Les petites histoires du Tadjikistan – Sacré dérailleur, sacrée montagne

Il est un peu plus de 15h00 ce jour-là quand nous reprenons la route. Il faut dire que nous avons pris notre temps pour déjeuner avec Patrick et Murielle, un couple de français à la retraite. Ils étaient sur le bord de la route à prendre des photos, nous passions en vélo, puis une discussion en entrainant une autre, nous voilà à cuisiner sur le bord de la route à une quarantaine de kilomètres de Bibi Fatima. Ils se sont laissés six mois pour aller jusqu’en Mongolie et revenir par la Russie jusqu’en France pour y passer les fêtes de fin d’année. Leur mode de transport, un pick-up modifié avec un caisson supplémentaire pour y avoir de quoi dormir et cuisiner. Petit et léger, rien de bien encombrant, qui se faufile partout pour aller poser sa « tente » chaque soir dans un coin différent. Nous les croiserons presque quotidiennement sur les deux semaines suivantes jusqu’à ce que nous entrions ensemble au Kyrgyzstan. Leur credo, prendre le temps de contempler la nature environnante et discuter avec les locaux comme avec les autres voyageurs.

Trois heures plus tard, nous voilà à nouveau sur le bas-côté. L’horreur. Vélo retourné, Kiki commence l’inspection. Tous les outils sont étalés par terre à la recherche d’un miracle. Il n’y a bien que ça qui aurait pu sauver notre journée à ce moment-là, car aucun outil n’aurait pu arranger la situation. Un coup de pédale, puis un autre, et la casse au bout du compte. Kikinette se retrouve avec un dérailleur arrière sens dessus dessous. La chaine se retrouve coincée à l’arrière de la cassette, le dérailleur est complètement retourné, les dents arrachées, la patte brisée en deux. Rien qu’en regardant, Kiki savait que la Pamir était compromise pour Kikinette. Impossible de trouver ici, en plein milieu de la Wakham une telle pièce de rechange. Pendant un bon moment, Kiki essaye de raccourcir la chaine pour lui permettre d’avancer quand même sur une unique vitesse. Mais la solution n’était pas idéale. Nous voilà alors à la merci des rares voitures qui passent et qui comprennent notre désarroi. L’offre et la demande. Nous ne sommes pas en position de vraiment négocier. Alors, c’est un peu amer que nous acceptons de payer 150som pour faire les 20 derniers kilomètres. Une somme astronomique quand nous savons qu’il s’agit du prix d’un taxi partagé pour faire plus de 300km normalement.

La soirée est déjà bien avancée quand nous avons enfin accès à un téléphone local. Au bout du fil, notre sauveuse. Véro. Elle qui a déjà tant fait pour nous vient une nouvelle fois de nous aider. Là voilà à démonter son ancien vélo pour nous faire parvenir dérailleur et chaine à Murghab, notre prochaine grande ville d’étape. C’est un autre cycliste, Marc, qui va voyager avec avant de trouver un taxi qui emportera la pièce jusqu’à notre futur point de chute. Une véritable chaine qui nous permet de « sauver » le vélo de Kikinette. Sans quoi, c’était un billet direct pour elle jusqu’à Och au Kyrgyzstan pour espérer trouver une nouvelle pièce. Nous nous regardons rapidement, puis la décision est prise pour que Kiki continue la route en vélo. Kikinette, elle, va devoir trouver un moyen pour se rendre jusqu’à Murghab. C’est au pied de la Pamir que la première grosse casse mécanique de notre voyage survient. Une certaine chance dans le malheur, car quelques dizaines de kilomètres plus loin, et nous aurions été en pleine zone désertique, sans avoir la possibilité de croiser âme qui vive pendant des heures et des heures.

