Journal de bord – 038

Jour 152 / 153 / 154 / 155 – Osh

Se reposer, se ressourcer et reprendre des forces. Voilà les maîtres mots de notre séjour à Osh. Après le Tadjikistan, il nous fallait un moment pour souffler, mais surtout un moment pour réfléchir à la suite du voyage et comment nous voulions l’envisager. Alors pendant quatre jours, nous prenons nos quartiers dans un hostel. Nous serons dans un petit appartement au dernier étage d’un immeuble, bien au calme, et pour une fois, avec une connexion Internet de qualité. Alors c’est le moment de passer quelques coups de fils à la famille et aux proches pour donner des nouvelles. Cela faisait un bon mois que nous n’avions pas réellement pu avoir d’échanges avec eux. Nous en profitons aussi pour nous mettre à jour sur les Marcheurs Blancs et Westeros. Le voyage ne nous empêchant pas de nous tenir au courant de nos séries préférées. Puis, ce temps libre nous permet enfin de regarder en arrière, de regarder ce mois écoulé au Tadjikistan, et d’en faire le point. Aussi bien photos et vidéos. Notre regard change, alors nos images aussi. La quantité à traiter est énorme, tant nous avons été enthousiaste avec nos appareils, mais nous avons le temps de les apprécier et de les exposer.

Osh nous offre une petite parenthèse. De plus en plus nous comprenons ô combien il est important de prendre notre temps sur la route. Il faut dire qu’après plusieurs semaines à manger toujours la même chose, pouvoir se cuisiner des petits plats et avoir de bons fruits et légumes ne se refuse pas. La ville possède l’un des plus grands bazars d’Asie Centrale. Si ce dernier n’a pas un charme fou ou une pointe de folie comme pouvaient l’être certains bazars en containers du Tadjikistan, il permet de trouver de nombreux produits frais. Alors nous y divaguons une bonne matinée pour y remplir nos sacs en victuailles de toute sorte. Quand nous ne prenons que quelques tomates, les vendeurs nous regardent l’air amusé. Ils n’ont pas l’habitude qu’on leur prenne si peu. Tous les locaux transportent avec eux des sacs énormes du même légume pour en faire des provisions pour plusieurs semaines. Nous, nous n’en avons besoin que pour quelques repas. La viande s’expose toujours à l’air libre, les petits poussins sont vendus dans les cartons, et les épices diffusent leurs effluves dans les allées. Et là, des billards, en plein milieu du bazar. Les gens s’arrêtent pour jouer une partie puis repartent. Plus loin, nous découvrons toute une allée où s’entassent les pièces détachées de vélo. Nous regardons à la recherche de la pépite qui pourra peut-être nous intéresser, mais nous ne trouvons rien, que des pièces chinoises sans grand intérêt. Alors nous tournons juste à l’angle pour y découvrir un marché aux oiseaux. Les cages s’affolent, les volatiles piaillent, les gens s’amassent. Ce bazar nous réserve bien des ambiances et bien des surprises.

Notre découverte des rues de Osh continue en arpentant ses grandes avenues et ses jardins. Si les espaces verts ne manquent pas dans la ville, nous y trouvons toujours à l’abri de quelques feuilles ou en plein milieu d’une place des statues à la gloire de la Mère Patrie et des « Grands Hommes ». Monuments, bustes et signes, la faucille et le marteau se retrouvent dans bien des endroits ici. Le passé russe ne s’efface pas, il se conserve et se respecte ici. Mais le clou du spectacle reste la montagne Soulaïman-Too, appelée aussi « Trône de Salomon », en plein centre-ville. Avec ses pics, elle domine largement l’horizon, et de son sommet, toute la ville semble bien petite. Nous y grimpons pour y admirer Osh et découvrir ce lieu bien particulier pour la culture islamique. Les femmes viennent ici se recueillir à l’intérieur des grottes pour avoir des enfants. Elles se glissent par de petites entrées et y prient dans le noir le plus total, comme pourrait l’être le ventre maternel pour le fœtus. Nous profitons du soleil extérieur et des températures bien plus chaudes après être restés dans une fraicheur relative sur la Pamir. Faire le tour de Osh nous ramène une nouvelle fois au bazar où nous craquons pour de nouveaux produits. Difficile de ne pas craquer en voyant toutes ses étales de fruits et légumes.

