Journal de bord – 039

Jour 159 / 160 – Son Koul

La nuit aura été bien agitée. Pendant plusieurs heures, la pluie n’a pas cessé son œuvre, s’abattant violemment sur la tente, poussée par des rafales de vent intempestives. Dormir dans ces conditions est assez difficile, alors c’est avec des micro-siestes que nous essayons de nous reposer toute la nuit. Au petit matin, tout s’est arrêté, plus un bruit. Nous ouvrons la tente, et là, stupéfaction… toutes les montagnes entourant le lac se sont parées d’un fin manteau neigeux. Une fine pellicule de blanc recouvre les sommets. Un spectacle assez unique et magique. Ce dernier ne durera pas très longtemps, quelques heures seulement, avant que le soleil de l’après-midi ne fasse son œuvre pour que les vertes collines recouvrent leur éclat. Mais pour nous, ce réveil était un peu comme pour des enfants découvrant la magie de Noël au matin du 25 décembre. La neige fait toujours cette effet-là.

Le temps de plier la tente, nous partons sur les vélos faire le tour du lac. Objectif, nous retrouver de l’autre côté pour dormir dans une yourte. Là où nous campions, un petit camp de yourtes avait été installé. Et toute la journée, nous pourrons voir autour du lac ici et là des yourtes, leurs propriétaires, et les nombreuses bêtes mises en pâturage autour. Des centaines et des centaines d’animaux, vaches, brebis, chevaux, chèvres, il y en avait pour faire toute la ferme. Autour de Son Koul, ils sont les maîtres des lieux, arpentant plus ou moins librement les vertes collines. La route elle n’est que de la tôle ondulée autour du lac, alors nous prenons notre temps pour faire cette petite balade de moins de cinquante kilomètres. Notre regard se portant une fois à gauche sur le lac, une fois à droite sur les montagnes enneigées, et toujours à s’interroger sur le mode de vie nomade des kirghizes dans les yourtes. Alors que nous touchions au but, nous nous trompons de route, partant sur un petit chemin. Quand il fut trop tard pour s’en rendre compte, nous décidons de couper à travers champs pour retourner vers la route principale. Mauvaise idée. Nous tombons alors dans une sorte de mangrove, où nous nous débattrons pendant une bonne heure, à nous éclabousser et à frémir dans l’eau boueuse. Un véritable régal. Avant d’enfin avoir la délivrance quand nous apercevons au loin l’immense camps de yourte. Une bonne cinquantaine d’habitations, toutes là uniquement pour les touristes.

Nous décidons de nous arrêter à l’une d’elles gérée par le CBT, le comité de tourisme du Kirghizstan. Une petite erreur de parcours. Nous comprenons rapidement que ces derniers ne considèrent les touristes que comme des pompes à fric. Alors au lieu de rester deux nuits, nous n’y passerons qu’une seule en yourte avec un couple de franco-allemand voyageant en Asie Centrale. Le même jour, c’est tout un bus de touristes d’un tour operator et venant d’un peu partout dans le monde qui débarque. Nous y faisons plusieurs rencontres intéressantes, dont une canadienne d’un certain âge qui voyage depuis de nombreuses années. A son actif, plus d’une centaine de pays visitée. Alors c’est l’occasion pour Kikinette de bien discuter avec pour se donner des idées pour la suite et de rêver un peu avec les histoires qu’elle a en réserve.

Le lendemain matin, nous profitons du soleil pour nous reposer sur l’herbe un moment. Puis midi vint. Nos chevaux étaient revenus de leur balade matinale. A nous de les monter maintenant. Kikinette est excité à l’idée d’en faire dans ce cadre exceptionnel. Kiki espère juste que les bêtes ne partiront pas souvent au galop. Il a dû prier bien trop fort, car notre guide, un jeune kirghiz d’une dizaine d’année s’est décidé à nous faire faire la balade à cheval la plus lente au monde… et la plus barbante. Pendant deux heures, ou plutôt une heure et demie, nous voilà à marcher au pas en direction d’une montagne puis à revenir par le même chemin jusqu’aux yourtes. Nous aurons beau lui demander à plusieurs reprises d’aller plus vite, il fera mine de ne pas nous comprendre alors qu’il parlait anglais. Nous pouvions comprendre au démarrage d’aller au pas, quand ce dernier nous apprenait les mots pour faire bouger nos montures… mais quand les dix premières minutes sont passées, nous nous attentions, et surtout Kikinette, à aller un peu plus vite pour vraiment faire un tour du lac. Mais non, le CBT semble ne pas savoir ce qu’un tour à cheval implique. A la place, notre petit guide nous a arrêté pendant dix minutes pour nous montrer un terrier de lapin et comment essayer de le faire sortir en jetant une pierre dedans. Aucun résultat bien entendu, même pas un petit lapin à la broche pour le soir en lot de consolation.