Kiki parti aux premières heures du matin, Kikinette peut en profiter pour faire une grasse matinée avant d’attaquer sa recherche de voiture. Après une rapide discussion avec deux cyclistes présents dans le homestay, la voilà à descendre sans le vélo et les bagages jusqu’au bord de la route principale. Il faut dire que Kiki lui avait laissé plus d’une dizaine de kilos supplémentaires pour voyager « léger » de son côté, alors pas question de tout porter si jamais il fallait remonter en cas de chou blanc. Le trafic n’étant pas très important, une dizaine de voitures par jour s’aventurant vers le col de Kargush, mieux valait minimiser les risques. Un moment passe, une heure puis une autre, avant qu’enfin une voiture s’arrête à la hauteur de Kikinette. Les probabilités sont souvent faibles, mais ici au Tadjikistan elles ne semblent pas exister. Derrière la vitre, une amie de Véro que nous avions rencontrée chez elle voilà deux semaines. Avec son ami et une guide, elle visite la Wakham. Après lui avoir expliqué la situation, Kikinette embarque dans le 4×4. Ils vont jusqu’à Langar, à une quarantaine de kilomètres de là pour faire une randonnée.

Le vélo mis au garage pour le reste de la journée, Kikinette se décide alors de les suivre pour aller camper à plus de 3000m. Sans tente, sans sac à dos. C’est l’une des sacoches de vélo qui fera office de sac pour y contenir quelques affaires pour la nuit. Rien de plus inconfortable et difficile à porter qu’une sacoche de vélo. Son poids n’aidant pas, tous se relayeront pour la porter à tour de rôle. Une chance pour Kikinette. Un petit tour par le musée de Langar pour y admirer quelques gravures et peintures rupestres, et la voilà après plusieurs heures dans un « petit village », trois ou quatre maisons, à poser la tente dans un champs, seuls au monde. C’est avec la guide qu’elle aura la chance de partager sa couche pour s’éviter de se retrouver à la belle étoile. Non que le magnifique ciel étoilé ne soit désagréable à regarder en cette saison, mais les températures chutent énormément une fois la nuit tombée à cette altitude. Alors après une bonne nuit, et une bonne redescente, c’est avec l’aide de toute la troupe que Kikinette réussit à trouver un taxi partagé qui doit passer la chercher sur les coups de midi.

Ce n’est que vers une heure de l’après-midi que ce dernier arrivera. Bien rempli. Une seule petite place de libre pour que Kikinette puisse s’asseoir. Le temps de dire au-revoir et de remercier tout le monde pour l’aide apportée et la balade, la voiture file déjà vers le check-point de Kargush. Les limitations de vitesse n’ayant pas cours, c’est l’état de la route qui fait souvent office de limitateur. Quoi que, ce chauffeur ne semblant pas s’en soucier plus que ça, n’ayant envie que de conduire le plus rapidement possible pour arriver à destination. Impossible dans ces conditions pour Kikinette de s’arrêter prendre quelques photos, quelle déception. Mais en voyant l’état de la route, elle se sent un petit peu soulagée. Soulagée que son vélo se soit cassé à ce moment précis, lui évitant bien des peines avec cette interminable ascension et cette route affreuse. La voiture aurait certainement dit la même chose si elle pouvait communiquer. C’est pourquoi, sa seule manière d’expliquer à son chauffeur son mécontentement fut de tomber en panne juste après le check-point. Pendant plusieurs heures, tout le monde attend sur le bas-côté, le temps que le moteur refroidisse et que le chauffeur l’abonde en eau. Une manière très tadjike pour régler la plupart des problèmes de voitures. Celles-ci surchauffant abondamment à cause des forts dénivelés.

Le col de Kargush passé, la descente s’engage. A quelques kilomètres seulement de la M41, Kikinette fait signe au conducteur de s’arrêter sur le bord de la route. Il est 18h30. Le temps d’ouvrir la fenêtre, elle tend une bouteille d’eau et des gâteaux à Kiki qui vient de s’arrêter pour poser sa tente. A peine quelques mots échangés que le conducteur décide déjà de repartir. Ce n’est qu’à la nuit tombée, vers les 22h00 que Kikinette voit enfin le panneau Murghab pointer le bout de son nez. La fin d’une longue journée, et le début de l’attente.

 

Par | 2017-08-10T16:42:48+00:00 août 13th, 2017|Tadjikistan|2 Commentaires

2 Commentaires

  1. Ernandorena 14 août 2017 à 7 h 56 min - Répondre

    Bonjour à tous les 2,

    Les problèmes techniques font partie de l’aventure,
    mais je pense que vous vous en passeriez bien, sans.
    Bon courage
    Jean Jacques

  2. […] […]

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