Journal de bord – 040

Jour 164 / 165 / 166 – Karakol à Bishkek

La veille au soir, nous avions fait la rencontre de Lukas, un allemand en stage dans l’agriculture sur Bishkek, et Mathias, un photographe français expatrié depuis dix ans au Japon. Nous nous étions décidés à partir faire une randonnée dans l’une des vallées proche de Karakol. Mais toute la nuit, un orage a fait rage. Alors au petit matin, quand nous voyons tous la météo et les gros nuages, nous ne sommes pas très enthousiastes à l’idée de partir marcher une dizaine de kilomètres en montagne. A la place, nous nous décidons à partir explorer la ville de Karakol. Premier arrêt pour nous, la seule agence de voyage pour essayer de voir quand nous pourrions prendre notre avion pour Séoul. Là, nous découvrons avec « joie » les prix des billets. Nous décidons de nous laisser le temps de la réflexion pour savoir si nous voulons partir de Bishkek ou d’Almaty. Deuxième arrêt, nous partons faire la visite d’une Cathédrale Orthodoxe tout en bois. Une petite merveille que Kikinette, Lukas et Mathias ne manqueront pas de photographier sous tous les angles. Les trois étant férus de photographie, voilà Kiki bien entourés. Troisième arrêt, un petit restaurant du centre-ville pour y déguster quelques plats locaux. Manque de chance pour Kiki, les deux seuls plats qu’il commandera seront les plus épicés de la carte. Kikinette aurait apprécié, Kiki lui laisse couler les larmes.

Quand enfin nous avons le ventre plein, nous prenons tous les quatre la direction du bazar. Rien de comparable à celui de Och, mais nous y déambulons un moment, nous arrêtant à l’abri quand la pluie fait rage. Nous nous arrêtons aussi au fil des pauses photos de chacun. L’œil est différent, les angles aussi, alors nous discutons sur le sujet un bon moment. Un sujet assez extensible compte tenu des voyages de chacun. Ici un amoncellement de bons gros légumes, là des fruits secs aux couleurs multiples, et là encore une file de camions d’où les pastèques et autres melons s’échangent et se lancent dans les voitures. Nous en profitons pour picorer encore un peu, trouvant là nos desserts. Quand enfin nous en ressortons, nous partons en direction de la Mosquée Dungan. Un édifice haut en couleurs comme nous pouvons le découvrir. Au lieu du traditionnel vert et argent qui couronnent les Mosquée du pays, c’est un patchwork de rouge, de jaune, de bleu et de vert qui s’offre à nous. Assez particulier et unique. Nous profitons du jardin et de ses quelques arbres fruitiers pour compléter notre alimentation saine du quotidien. La visite terminée, Kiki s’en rentre à l’hostel pour écrire un peu, tandis que Kikinette continue sa visite de la ville avec Mathias. Ils ne reviendront que plusieurs heures plus tard après avoir fait un tour au « zoo » de la ville où quelques rares animaux locaux semblaient être mis en vitrine dans quelques enclos. Ils s’arrêteront au passage dans une sorte de fête foraine, pour tirer à la carabine et monter sur la « grande roue ». Le propriétaire l’allumant exprès à leur passage pour la faire tourner et leur « donner envie » d’en faire. Il n’en fallait pas plus pour y aller. La soirée, elle, se passa à nouveau dans le « bar » de l’hostel. Nous cuisinons un gros plat de pâte aux légumes pour tout le monde. De quoi nous donner des forces pour le lendemain.

Quand enfin nous partons vers les 9h00, tout le monde est fin prêt, et les appareils photos sont rechargés à bloc pour la journée qui nous attend. Le temps de descendre jusqu’au bazar pour nous trouver un taxi, nous créons une certaine ambiance quand nous choisissons l’élu du jour. Nous demandons à un premier groupe d’hommes qui nous en propose 1500com pour la course jusqu’à mi-distance. Quand les hommes commencent à vouloir négocier quelques centaines seulement, nous les quittons, sentant à nouveau que cela n’allait pas être une bonne idée. Quelques pas plus loin, nous demandons à un autre qui nous annonce directement le bon prix, 700com, celui que notre hostel nous avait dit. Alors nous grimpons avec lui, et le voilà à se faire alpaguer par ses collègues à cause du prix qu’il pratique. Les autres pensant que notre statut de « touriste » devait nous obliger à payer le double. Qu’importe, nous voilà tous bien assis en route vers le point de départ de la randonnée. Notre chauffeur, comme un peu tous les chauffeurs que nous avons eu pour l’instant, semble être un pilote sur les pistes défoncées, ne se souciant guère de sa voiture.