Alors à notre retour au camp, nous plions bagages et avançons notre départ. Le soleil était encore bien haut, la chaleur était au rendez-vous, alors nous repartons sur nos vélos, direction l’autre côté du col derrière le lac. Une petite ascension de quinze kilomètres pour 450m de dénivelé afin de nous booster en fin de journée. Derrière nous, le lac s’estompe petit à petit pour ne plus que devenir une simple tâche bleue entre deux montagnes. Nous quittons ce lac sans avoir pu retrouver Laurène et Philippe, le couple franco-belge avec qui nous avions roulé en Turquie et qui devaient se trouver là au même moment. Dommage, nous aurions bien aimé pouvoir les revoir depuis tout ce temps. A la place, nous redescendons sur l’autre versant pour nous trouver un petit spot pour la nuit. La tente posée à flanc de colline, nous attendons que le ciel se pare de toutes ses étoiles pour nous initier à la photo de nuit avant de terminer la journée.

Jour 161 / 162 / 163 – Son Koul à Karakol

D’un lac à l’autre. Nous quittons tout juste Son Koul que nous nous dirigeons vers Issy Kul, le plus grand lac du pays. Notre objectif, en faire le tour complet avant d’aller sur Bishkek. Tout le long, la promesse d’avoir de petites plages de sable pour poser notre tente, nous baigner en toute tranquillité et lézarder au soleil. Il n’en fallait pas plus pour motiver Kikinette avec cette perspective enchanteresse. Alors nous avalons la route le premier jour, sur presque 120km. Rien de bien difficile quand on sait que les trois quarts étaient de la descente où nous n’avions que peu d’efforts à fournir. Surtout quand après une quarantaine de kilomètres sur de la piste pour quitter les montagnes entourant Song Kul, nous retrouvons un asphalte parfait. Rouler s’apparentait à une balade du dimanche où nous contemplions plus le paysage qu’autre chose. Se laisser aller, sans se soucier des pierres ou des trous, voilà quelque chose qui ne nous était plus arrivé depuis un moment.

Alors quand sur les coups de 16h00 nous croisons Tom et son frère Matthias à quelques kilomètres du lac Issy Kul, nous nous arrêtons pour discuter avec eux. Nous resterons ainsi deux bonnes heures sur le bord de la route à discuter aussi bien de nos aventures respectives, des conseils pour leur prochain séjour dans la Pamir, que sur leur histoire. Tom a la vingtaine, Matthias amorce les dix-sept printemps. Ils sont seuls sur les routes de l’Asie Centrale. Le premier compte rouler pendant quelques mois comme ça, tandis que le deuxième va devoir rentrer d’ici quelques semaines en France pour reprendre les cours. Le vélo, ils ont ça dans les gênes. Depuis leur plus tendre enfance, leurs parents les ont fait voyager avec deux roues. Alors pour eux, c’était normal que de venir explorer ainsi ces contrées lointaines. Dans le même temps, leur sœur roule dans les Pays Nordiques, et les parents sont en Amérique. Une véritable famille de globetrotter qui nous inspire énormément. Comment ne pas l’être. Alors la discussion continue. Mais quand nous voyons le soleil décliné doucement, nous décidons tous de repartir de notre côté.

Quelques kilomètres plus loin, nous tombons sur la route principale entourant le lac. De l’autre côté, des montagnes imposantes émergent des nuages. Au loin, nous ne voyons que le bleu de l’eau, sans jamais en voir la fin. Il faut dire que le lac fait plus de 200km de long. Alors quand nous ne trouvons pas d’accès direct à la plage, nous poussons notre dévolu sur un champ pour y poser notre tente pour la nuit. Les moustiques eux aussi semblaient avoir décidé de camper au même endroit. C’est dans ces moments là que nous réalisons les meilleurs chronos pour monter la tente. Seul le bruit des rares voitures empruntant la route pendant la nuit nous accompagnera avec Morphée. Le soleil, lui, fera office de réveil pour nous pousser à remonter sur les vélos. Nous partons avec la seule envie de nous trouver une petite plage pour le début d’après-midi. Alors nous roulons bien pour y arriver un peu avant 16h00. Le soleil étant de la partie, toutes les conditions sont réunies. Nous poussons difficilement nos vélos sur le sable pour arriver au bord de l’eau, puis il ne nous en faudra pas plus pour nous y jeter. Un pied après l’autre bien entendu, car la température de cette dernière n’était pas comparable aux sources chaudes du Tadjikistan. Mais une fois dedans, nous nageons sans problème. Le reste de l’après-midi sera consacré à parfaire notre bronzage, pour essayer (en vain) de quitter notre bronzage cycliste. Il nous faudra encore de nombreuses séances identiques pour espérer un jour avoir une couleur uniforme.

Petit à petit, le soleil décline, et avec lui, les rares personnes présentes sur la plage rangent leurs serviettes pour retourner à la ville. C’est à ce moment que nous décidons enfin à poser notre tente à plusieurs mètres du bord de l’eau. Un sentiment particulier s’écoule alors. Nous nous estimons chanceux à ce moment-là de pouvoir être là, dans cet écrin sublime. Et encore plus quand Kiki cuisine quelques raviolis trouvés au fond d’un congélateur du supermarché sur les conseils de Tom. Rien de comparable avec les raviolis italiens, mais pour nous, c’était un peu un repas de fête. Alors nous dégustons notre repas tout en regardant le soleil se coucher sur le lac. Au moment d’enfin nous coucher, nous écoutons les vagues. Kiki avait creusé deux tranchées pour se protéger éventuellement d’une petite montée des eaux. Mais en les écoutant attentivement, les vagues semblent de plus en plus fortes. Un œil dehors nous suffira à prendre la décision de bouger de toute urgence la tente pour la rentrer un peu plus dans les terres. Les deux tranchées avaient été entièrement recouvertes. Un peu plus et c’était les pieds dans l’eau que nous nous réveillons.

