Les petites histoires du Tadjikistan – La boue, l’âne et la montagne

Quatrième jour sur la route du Nord. Nous roulons depuis plusieurs heures maintenant. Objectif, rallier le petit village de Safedoron pour y déjeuner sur les coups de 13 ou 14h00, avant d’entamer le gros de l’ascension. Une pluie fine tombe par intermittence depuis le début de la journée. La route était « correcte » jusqu’à ce que nous arrivions sept kilomètres avant le village. Là, nous allions connaitre notre première véritable épreuve. L’épreuve de la boue. Pas celle de Fort Boyard où nous nous luttons à nous faire tomber dedans, quoi que nous aurions pu en profiter pour faire un bain dedans, mais celle qui pose problème pour nos vélos. Si sur les premiers kilomètres, nous zigzaguons plus ou moins bien, plus nous avançons, plus il devient impossible de pédaler. Nous tournons dans le vide et dérapons. Si bien que nous commençons alors à pousser… jusqu’à ce que cela devienne impossible, nos roues s’engorgeant toujours plus de boue, les bloquant littéralement.

Nous voilà bien, coincés dans la boue, au beau milieu de notre ascension. Un autre cycliste venant dans l’autre sens nous dit qu’il est coincé depuis deux heures comme ça. Les sacoches sur l’épaule, il les porte sur 200 mètres, avant de retourner faire la même chose avec son vélo. Nous discutons un peu avec lui avant qu’il ne trouve une voiture qui puisse mettre son vélo sur le toit pour l’amener quelques kilomètres plus loin. Dans le même temps, Alice et Rudy, deux français en camion que nous avions rencontré à Samarkand, arrivent à notre hauteur et s’arrêtent. Impossible pour eux de prendre trois vélos et les bagages. Alors, comme ils doivent camper pour la nuit au sommet du col, nous leur laissons nos bagages en se disant que nous trouverons un moyen d’arriver en haut avant la nuit. Eux partis, nous envisageons tous les scénarios, la faim au ventre, pour nous sortir de ce bourbier.

C’est alors que nous commencions à porter chacun nos vélos, qu’un homme avec son âne se portent à notre hauteur. Il nous regarde, engage la discussion avec nous, puis nous propose son aide. Nous acceptons avec joie. Voir le vélo de Kikinette se faire transporter par un âne, c’est une occasion unique pour nous. Pendant que l’âne et son maître s’éloignent avec Kikinette, Baris et Kiki vont jouer les mules à leur manière. Sur presque un kilomètre, nous voilà vélo à l’épaule, portant plus de 25kg, pataugeant dans la boue, les pieds lourds, évitant de tomber. Nous rigolons un peu. Nous trimons beaucoup. Puis voilà que notre calvaire prend fin au passage d’une petite rivière. Le moment pour nous de laver nos vélos et d’essayer d’enlever le maximum de boue de toutes les pièces. Nous qui avions lavé parfaitement nos vélos la veille au soir…

Notre sauveur du jour nous propose alors de le rejoindre chez lui à Safedoron pour manger et nous reposer un peu. Notre premier repas de la journée se fera donc vers 17h00. Une véritable délivrance pour nos estomacs. Nous sommes reçus comme des rois, accueillis par toute la famille qui vient tour à tour dans la pièce où nous sommes pour discuter avec nous. Pain avec sauce, plov, thé, gâteaux, nous avons de quoi être rassasiés. Notre hôte travaillant en Russie pour une compagnie turque, Baris sera l’interprète du jour. Il nous apprend qu’il part ainsi pendant un an travailler, avant de revenir quelques mois ici au Tadjikistan, pour pouvoir refaire son visa (un an seulement). Là-bas, les conditions de travail peuvent être difficiles, mais le salaire est bien plus important que ce qu’il pourrait gagner ici. Alors un grand nombre de jeunes hommes n’hésitent pas à franchir le pas pour la Russie, même si cela signifie être loin de leur famille.

C’est peu avant 18h00 que nous commençons alors à nous activer et à nous questionner. Il va bientôt faire nuit, nos affaires se trouvent en haut du col à plus de 14km de là. Notre hôte nous propose de nous héberger pour la nuit. Mais nous voulons vraiment faire l’ascension aujourd’hui. Problème, Baris n’a pas sa veste avec lui, et nous n’avons ni eau ni nourriture ni outils pour réparer avec nous. Qu’importe, nous remercions chaleureusement notre hôte pour son accueil, et reprenons la route. Sans les bagages, l’ascension est bien plus facile, mais reste néanmoins bien raide. C’est alors que le soleil venait de se coucher depuis un petit moment, qu’au détour d’un virage nous apercevons au loin une lumière clignotante. Un grand cri, et nous savons alors que nous touchons au but. Les deux français nous attendent devant un arrêt de bus posé là pour on ne sait quelles raisons. Soulagés et pouvant trouver dans nos bagages quelques vêtements chauds, nous nous asseyons pour partager un bon repas chaud qu’Alice et Rudy nous aurons préparé pour fêter cette folle journée !

Par | 2017-08-07T04:05:44+00:00 août 9th, 2017|Tadjikistan|1 Comment

Un commentaire

  1. Ernandorena 9 août 2017 à 21 h 44 min - Répondre

    Bonjour à tous les 2,

    Sacrée montée dans la boue.
    Belle épreuve!
    encore des gens sympas qui n’hésitent pas à aider.
    Ca doit faire chaud au coeur
    Bon courage
    Jean Jacques

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