Quand enfin il nous dépose, nous nous retrouvons en plein milieu des montagnes, dans un écrin de verdure d’où une rivière s’écoule. Nous respirons à plein poumon, puis nous entamons notre ascension. Le début de la randonnée sera assez « touristique », avec tout un village de yourtes implantées pour proposer aux touristes toutes sortes d’activités. Il y a les cavaliers qui se baladent tout autour, tentant de vous proposer de monter leurs magnifiques chevaux. La plupart des cavaliers n’ont certainement pas encore atteint l’adolescence, mais ils ont ça dans la peau. Etre sur un cheval semble aussi simple pour eux que pour nous le vélo au même âge. Il faut dire que pouvoir s’entrainer dans une nature aussi florissante doit être beaucoup plus facile et amusante que simplement faire du manège à longueur de temps. Puis entre les yourtes restaurants et les petits markets improvisés, nous nous prenons d’affection pour un rapace et son jeune maitre. Le seul que nous verrons de la journée, alors que d’autres voyageurs nous avaient dit avoir pu en voir voler et s’entrainer dans cette vallée. Dommage pour nous. Nous nous consolerons avec du tir à la carabine et du tir à l’arc. Et comme à la fête foraine, les outils sont biaisés pour qu’on ne puisse pas toucher les cibles. Nous rigolerons bien dans tous les cas. Une petite pause avant de vraiment nous mettre en marche.

Nous grimperons pendant une bonne heure, entre terre et boue pour enfin arriver à la cascade. Nous nous y posons pour faire quelques photos et pique-niquer. Quand enfin nous repartons, nous nous estimerons plus que chanceux d’avoir fait cette balade de bonne heure. Nous croisons sur le chemin du retour des dizaines et des dizaines de touristes, venus par minibus entier pour faire le chemin. Quand on sait l’étroitesse quand on arrive en bas de la cascade, il y a dû avoir une queue intéressante pour s’y rendre. Surtout que certains s’étaient laissés tenter par les chevaux, sur des sentiers où il pouvait déjà être difficile de se croiser à deux. Nous profitons du soleil qui s’est levé entièrement pour redescendre bien plus bas que là où notre taxi nous avait laissé. Nous ne voulions pas rentrer directement, mais profiter du paysage. Une fois au village, nous pensions trouver une marshrutkas pour nous redescendre, mais aucune ne semble s’aventurer si loin. Alors nous trouvons un local qui veut bien nous descendre jusqu’à la route principale pour une somme dérisoire. Nous voilà dans un petit 4×4 qui a peut-être plus d’années au compteur que nous. Celles-ci se faisant ressentir quand nous ne dépassons pas les 10km/h en descente. Nous troquons la voiture pour la marshrutkas une fois sur l’axe principal afin de nous ramener directement à l’hostel. Une bonne journée qui se termine comme les autres soirs dans le bar de l’hostel, où les discussions s’orienteront principalement sur notre vision de la France. Un sujet assez intéressant pour des personnes qui en sont partis, un sujet assez récurrent chez les voyageurs qui cherchent toujours à savoir pourquoi ils sont là aujourd’hui, un sujet qui divise toujours autant sur la vision de chacun. Mais rien qu’une partie d’échec et une bonne bière ne puisse apaiser.