Jour 156 / 157 – Osh à Jalal-Abad

Après presque une semaine de repos, le corps et l’esprit étaient de nouveau sur la même longueur. Il était donc temps pour nous de repartir sur les routes. Nous n’allions pas très loin, Jalal-Abad, à une centaine de kilomètres sur une route asphaltée en bonne condition. Rien de bien difficile pour reprendre les vélos et se remettre doucement en selle. Une seule petite difficulté pour pimenter la journée, avec une petite côte. De quoi rappeler à nos jambes que nous n’allions pas faire que du plat au Kirghizstan. Quand midi sonne, un abribus nous fait de l’œil pour nous y arrêter à son ombre. Alors que nous mangeons, un homme vient à notre hauteur avec une belle pastèque pour nous l’offrir. Nous engageons alors la conversation avant que son père n’arrive lui aussi. Le jeune homme est conducteur de poids lourds, et réalise souvent la navette entre Osh et Bishkek où ils livrent des pastèques. Alors nous savourons entièrement celle qui vient de se présenter à nous en se disant que nous ne pouvons pas l’emporter. Nous sourions quand même en nous disant que les gens aiment vouloir offrir aux cyclistes des énormes pastèques et melons alors même qu’il nous est impossible de les transporter. Mais qui sait, peut-être un jour nous déciderons-nous à voyager sans nous soucier du poids total.

Quand le trafic s’intensifie, nous comprenons que la ville est proche. Voilà une chose que nous n’avions plus l’habitude de voir depuis un bon mois. Alors nous commençons notre périple à la recherche d’un logement pour la nuit. Un petit parcours du combattant car nous n’avions aucune adresse intéressante pour cette ville. Alors après avoir fait le tour de la rue principale et de quelques adresses, nous nous rabattons sur Moi, Moi, un hostel à prix raisonnable. Le confort d’avoir notre propre chambre nous changera aussi. C’est comme sous la tente, mais avec de vrais matelas. Alors nous reprenons aussi une vieille habitude de cuisiner dans notre chambre. Manque de pot, l’alcool que nous avons acheté à Douchanbé n’est pas ce qu’il y a de mieux, aimant créer des flammes énormes et bien noires. Nous enfumons le parking de l’hostel et prions pour que personne ne se pose de question. Cela ne nous empêche pas de bien manger avant de s’endormir d’un coup.

Au petit matin, nous déjeunons sur le pouce et partons à la gare routière. Nous avions pris notre décision quant à la suite de l’aventure. Les montagnes de la Pamir ayant achevé Kiki, et Kikinette ne sentant pas plus que ça attirée par elles, c’est un taxi qui allait nous amener au lac de Son Koul pour s’éviter des routes chaotiques et plusieurs sommets culminants à 3000m. Mais cette journée n’allait pas être pour nous. La gare routière que nous pensions être le point de départ n’était pas au bon endroit comme nous avions pu lire sur Internet. Celle pour le centre du pays se trouvait à l’opposé. Alors le temps de s’y rendre, il est presque 8h30. Nous y trouvons un parking pratiquement vide. Aucun minibus ou taxis. Nous sommes arrivés bien trop tard. Nous apprenons que les rares voitures se dirigeant vers Kazerman partent vers les 7h30 après avoir fait le plein de passager. Mais sur le parking, un homme. Nous commençons à négocier avec lui. Son prix est trop élevé, et le nôtre ne lui convient pas. Nous partons un peu plus loin dans l’attente d’une autre voiture. Une demi-heure passe avant qu’il ne revienne vers nous, acceptant notre prix. Nous démontons alors entièrement nos vélos pour tenter de les faire rentrer dans sa voiture qui n’a pas de barre de toit. Le vélo de Kiki dans le coffre, et celui de Kikinette à l’arrière, nous contemplons la voiture en nous demandant comment nous allons pouvoir voyager à trois dedans. C’est à ce moment-là, quand tout était chargé, que l’homme nous regarde et nous annonce qu’une seule personne pourra venir dans la voiture, l’autre devra prendre un taxi supplémentaire. Nous rigolons jaune, puis lui expliquons que non, nous irons tous les deux dans la voiture comme convenu. Et voilà que notre homme nous dit que cela nous coutera bien plus cher. Là, Kiki ne rigole plus du tout. Après avoir passé une vingtaine de minutes à démonter les vélos, il n’a pas envie de rire avec le taxi. Excédés par un comportement de bas étage, nous ressortons tout notre matériel, non sans que Kiki ne laisse échapper quelques mots en français à l’encontre de l’homme.

