Mémoires insolubles – V.01

Jour 31 – Kesan à Sarkoy

Nous sommes au 31ème jour de notre voyage. La journée avait mal commencé pour nous entre une carte SIM qui ne fonctionnait pas et les déboires du vélo de Kiki. Nous venions de finir de manger, avions à peine repris la route quand nous avons alors accepté l’invitation d’un chauffeur routier Oli à monter avec lui pour aller à notre prochaine ville. Nous nous souviendrons de cet après-midi là…

Si au début, tout était normal, avec de franches discussions et une personne très gentille avec nous, les premiers signes étaient là. Il devait aller à Terdikag pour prendre un rendez-vous chez le dentiste. Nous le suivons à l’hôpital en nous disant que nous pourrons y trouver notre vaccin. Kiki lui tend la feuille pour qu’il puisse demander, mais ils ne l’auront pas. Là, Oli gardera la feuille sans nous la rendre. Premier signe qui ne mis pas en confiance Kiki, malgré le fait qu’il nous invita à boire et manger dans le snack de l’hôpital. Ce premier arrêt fait, nous repartons sur la route et nous tombons sur son lieu de travail, un dépôt routier assez spéciale. Nous resterons dans le camion avec sa fille et un ami le temps qu’il discute avec son patron. Il nous ramène alors un gâteau local au fromage. Kikinette en mangera au passage. Nous repartons ensuite vers chez lui, Sarkoy, mais il ne semblait pas bien connaitre l’itinéraire que sa fille lui indiquera. Deuxième signal.

Là sur la route, il s’arrête dans un petit hameau avec quelques habitations neuves à la recherche d’un ami à lui, qui ne sera jamais là. Il nous invite à descendre pour prendre un selfie avec nous. Assez bizarre, mais nous acceptons. Troisième signal.

Tous dans le camion en direction de Sarkoy, qui sera à plus de 50km de là. En prenant les petites routes, Kiki aura un mauvais pressentiment, une boule au ventre qui lui fera dire qu’il faut trouver un moyen de sortir les vélos et s’en aller. Il regarde Kikinette, même réaction. Nous sommes d’accord. Après quelques kilomètres, Kiki prendra son téléphone et prétextera un grave problème pour pouvoir être déposé le plus vite possible à une gare pour aller à Istanbul prendre l’avion. Oli compatit puis nous dis qu’il va nous déposer à Sarkoy pour prendre le bus qui relie Istanbul. Il ne veut pas nous ramener en arrière qui semble plus près. Quatrième signal.

Kiki jouera son rôle pendant tout le reste de l’après-midi. Puis dans une descente, panne sèche. On commence à se poser de plus en plus de questions sur comment réussir à sortir de là. Il s’arrête dans un petit village, une dame lui vend un peu d’essence, et nous repartons. Un kilomètre plus loin, il s’arrête de nouveau pour que nous prenions une photo tous ensemble. Pour lui, l’urgence de ma demande ne semble pas être importante et il semble gagner le plus de temps possible. Cinquième signal.

Kiki lui explique à nouveau qu’il faut vraiment que nous arrivions le plus vite possible, mais il ne semble pas le prendre en compte puisque nous nous arrêterons à un restaurant au bord de mer pour manger et boire un coup. Là, depuis un moment, nous faisons à chaque fois attention d’avoir nos petites sacoches sur nous avec nos papiers et de regarder l’arrière du camion pour que personne ne vienne l’ouvrir pendant tous nos arrêts. Kiki commencera à s’énerver de plus en plus. Nous repartons pour faire une nouvelle halte dans un autre village. Là Oli s’énervera contre Kiki en lui demandant ce qui ne va pas, pourquoi il est comme ça avec lui. La tension monte, son ami vient calmer le jeu, nous repartons. Les deux ne se reparleront plus pendant le reste du trajet, Kikinette faisant l’intermédiaire. Enfin nous arrivons à Sarkoy, sur les coups de 19h00, alors qu’il nous avait pris à 15h00 environ. Nous passons à la gare acheter nos billets, puis il insiste pour nous trouver un logement. Il ne veut vraiment pas nous laisser. Sixième signal.

Il veut nous trouver un endroit où poser la tente. Nous nous regardons quand il nous propose la plage ou des espaces verts. Jamais nous ne dormirons là cette nuit pour sûr. Une chance pour nous s’est présentée. Son autre fils qui nous avait rejoint nous aide à descendre nos vélos lorsque son père était parti dans un restaurant. En voyant ça, il s’énerve à son retour et nous dit qu’il va nous conduire ailleurs et de remettre les vélos dedans. Septième signal.

Nous refusons gentiment en disant que nous pouvons pédaler puisque la pension n’est pas loin. Il s’énerve, remonte dans son camion et nous dis de le suivre. Nous le suivrons à serpenter et nous éloigner de la ville où nous devons reprendre le bus le lendemain. Kiki s’énerve de plus en plus et Kikinette tente de le calmer. Coup de la panne à nouveau en lisière de la ville. Il demande alors à Kiki si il peut lui prêter son vélo pour aller chercher de l’essence un peu plus loin. Il refuse en disant qu’il peut y aller lui. Oli s’énerve et commence à partir à pied avant d’être pris par une voiture. Nous attendrons là avec son fils. On se dit que le moment était venu de partir. Mais son fils insiste pour que nous attendions son père ou que nous allions le rejoindre juste un peu plus loin. Huitième signal.

Nous lui disons que nous sommes fatigués et que nous allons retourner en ville chercher un hôtel. Là un groupe de personnes arrivent sur nous, ils travaillaient juste à côté. Ils veulent nous accompagner dans une pension en centre-ville. Nous essayons d’avoir l’adresse et d’y aller seul, mais ils insisteront pour qu’une personne nous y amène en scooter. Nous le suivons et nous arrivons alors à une petite pension. Enfin nous sommes seuls…

Nous ne parlerons pas ici de la conduite de Oli. Un danger public hors norme, zigzaguant sur route sans vraiment regarder derrière lui. A toujours chercher quelque chose sur son tableau de bord immense qui semble être une caverne d’Ali Baba où tout est possible. Les limitations de vitesse ne semblent pas vraiment l’intéresser, surtout quand sur de petites routes, il montera jusqu’à plus de 130km/h. Quand on connait l’état des petites routes, nous avions de quoi nous cramponner et prier. Et son comportement au volant envers les autres automobilistes était très spéciale, toujours à crier, à klaxonner, ou encore à bloquer une voie pour que la personne en face se pousse devant lui (même si elle avait la priorité). Bref, la conduite d’Oli était ce que nous pourrions appeler « tout ce qu’il ne faut pas faire pour passer son permis ».

Avec du recul, nous nous demanderons si ce jour-là nous avons eu peur à cause de notre peur de l’étranger très ancrée dans notre façon d’être et que nous n’avons pas su voir la différence dans une autre culture, un comportement tout à fait normal ici en Turquie. Ou peut-être que nous avons bien fait d’écouter notre instinct. Nous ne le saurons jamais, mais cela nous aura servi de leçon pour la suite de notre voyage.

 

Par | 2017-08-10T17:10:28+00:00 août 17th, 2017|Turquie|0 commentaire

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