Puis l’heure du départ de Karakol après y être resté plus longtemps que prévu. Mais c’est toujours ainsi quand nous trouvons des lieux pleins de voyageurs et d’histoires, nous voulons y rester toujours plus. Mais notre avion est pour dans trois jours à Bishkek, alors nous devons nous y rendre promptement. Direction la gare routière pour essayer de trouver un minibus se rendant à la capitale. Il semblait nous attendre, ainsi que la plupart des passagers. Quand nous voyons le coffre, nous nous disons que cela va être difficile de tout y mettre en plus des nombreux bagages des autres personnes. Une première tentative du conducteur est infructueuse. Et alors que nous nous étions résignés à devoir prendre un taxi, les passagers ont pris le relais. Tous les bagages dehors, nos vélos entièrement démontés, les voilà qui réussissent à tout empiler. L’intérieur du minibus se transformera en un amoncellement de bagages un peu partout. Nous, nous nous retrouvons tout au fond du bus, coincé avec quelques bagages sous nos pieds, nous empêchant littéralement de bouger. Et là où nous devions être quatre sur la dernière rangée, nous nous retrouvons à cinq. Pendant cinq heures. De quoi apprendre la méditation et prendre sur soi pour ne pas avoir mal aux jambes. Ou alors dormir dans des positions improbables comme Kikinette. Heureusement, nous aurons le droit à une pause pour nous dégourdir les jambes à mi-parcours et manger un bout.

Puis enfin Bishkek est en vue. Un trafic monstre qui contraste énormément avec le reste du pays qui semble bien vide en comparaison. Il faut dire que sur les quelques millions de kirghizes, la plupart se concentre sur quelques villes uniquement, dont Bishkek. Alors nous remontons nos vélos sous l’œil de quelques chauffeurs de bus. En face de nous, un bus de la municipalité d’Angers. Voilà donc où termine les bus usagés. Ils ont une deuxième vie ici. Nous rigolons de l’improbabilité de l’événement, puis nous prenons la direction d’un hostel que d’autres cyclistes nous avaient recommandé. Quand nous passons le portail, nous tombons sur une grande cour avec plusieurs topchans. Nous savons que nous allons passer une fin de séjour au Kirghizstan plutôt confortable. Nous nous installons rapidement, puis nous partons directement acheter nos billets d’avion. Le prix final nous fait mal, et nous nous disons que pour le prochain, nous n’attendrons pas deux jours avant pour l’acheter. Une fois fait, direction le magasin de vélos le plus proche pour récupérer deux cartons. Le sésame en poche et rapporté à l’hostel, nous repartons en ville rejoindre Lukas qui est rentré sur Bishkek lui aussi. C’est samedi soir, alors après avoir englouti un bon hamburger dans un restaurant à viandes, nous finissons la soirée dans un petit bar que les locaux affectionnent. Tous les samedis soir, il y a une scène libre où tout le monde peut venir performer. Alors nous restons là un moment à écouter les différents talents d’un soir, avant que la fatigue ne nous oblige à reprendre nos vélos pour rentrer dormir.

 

Jour 167 / 168 / 169 – Bishkek

La capitale avait certainement énormément de choses à nous dévoiler, mais le temps jouait contre nous. Alors nous en sommes restés à l’essentiel, à savoir son bazar. Nous partons l’explorer avec Lukas et sa coloc, ainsi qu’avec Harrie et Diane, deux cyclistes hollandais en voyage pour 11 mois jusqu’à Bangkok qui logent aussi à notre hostel. Notre premier stop, comme souvent, est dans une sorte de cantine locale. Nous y prenons notre temps pour déguster kirghiz avant de nous enfoncer dans un immense dédale à l’intérieur du bazar. Nous sentons d’abord, en déambulant dans les allées pleines de nourriture diverses et variées. Juste entre les fruits secs et les condiments, quelques stands sortent du lot. Là, des hommes et des femmes remplissent des bouteilles de coca ou des petits sacs avec des sortes de billes noires. C’est en s’approchant plus près que nous comprenons qu’il s’agit de la sorte de tabac qu’ils utilisent ici en la mettant d’abord entre leurs lèvres et dents avant de la fumer. Puis nous nous enfonçons dans les vêtements. Il y a à peine la place pour deux personnes de se croiser, et les textiles montent jusqu’à plusieurs mètres. Nous sommes envahis par des centaines de casquettes, de jeans et de robes. Nous en sortirons avec une simple paire de tongs que Kiki recherche depuis un moment. Et quelques pas plus loin, nous achetons un grand sac et du film plastique pour nos futures bagages.