Nous remontons alors nos vélos et décidons de repartir à l’hostel. Il ne servait à rien d’attendre plus longtemps ici, surtout vu l’énervement dans lequel Kiki pouvait être après ce coup magistral. Nous y reposons alors toutes nos affaires, et partons directement explorer la ville et son bazar. La bêtise d’une personne n’allait pas nous empêcher de profiter de la journée. Alors nous déambulons et en profitons pour faire le plein de quelques affaires manquantes. Car il manque toujours quelque chose, et qu’il y a toujours quelque chose à acheter dans les bazars. Le soir venu, nous partons au Burger King du coin, sur une petite place, avec une fontaine. Autour les enfants jouent, courent, s’amusent avec des petites voitures. Nous rigolons de l’affiche officiel de Burger King qui se trouve sur la devanture de notre petit restaurant. Comment ont-ils pu l’avoir, la question demeure. Heureusement que le géant ne viendra pas jusqu’ici pour porter plainte pour utilisation de son image. Pour leur défense, les wraps que nous mangeons sont de bonne qualité. Un bon point pour l’image de la chaine. Et un ventre bien rempli pour nous pour conclure la journée.

Jour 158 – Jalal-Abad à Son Koul

Mettre un réveil. Cela ne nous était plus arrivés depuis bien longtemps. Mais nous ne voulions pas arriver en retard aujourd’hui. Alors nous partons bien tôt pour être sur place un peu avant 7h00. Sur le parking de la gare routière, personne. Cette fois-ci nous sommes trop en avance. Dans le coin réservé aux voitures partant pour Kazerman, une femme semble dormir sur un topchan. En nous voyant arriver, elle se réveille rapidement, puis va toquer à la fenêtre d’une voiture garée là. Un homme en émerge à demi réveillé. Nous lui expliquons ce que nous recherchons, disons notre prix, et ce dernier accepte sans négocier à la hausse. Nous arrivons à avoir un prix normal, non un prix touriste pour une fois. En moins de dix minutes, nos vélos sont empaquetés sur le toit, et nous roulons déjà. La prise en charge la plus rapide depuis notre début de voyage. Tout comme le trajet. Malgré nos quelques arrêts, notre chauffeur avec sa voiture lambda va réaliser un record pour la portion Jalal-Abad / Kazerman en un peu moins de quatre heures, là où il faut normalement presque une heure de plus. Il faut dire que nous avions Enzo avec nous au volant, ne se posant que très peu de questions malgré la très mauvaise condition de la route. Qu’il y ait des trous ou de la tôle ondulée, la voiture semblait voler au-dessus compte tenu de la vitesse. Bon, nous sentions bien les trous quand notre chauffeur n’arrivait pas à les éviter, et comme à chaque fois, nous nous imaginons avoir le même type de bruit sur nos anciennes voitures, et nous dire que direct, nous nous serions arrêtés pour vérifier pendant vingt minutes si rien n’était ouvert en deux après un tel choc. Mais ici, roulez jeunesse, un bruit et un bruit, rien de plus. Tout comme la pédale d’accélérateur qui reste coincé en bas. Cela marque nos arrêts assez réguliers pour que notre homme se penche, tente quelques mouvements, puis replace la pédale dans sa position d’origine. Heureusement qu’il ne s’agissait pas de la pédale de frein…

