Journal de bord – 034

Jour 115 / 116 / 117 – Samarkand

Chaque jour est une nouvelle leçon. Chaque nouvelle rencontre forge un peu plus les contours de notre aventure. Chaque pays nous amène plus loin dans nos réflexions. Notre regard change. Notre conception du voyage évolue. Là où nous pensions devoir pédaler toujours et tous les matins, nous prenons le temps d’attendre. L’Ouzbékistan est surement le meilleur endroit pour nous faire la leçon à ce sujet. Nous y passons de très longs moments dans les patios de nos hôtels avec les autres voyageurs à discuter et échanger. Samarkand n’échappe pas à la règle. Nous visitons la ville par intermittence, une heure le matin, un peu plus en fin de journée. Un peu de ces mosquées, un peu de ces mausolées, un peu de ces bazars, le tout pour y trouver notre compte et ressentir l’atmosphère, mais aussi et surtout partager avec les autres personnes. Comme nous le dit si bien un père de famille qui voyage depuis quatre ans, au bout d’un moment, tous les monuments se ressemblent et il faut alors prendre le temps d’espacer les visites, de bien les choisir, pour ne pas tomber dans une surconsommation de la culture et ne pas être blazés de son voyage. Il faut aussi savoir prendre des « vacances » en s’accordant des pauses.

Ici à Samarkand, nous faisons le plein de rencontres toutes plus exceptionnelles les unes que les autres. Il y a bien sur ces deux familles qui voyagent dans d’énormes camions aménagés. L’une est anglaise, l’autre franco-belge. La première voyage depuis quatre ans et est sur le point de rentrer d’ici fin août. Tous les quatre, ils ont commencé par le Canada pour arpenter toute l’Amérique, l’Afrique, l’Océanie pour être en Asie maintenant et terminer par l’Europe. La plus jeune des filles aura passé la moitié de sa vie sur la route à découvrir un monde si vaste et si coloré. La deuxième a commencé son voyage en avril, avec comme objectif de rejoindre l’Australie en moins d’un an. Ils sont six à sillonner ainsi les routes, avec pourquoi pas l’envie de pousser plus loin si jamais cela devient possible. Nous apprenons que selon une étude, il y aurait qu’une trentaine de famille se trouvant sur les routes du monde. Cela faisait plus d’un an que les anglais n’en avaient plus croisés, et les belges vont en retrouver sept autres en Mongolie pour traverser la Chine ensemble. Ce nombre ne peut pas être aussi faible, mais comme à chaque fois, nous essayons de nous imaginer combien d’autres personnes comme nous peuvent être sur la route, en famille, en vélo, ou en énorme camion. Les bagpackers sont nombreux, mais que représentons-nous dans cette multitude de voyageurs au long terme. Une question qui nous trotte depuis un moment maintenant. Ici à Samarkand, nous savons que nous sommes actuellement une vingtaine de cyclistes, et une quinzaine de plus sur la route selon les rencontres que chacun a pu faire. Tous ou presque en Ouzbékistan, prêt à s’engager pour la majeure partie vers la Pamir au Tadjikistan. Nous y pensons fortement aussi, non pas en vélo mais en voiture. Kikinette ne se sentant pas prête pour affronter les hauteurs, si nous devons le faire dans un temps limité. Cette route étant dans les plus difficiles qu’il puisse exister pour les cyclistes, mais aussi l’un des défis humains les plus extraordinaires. Nous décidons donc de laisser le hasard choisir à notre place, et si une fois à Och nous rencontrons d’autres personnes souhaitant s’y engager pour une longue semaine en voiture, nous sauterons sur l’occasion.

Au fil des jours, les autres cyclistes arrivent au compte-goutte à l’hostel, tout le monde s’étant donné rendez-vous ici. Comme nous étions les premiers arrivés, nous avons pu visiter la plupart des monuments. Nous donnons quelques « conseils ». Il faut dire qu’ici plus qu’ailleurs en Ouzbékistan, il faut négocier tous les prix. Du restaurant, à l’hostel, en passant par les entrées de musées, et jusqu’aux glaces, tout doit se négocier. C’est assez épuisant. Alors nous donnons les prix que nous avons pu avoir, en disant qu’il est toujours possible d’avoir en dessous ou qu’il est possible de contourner pour voir l’ensemble du site sans passer par l’entrée principale. Nous rappelons aussi de ne jamais payer pour avoir la possibilité de prendre des photos, une « arnaque » pour touriste que nous n’avons compris qu’après l’avoir payé une fois. Nous apprenons sur le tas. Personne ne contrôle si vous prenez des photos, car tout le monde en prend. Dans les restaurants, une des pratiques, impossible en France car assimilée à de la vente forcée, est de toujours nous amener une multitude de petits plats, des légumes, une soupe et du pain. Tout est fait si naturellement que nous pourrions penser que c’est une sorte d’entrée offerte. Mais loin de là puisque tout est facturé à la fin. Nous ne leur laissons pas la possibilité de les poser en les refusant d’entrée. Nous refusons de même de payer notre glace quotidienne à au double du prix pratiqué pour les locaux. La simple glace passant de 3000 à 5000sums par magie, alors même que nous avons pu voir une autre personne payer le prix « normal ». Un peu de négociation, et le prix redescend toujours. Mais au quotidien, cette pratique devient épuisante, car jamais nous ne pouvons savoir combien coûte les choses, devant nous fier au prix « touriste » qui nous sera annoncé. Heureusement, nous sommes jeunes et sans enfant, alors nous avons un prix « touriste bas ». Mais si vous êtes plutôt âgés et avec des enfants, vous grimpez tout de suite dans la catégorie « touriste de luxe » faisant flamber l’imaginable. Comme si voyager en famille ne coûter pas déjà assez chère pour ne pas devoir ensuite se faire assassiner sur les prix. Des petites pratiques qui nous laissent un arrière-goût quant à la manière dont les touristes sont perçus.