Du reste de Bishkek, nous ne connaitrons que la route menant au plus grand magasin de vélos de la ville. Nous essayons d’y trouver de nouveaux vêtements, mais ce qui est proposé ne nous convient pas. Alors nous regardons pour réparer le vélo de Kikinette, mais en vain, il lui faudra changer certaines pièces une fois sur Séoul. Kiki lui tente de trouver des acheteurs potentiels pour son vélo. Depuis qu’il a appris qu’un nouveau vélo l’attendait sur Séoul, il n’avait plus que quelques jours pour tenter de trouver un acheteur. En vain sur Bishkek. Ni les magasins, ni via les réseaux sociaux, il ne réussit son pari. Qu’importe, c’est en montant sur la balance d’un homme dans la rue que le sourire lui revint facilement. Pour Kiki en tout cas, quand celle-ci afficha presque 10kg de moins qu’au départ. Kikinette elle ne verra pas le compteur baisser, mais cela viendra. Alors pour essayer de descendre encore plus, le coiffeur attendait toujours Kiki pour élaguer presque deux mois de cheveux hirsutes. Une fois la barbe rasée elle aussi, Kiki venait de repasser sous l’âge légal de l’avis des hollandais. Mais les cheveux longs n’étaient pas une option.

Le dernier jour nous a permis de nous reposer, de traiter toutes les photos du Kirghizstan pour Kikinette, d’écrire pour Kiki, et surtout nous renseigner sur les prochaines routes que nous allions emprunter entre la Corée du Sud et la Japon. Un itinéraire de presque 4000km a ainsi vu le jour, pour nous plonger dans toutes les ambiances que ces deux pays avaient à nous offrir selon nos recherches et l’avis des personnes que nous avions rencontrées. Enfin, le jour du départ a sonné. Celui de quitter l’Asie Centrale après plusieurs mois à la traverser. Mais avant de rejoindre l’aéroport, nous avions la difficile tâche d’emballer nos vélos. Une grande première pour nous. Nous démontons intégralement les vélos, pièce par pièce, en se disant que nous allions nous amuser une fois à Séoul. Puis nous tentons de tout ranger. Sans succès. Nous ne pouvons mettre qu’une roue. Alors quand nous ne savons pas, Internet lui sait toujours. Le temps de trouver une vidéo, et nous comprenons comment le miracle doit opérer. Alors nous tournons, nous tournons, nous tournons autour de nos cartons pour les bien les entourer de plastique pour espérer que ces derniers arriveront entier à destination. Quand enfin nous terminons, c’est l’heure tout charger dans le taxi. Nous aurons ainsi mis plus de quatre heures pour tout empaqueter et ranger dans différents sacs. Nous les poussons dans la voiture, disons au-revoir au propriétaire, et prenons la direction de l’aéroport.

Les cartons déchargés, nous nous présentons au guichet, prenons nos billets, puis amenons nos vélos aux colis spéciaux. Là, la sentence est sans appel. Nous devons payer le double du prix annoncé pour chacun de nos vélos car la personne de l’agence de voyage avait oublié de nous dire que nous ne devions pas dépasser 23kg dans les cartons. Nous pensions avoir 33kg, ce qui nous paraissait normal pour un bagage hors volume. Alors quand nous arrivons avec notre 28 et 29kg respectif, l’agent tique et ce dernier ne parlant pas un mot d’anglais, ne veut pas discuter avec nous. Nous payons le double ou nous repartons. Kiki s’emporte contre cette fumisterie. En prenant un bagage en soute supplémentaire, nous aurions payé moins cher que ces kilos supplémentaires. Mais la négociation est impossible. Alors résigné nous payons avant de passer les contrôles aux frontières. Nous voilà parti pour une très longue nuit avec une escale en Russie avant de pouvoir enfin poser pieds en Corée du Sud.

 


Data depuis le début

  • Kilomètres parcourus : 6 272,72
  • Temps de déplacement : 404h10m07s
  • Altitude : 48 088+ / 45 937-
  • Calories dépensées par personne : 198 635

 

Par | 2017-09-04T12:08:11+00:00 août 31st, 2017|Kirghizstan|1 Comment

Un commentaire

  1. Ernandorena Jean Jacques 4 septembre 2017 à 19 h 19 min - Répondre

    bonjour à tous les 2,

    Quelles belles photos !
    Attention,Kiki de ne pas trop maigrir.
    Bientôt la Corée du sud
    Certainement un beau pays à découvrir
    Bon courage
    Jean Jacques

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