A mi-chemin, nous faisons une pause. Un peu plus tôt, en quittant Jalal-Abad, notre chauffeur avait acheté une dizaine de melon. Alors, il en profite pour en sortir un, prendre son couteau et nous en offrir. Nous finissons comme ça un melon, tout en profitant du paysage magnifique qui se dresse devant nous après le premier col à plus de 3000m. Un homme à cheval passe alors, juste assez de temps pour prendre la pose devant l’appareil de Kikinette. Nous repartons alors, avec comme arrêt Kazerman juste avant midi. Là, nous discutons avec notre chauffeur qui est d’accord pour nous amener jusqu’au lac après le déjeuner pour un prix défiant toute concurrence. Une belle aubaine pour nous. Alors nous déjeunons dans un petit restaurant, avant que toute sa famille ne débarque pour récupérer la plupart des melons. Rapide présentation, puis nous remontons dans la voiture, direction Son Koul. Mais à peine quelques kilomètres après Kazerman, c’est la panne sèche, le moteur lâche. Impossible de redémarrer. Compte tenu de la conduite pendant la matinée, nous comprenons l’épuisement de la voiture. Alors le voilà à appeler son frère pour qu’il vienne remorquer la voiture jusqu’en ville. Une belle affaire. Impossible de continuer avec lui. Alors nous déchargeons tout sur le bord de la route principale et le remercions pour nous avoir amener jusqu’ici et lui souhaitant bonne chance pour sa voiture.

Nous voilà en plein milieu de la ville. Une première voiture s’arrête et commence à négocier les prix, presque au double de ce que notre premier chauffeur nous proposait. Nous refusons net. Nous préférons attendre désormais, plutôt que monter dans un taxi qui négocie trop et à l’allure peu enthousiaste (sauf celle d’arnaquer les touristes). Nous attendons une bonne heure comme ça. Kikinette négociant avec un autre chauffeur qui acceptera bien de nous emmener. Il lui faut juste un moment pour aller chercher des barres de toit et les installer. Ici, si il n’est pas possible de faire d’une manière, les locaux trouveront toujours une solution pour que cela soit réalisable, qu’importe la difficulté. Une fois fait, nos vélos remontent à nouveau dans les airs, et nous montons tous les deux à l’arrière. A l’avant notre conducteur est accompagné d’un ami à lui parlant un peu anglais. Nous voilà tous les quatre embarqués pour un peu plus de cinq heures de traversée sur une route toujours aussi peu avenante pour tous types de véhicule. Comme avec le précédent, nous aurons la chance d’avoir des conducteurs compréhensifs qui veulent bien s’arrêter assez régulièrement pour que Kikinette puisse prendre quelques clichés. Il faut dire que nous discutons bien avec eux, alors quand nous leur expliquons un peu notre parcours, ils entendent bien notre besoin d’images.

Après le dernier col, alors que nous arrivons dans la plaine au Sud du lac de Son Koul, nous restons littéralement scotchés. La vue la plus extraordinaire qu’il nous ait été permis d’admirer. Ce moment dans une vie où un « wahou » s’imprime de partout dans votre esprit. Nous restons là pendant une dizaine de minutes à contempler les moindres détails de la scène devant nous, comme si nous nous trouvions devant un tableau de grand maître. Les montagnes s’étalaient sous notre regard, portant ce dernier à plus d’une centaine de kilomètre, créant cet idylle photographique. Puis voilà que nous devons reprendre la route pour terminer la route menant à Son Koul. Nos yeux ne quitteront pas ce paysage tant qu’il sera à notre portée, essayant d’en imprimer toute sa grandeur. Et la dernière montée se dévoile alors. Nous ne dépasserons pas les 10km/h, tant la côte est importante et la route caillouteuse. Par-delà, notre destination finale, le lac pointe le bout de son nez à l’horizon. La fin de notre très longue journée en voiture. Notre conducteur nous dépose au bord du lac. Les températures ont bien chuté, alors nous montons rapidement la tente pour nous y abriter et nous remémorer ces paysages divins que nous avons pu voir toute la journée.

 


Data depuis le début

  • Kilomètres parcourus : 5 813,30
  • Temps de déplacement : 374h17m49s
  • Altitude : 44 758+ / 41 256-
  • Calories dépensées par personne : 183 132

 

Par | 2017-08-27T02:24:12+00:00 août 27th, 2017|Kirghizstan|1 Comment

Un commentaire

  1. Jean Jacques Ernandorena 29 août 2017 à 7 h 50 min - Répondre

    Bonjour à tous les 2,

    Après le réconfort, l’effort !!!
    Bon courage
    Jean Jacques

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