le patrimoine classé à l’UNESCO est si important, nous prenons notre temps. Peut-être même trop. Mais pouvoir rencontrer autant de nouveaux cyclistes d’un coup, nous donne la possibilité de nous ouvrir vers d’autres horizons. Alors le petit-déjeuner s’éternisera pour savoir si quelqu’un a des informations sur le visa chinois, si un autre en a sur la Pamir Road, ou comme toujours les perspectives de voyages de chacun. Les routes sont si différentes au final. Nous nous disons que nous pourrons peut-être en recroiser certains ici, ou encore là, mais qu’entre, nous avons tous des routes qui sillonne le monde. Certains sont en break après des études, d’autres on prit une année sabbatique, d’autres encore comme nous n’ont pas de date précise de retour. Alors nous parlons beaucoup. Puis alors que l’horloge s’avance dangereusement vers les coups de 11h00, nous partons découvrir brièvement l’Est de la ville. Brièvement, car nous n’avions plus de sums sur nous, et bien entendu, juste aujourd’hui, aucun petit market ne veut de nos dollars pour acheter une bouteille d’eau. Sans cette source de jouvence, nous ne faisons qu’un rapide tour d’une heure et demie avant de plier, nos gorges asséchées. De cette partie de la ville, il n’y a vraiment que le Chor Minor qui est le plus impressionnant des bâtiments. Un édifice composé d’un dôme entouré de quatre tours, chacune surplombée d’une coupole d’un bleu magnifique. Nous ne pouvons que nous arrêter un moment pour contempler cette architecture. Du reste, nous passons devant deux Eglises. Passons seulement, car l’une était une sorte d’école privée et dans l’autre la messe était dite en ce dimanche. De cette dernière, nous restons circonspects par son architecture qui nous fait plus penser à une maison non terminée avec des murs bruts de décoffrage qu’à une véritable Eglise catholique comme nous les connaissons en Europe. Mais il y a une Eglise, dans une ville qui compte un nombre impressionnant de Mosquée de toutes tailles.

De retour à l’hostel, nous y retrouvons Omar, un franco-marocain que nous avions rencontré à Bakou puis qui avait pris le ferry avec nous. Il est parti pour plusieurs mois en voyage avec son sac à dos et son appareil photo pour réaliser des reportages sur les pays qu’il traverse. Nous ne savions pas comment il était parti du port d’Aktaou, mais au final, il a réussi à faire du covoiturage avec un couple d’allemands qui l’ont déposé à Khiva. C’est bon pour nous de retrouver sur la route des visages connus, surtout quand ceux-ci parlent français. Alors l’après-midi se passera avec lui avant qu’il ne nous quitte quelques heures pour célébrer la fin du Ramadan. Mais nous prenons notre temps au frais dans la chambre pendant plusieurs heures avant de nous décider de finir l’exploration du centre et de l’Ouest de Boukhara. La ville est une sorte de petit dédale où nous devons explorer toutes ses ruelles pour y découvrir quelques somptueux bâtiments. Rien n’est regroupé au même endroit comme à Khiva, ici, il faut déambuler plusieurs heures, regarder à droite et à gauche, scruter les toits, pour voir apparaître les merveilles que recèle cette ville. Le point négatif est que la plupart du temps, nous ne pouvons que les regarder de l’extérieur, car l’intérieur est soit fermé, soit occupé par un marchand « pour touriste ». Il y avait bien les musées des poupées ou des tapis, mais nous avons passé notre tour.

Les façades de certains bâtiments nous clouent par leur beauté étincelante. L’agencement de ces faïences de bleues nous plonge dans une constellation d’étoiles où le soleil tape de l’œil. Deux écoles coraniques se font ainsi face, Abdulazizkhana et Ulugbeka. Pour notre plus grand bonheur. Derrière eux, le Toki Zargaron avec son toit composé d’une multitude de dôme. Mais notre surprise était juste derrière, comme si nous venions d’ouvrir nos cadeaux de Noël. La mosquée Kalyan, son imposant minaret et l’école coranique Miri Arab. Des monuments majestueux formant une place rayonnante en plein cœur de Boukhara. L’un des plus beaux spectacles que la ville peut offrir à nos yeux. L’entrée dans l’école étant interdite, nous entrons dans la mosquée ouverte au public. L’intérieur est vide de toute décoration, tout de blanc vêtu. Seul la vaste cour amène couleurs et lumière dans ce lieu de culte. Là aussi, nous retrouvons cette faïence bleue si belle et si percutante. Nous la laissons derrière nous, portons un dernier regard sur sa porte, puis direction l’Ark, un énorme fort. Si l’extérieur nous semble bien imposant, l’intérieur est bien vide et fermé au public aujourd’hui. Comme il s’agit du dernier jour du Ramadan, il est impossible de visiter l’Ark, mais bien sûr, la personne vendant les billets ne nous dira rien, et nous voilà à payer plein pot pour une visite de 10 minutes, là où il faut plus d’une heure normalement. Heureusement que nous rencontrerons trois normands à l’intérieur avec qui nous parlerons un moment. Ils sont là en vacances car leur fille est venue travailler six mois en Ouzbékistan pour sa fin d’études. Notre chemin continue vers un grand parc un peu plus à l’Ouest pour aller admirer le Mausolée Samanid. Un petit édifice assez remarquable, du fondateur de la dynastie du même nom, entouré d’un écrin de verdure. Nous nous y posons un instant à son ombre, avant de repartir vers le bazar acheter quelques légumes et deux beaux melons pour la fin de soirée. Nous nous perdrons encore un petit peu, à découvrir quelques merveilles de Boukhara, avant de nous en retourner à l’hostel. Là, nous découvrons que nos trois amis cyclistes avec qui nous étions à Khiva viennent tout juste d’arriver par taxi eux aussi. Quel meilleur moyen pour passer la soirée tous ensemble à discuter autour de melons bien frais.


Data depuis le début 

  • Kilomètres parcourus : 4 417,83
  • Temps de déplacement : 262h52m26s
  • Altitude : 29 577+ / 29 102-
  • Calories dépensées par personne : 131 687

 

Par | 2017-07-02T05:28:42+00:00 juillet 4th, 2017|Ouzbékistan|1 Comment

Un commentaire

  1. Jean Jacques ERNANDORENA 5 juillet 2017 à 21 h 20 min - Répondre

    Bonjour à tous les 2,

    Après de belles découvertes, il a aussi de très belles rencontres.
    Bon courage
    Jean Jacques

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