Les petites histoires du Tadjikistan – Check point, topchan et pastèque

Deuxième jour sur la route du Nord. Celle-ci n’est plus aussi parfaite qu’elle pouvait l’être la veille. Les efforts sont plus importants pour nous. La faim commence à se faire sentir lentement. Baris s’arrête alors à un check-point pour demander quelques informations. L’un des deux hommes parle anglais, nous voilà chanceux. Il nous conseille de nous arrêter à cent mètres de là pour déjeuner sur un topchan à l’ombre des arbres. Nous l’écoutons sans trop rechigner, n’ayant pas envie de faire encore x kilomètres dans l’optique de trouver un éventuel restaurant plus loin. Le temps de nous déchausser et de nous allonger sur le topchan, le policier nous rejoint pour discuter avec nous. Mirsohib de son vrai prénom, il nous demande de l’appeler John. Nous nous étonnons qu’il ait un tel surnom, peu commun dans la région. Il nous explique que depuis son enfance, ses parents et tout son entourage l’ont toujours appelé ainsi, pour une raison inconnue, tant et si bien qu’il répond plus facilement à John qu’à son vrai prénom. Intéressant.

Un potage bien garni de légumes et de viande nous sert d’accompagnement pendant notre discussion. Le corps et l’esprit pouvant se sustenter par la même occasion. John nous raconte alors son histoire. Il ne voulait pas faire comme les autres jeunes Tadjiks. Eux partent en Russie pour travailler dans des conditions difficiles pendant de nombreux mois, avant de revenir au pays voir leur famille, et repartir par la suite, ce cercle se répétant encore et encore. Il ne voulait pas de cette vie. Alors, quand il a eu la vingtaine, il est parti pendant huit mois en Allemagne. Là-bas, il va travailler, apprendre l’anglais et un peu l’allemand, avant de se faire expulser vers le Tadjikistan. Pour pouvoir rester sur le sol allemand, John s’est fait passer pour un réfugié. Mais cela n’a duré qu’un temps avant que les autorités n’en décident autrement. Alors maintenant, il est là, dans son pays natal, envisageant d’y retourner dans quelques années avec sa femme et son enfant à venir par des voies plus légales. Quand il nous parle de l’Allemagne, c’est avec un grand sourire. Pour lui, c’est une chance, un futur, un espoir.

Aujourd’hui, il est là, à travailler tout le temps, sans avoir de vrais jours de repos. Cinq jours par mois, il contrôle les véhicules à ce check-point, tandis que le reste, il le passe dans un bureau dans une autre ville. Nous sommes alors curieux aussi bien sur les billets dans les mains que par les activités de loisirs des Tadjiks. Pour le premier point, John nous répond qu’il s’agit d’une sorte de « péage » au final. Chaque conducteur devant s’acquitter d’une petite somme à payer, 10 somonis en moyenne. L’argent ne lui revient pas directement. Sur l’ensemble de la collecte, il n’en gardera que 5%, le reste partant pour les hauts gradés. Nous ne saurons pas comment cet argent est utilisé par la suite, si il revient dans les caisses de l’Etat ou non, mais nous sommes sûrs qu’il ne sert pas à refaire les routes du pays. Quant à la question des loisirs, John nous dit qu’il y en a très peu. La vie est plutôt rythmée autour du travail, puis une fois la journée terminée, par la famille à la maison. En dehors, il y a la cigarette. Son faible prix poussant une très grande majorité de Tadjiks à fumer. Il faut dire que même à Douchanbé la capitale, nous n’avions pas vu énormément de possibilités de sortir s’amuser.

Alors que nous terminons notre repas, John s’éclipse un instant avant de revenir avec une grosse pastèque dans les bras. Une conclusion bien fraîche à cette rencontre avant de reprendre la route.

Par | 2017-08-07T04:05:23+00:00 août 7th, 2017|Tadjikistan|0 commentaire

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