Quand nous repartons le lendemain matin, c’est avec l’espoir de réitérer la même aventure pour notre tente le soir venu. Mais la météo en a décidé autrement dès les premières heures. La pluie allait s’inviter dans la partie par intermittence, et le ciel n’allait pas se dégager de la journée. Alors nous roulons en nous disant que nous rejoindrons avec une journée d’avance notre ville d’étape Karakol. Sur la route, nous découvrons un complexe énorme et intriguant. En haut de la montagne, une sorte d’énorme bouddha trône fièrement, dominant toute la vallée. En contrebas, une sorte de « château fort » avec de hauts murs, des grandes yourtes comme des tours de guet, et des peintures gigantesques sur les murs. Représentant ici un homme « saint », là des scènes de combats, ou encore des symboles que nous ne comprenons pas. Le lieu à l’air totalement abandonné, alors nous y jetons un coup d’œil, curieux de voir ce qui s’y cache. Mais à peine nous escaladons quelques pierres, que deux personnes sortent d’une des yourtes. Nous nous ravissons et reprenons la route.

Alors qu’il ne nous restait qu’une quarantaine de kilomètres, Kiki déclare forfait. Ses jambes ne veulent plus avancer. Nous voilà bien à l’entrée d’une ville. Alors nous décidons de faire de l’auto-stop pour terminer la route, en nous disant que si d’ici une heure nous ne trouvons personne, nous camperons. Nous n’aurons pas besoin de lever le pouce qu’une première voiture s’arrête à notre hauteur. Mais le conducteur nous demande 1000com pour nous amener à destination. Nous refusons poliment en attendant un autre. Quelques minutes seulement, et un vieil homme s’arrête à son tour. Nous lui expliquons la situation, et il ne nous demande pas d’argent. Alors nous chargeons tant bien que mal nos vélos dans son coffre et nous serrons dans la voiture avec les bagages. Mais quelques minutes seulement après avoir démarré, notre homme nous demande combien nous voulons payer. Ce dernier ne comprenant pas très bien, nous nous arrêtons un kilomètre plus loin dans une station de bus. Là, il nous annonce qu’il veut la même somme que le premier conducteur. Nous refusons catégoriquement et déchargeons toutes nos affaires. Entre temps, un chauffeur de marshrutkas nous propose 300com pour nous emmener à destination. Nous sautons sur l’occasion, et le laissons alors charger comme jamais son minibus. Tous les sièges à l’arrière seront occupés par les sacs, tandis que nos vélos s’entassent dans l’allée. Alors que nous nous apprêtons à monter nous aussi, notre précédent chauffeur s’interpose. Il nous demande de le payer 100com pour le kilomètre parcouru. Nous hallucinons pensant à une blague de sa part. Mais il insiste, ne voulant pas nous laisser monter. Ce vieux monsieur qui semblait bien gentil n’avait aucune chance contre un Kiki épuisé et remonté. Alors après dix minutes, nous partons enfin.

Nous pensions être seul dans la marshrutkas compte tenu de la place que nous prenions. Mais c’était mal connaitre le Kirghizstan. Nous prendrons en route six autres personnes, nous obligeant tous à tour de rôle à nous entasser toujours un peu plus loin dans le minibus qui n’avait déjà pas beaucoup de place. Puis Karakol est enfin là. Nous partons alors à la recherche de l’hostel Duet qui nous avait été conseillé. Nous y trouvons un petit bar bien cosy comme salon commun rempli de voyageurs en tout genre. Parfait pour nous. Le seul hic, il n’y a plus qu’un lit de disponible dans une yourte. Alors Kiki se dit que dormir en tente seul n’est pas un problème, cela lui permettra de se lever à l’heure qu’il veut sans pour autant gêner les autres personnes. Nos affaires posées, nous prenons tous deux la direction de la douche. Voilà une bonne semaine que nous n’en avions pas vu les contours. Alors nous en profitons abondamment avant de rejoindre le bar pour y rencontrer les autres voyageurs pour le reste de la soirée.

 


Data depuis le début

  • Kilomètres parcourus : 6 272,72
  • Temps de déplacement : 404h10m07s
  • Altitude : 48 088+ / 45 937-
  • Calories dépensées par personne : 198 635

 

Par | 2017-08-27T02:52:34+00:00 août 29th, 2017|Kirghizstan|1 Comment

Un commentaire

  1. Jean Jacques Ernandorena 29 août 2017 à 8 h 34 min - Répondre

    Bonjour à tous les 2,

    Encore un nouveau pays avec ses péripéties
    Que du bonheur !
    Bon courage
    Jean Jacques

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