Heureusement, la ville a davantage à nous offrir en termes de monuments magnifiques : mosquées, mausolées, écoles coraniques, minarets… Nous avons de quoi occuper les quelques heures où nous sortons chaque jour pour nous concentrer seulement sur quelques monuments. Prendre le temps de les contempler, de nous asseoir, de les disséquer dans tous les angles. Comme à Boukhara, nous sommes surpris que l’intérieur de la plupart des grands monuments soit vide de décoration. L’extérieur exprimant une telle richesse artistique, qu’il est préférable de ne pas visiter l’intérieur afin de ne pas gâcher cette sensation visuelle et avoir une image glorifiée de l’édifice. La place du Registan est très certainement une des places les plus grandioses du pays. Nous sommes là, tellement petit face à la grandeur des trois médersas qui forment cet ensemble. Au petit matin, alors que le soleil se lève à peine, nous monterons en haut de l’un des minarets après avoir « soudoyé » un policier. Marcher sur les toits, grimper les marches en colimaçon dans le noir total du minaret, avoir une vue parfaite sur toute la ville qui se réveille à peine, voir en contrebas un groupe de femmes faire leur gymnastique quotidienne. En journée, les rayons du soleil se reflètent à merveille sur les couleurs bleues des murs, réchauffant instantanément l’ambiance, et les passants déambulent dans les petites allées vertes du jardin qui l’entoure. A la nuit tombée, le spectacle devient grandiose. Un jeu de lumières vient nous éblouir de mille feux, nous faisant tout oublier, avec pour seule intention de regarder tous les détails de la place qui change de robe et de couleurs.

Puis il y a l’Afrasiab, à deux pas du cœur de ville. Une immense zone désertique, avec une végétation très simple de petites plantes vertes. Nous y déambulons une bonne heure, sous un lourd soleil, à la recherche des ruines d’un ancien monument. Sous nos pieds, nous soulevons le sable qui vient donner une nouvelle couleur à nos vêtements. Nous grimpons finalement sur une colline surplombant toute la zone pour apercevoir quelques ruines, quelques « murs » effondrés et recouvert par la terre. Rien n’a été mis à jour, il faut alors tout s’imaginer. Nous préférons tourner notre regard vers le Registan qui se dessine devant une chaine de montagnes au loin. Les montagnes que nous n’avons plus croisé depuis un long moment maintenant. Juste avant de nous engager dans l’Afrasiab, nous passons par une « avenue » de mausolées. Nous grimpons quelques marches avant de nous retrouver face à une vingtaine de petits monuments alignés de part et d’autre de l’allée pavée. De vraies merveilles. Outre une architecture différente pour chaque mausolée de l’extérieur, avec un florilège de mosaïques, c’est une fois que nous passons la porte que notre regard s’illumine. Des décorations sublimes pour accompagner dans leur dernier repos les défunts.

Samarkand est pour nous notre oasis en plein milieu du désert. Notre petit paradis qu’il est difficile de quitter. Si il n’y avait que la ville, nous ne serions certainement restés qu’un ou deux jours. Mais toutes les rencontres que nous y faisons rend difficile le moment de partir, le moment de quitter tout le groupe. Alors tous les soirs, nous sortons tous ensemble ou presque. Un soir, nous sommes six à nous aventurer dans le seul endroit qui produit sa propre bière artisanale. Une bonne adresse pour les amateurs de bière qui composent la majeure partie des cyclistes. Un autre, nous voilà treize à tester un restaurant devant nous proposer du plov. Nous apprenons que le plov (un plat de riz avec des légumes et de la viande) n’est servi que le midi, alors il n’en reste pas assez pour tout le monde. Un dernier enfin, c’est à sept que nous dînerons presque seuls dans un restaurant où nous testerons enfin un plov et d’autres plats assis autour d’une grande table ronde. L’un des éléments communs à toutes les soirées restent certainement le passage par l’un des glaciers pour se procurer un peu de fraîcheur dans ces longues et chaudes journées. Le dernier soir nous emmène à enfin contempler la magique place du Registan, et nous y rencontrons alors plusieurs Ouzbeks. Ils sont tous à l’université et viennent ici chaque soir pour discuter avec des touristes afin d’améliorer leur anglais avant leur examen de fin d’année. Une bien bonne idée que voilà. Ils sont certains de trouver ici tous les soirs des touristes venus contempler cet merveille. Mais nous devons déjà la quitter elle et ce petit confort que nous avions trouvé dans notre hostel si bien.


Data depuis le début 

  • Kilomètres parcourus : 4 616,73
  • Temps de déplacement : 273h38m54s
  • Altitude : 29 940+ / 29 207-
  • Calories dépensées par personne : 137 223

 

Par | 2017-07-04T14:51:44+00:00 juillet 8th, 2017|Ouzbékistan|1 Comment

Un commentaire

  1. Jean Jacques ERNANDORENA 8 juillet 2017 à 19 h 22 min - Répondre

    Bonjour à tous les 2,

    Oui, ça ne parait pas être beaucoup le nombre de « touristes à vélo ou autres !!!.
    Le fait de devoir tout négocier est effectivement « pénible » mais peut être rentable.
    Encore de belles rencontres !!!
    Bon courage
    Jean Jacques

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