Journal de bord – 41

Séoul

Jour 170

9h30. L’avion amorce sa descente après plusieurs heures de vol. Dehors aucun signe de soleil à l’horizon. Le tarmac n’apparaîtra pour nous que dans les dernières secondes, avant que nous ne ressentions les roues toucher le sol. Comme dans une vieille émission de télévision, tous les passagers se mettent alors à applaudir pendant plusieurs secondes. Voilà une scène que nous n’avions pas vu depuis des années maintenant, comme une mode démodée qui n’avait plus cours en Europe mais qui était toujours en vogue ici. Nous rigolons. Mais la mode qui semble être universelle reste toutefois celle de se lever de son siège pour encombrer l’allée principale en espérant que les portes de l’appareil s’ouvrent dès que ce dernier s’est arrêté. Nous verrons une vieille dame tenter de se faufiler entre les rangs avant d’être finalement bloquée à son tour par d’autres personnes ayant eu la même idée lumineuse. Heureusement pour eux, nous avons attendu une bonne dizaine de minutes, nous les regardant amusés depuis nos sièges, eux debout trépignant d’impatience. Quand enfin les portes s’ouvrent, et que la masse s’est engouffrée dedans, nous sortons à notre tour à la recherche de nos vélos. S’était en oubliant le passage par la douane et sa très longue file d’attente. Une fois devant l’officier, passeport en main, nous regardons dans la caméra, donnons nos empreintes digitales, puis négocions car nous n’avons pas rempli d’adresse d’hôtel à Séoul. Difficile d’expliquer que nous sommes cyclistes, que nous allons être hébergés chez un « inconnu » et que le reste du temps nous souhaitons camper sur les routes de Corée du Sud. A force de persuasion, l’officier comprend et consent à nous tamponner nos passeports. Rapide coup d’œil à l’affichage, nous trouvons notre tapis où les bagages roulent depuis un petit moment. Nous récupérons notre gros sac puis partons à la recherche des objets encombrants. Là, nos vélos arrivent tout doucement sur un tapis roulant où nous pouvons les embarquer sur nos chariots. Les portes de la douane passées sans se faire contrôler contrairement à tous les autres personnes qui passaient par la case rayon x (merci nos vélos), c’est une foule immense qui déambule dans le hall principal de l’aéroport. Le temps de retirer notre premier million au distributeur et d’y croiser d’autres français, nous embarquons dans un taxi qui charge nos cartons à l’arrière de son véhicule. Dehors, la pluie tombe bien, et nous sommes contents d’être dans un taxi tout confort pour nous rendre au magasin de notre hôte Wharmshower. Si confortable que Kikinette en profitera pour dormir paisiblement à l’arrière, tandis que nous expérimentons les bouchons de la capitale.

Watts Cycling est là. Nos cartons et bagages déposés devant l’entrée, nous partons à la recherche de Daniel. Rapide présentation, il nous dit de tout amener à l’atelier au sous-sol pour pouvoir travailler sur nos vélos et les remonter en toute tranquillité. Le mercredi, aucun mécanicien n’est présent, nous laissant tout loisir d’utiliser l’atelier pour nous tout seul. Là, Daniel fait faire un petit crochet à Kiki pour lui montrer un exemplaire de son futur vélo. Le sien n’arrivant qu’en fin de journée d’un autre magasin pour commencer à être préparé dans les jours suivants. Les vélos et les pièces sortis des cartons, nous les installons sur des potences pour les maintenir en l’air. Premier constat d’horreur pour Daniel en voyant l’état de nos montures. Il nous tend alors des chiffons, des brosses à dents, et nous laisse nous occuper de nettoyer entièrement nos vélos le temps qu’il finisse de travailler. Nous n’avions pratiquement pas dormi et nous voilà « au travail ». Mais en regardant bien nos vélos, Daniel avait fortement raison de nous pousser à les nettoyer, tout en profitant du matériel à disposition. Alors pendant plusieurs heures, nous enlevons toutes les traces de nos vélos et nettoyons comme jamais nos chaines et cassettes. Daniel apparaissant par intermittence pour nous donner quelques conseils sur l’entretien de notre matériel. Ici en passant dans ce sens, là en rajoutant un peu de graisse, et là surtout en nettoyant la rouille qui s’est accumulée avec le temps. Quand sur les coups de 13h00, Daniel nous invite à manger, nous sommes assez fiers du résultat, même si nous y passerons encore un moment dans l’après-midi. Il nous emmène dans un petit restaurant du quartier pour nous faire goûter notre premier vrai repas coréen. Cela implique une multitude de petits plats qui sont disposés sur la table et où nous pouvons piocher pour découvrir des saveurs multiples. La plupart du temps, des saveurs épicées, mais nous comprenons rapidement que nos repas risquent de tous l’être pendant notre séjour dans le pays. Nous pouvons alors profiter de ce temps pour en apprendre plus sur Daniel. Il est américain, expatrié depuis plusieurs années. A l’origine, Daniel était professeur d’anglais, mais après un tour du monde à vélo et une proposition de la part de Watts Cycling pendant son premier passage en Corée du Sud, il a changé de métier et s’est installé pour vivre de sa passion. En plus de travailler au magasin en tant que manager, sur son temps libre il en dirige l’équipe professionnelle de vélo. Alors c’est un entrainement assez intensif qu’il s’impose, avec presque une à deux heures chaque jour et des sessions encore plus longues le week-end. Le délicieux (et épicé) repas terminé, nous reprenons le chemin de l’atelier, tandis que Daniel doit partir faire de l’administratif. Le temps de terminer de remonter nos vélos et de ranger nos affaires dans les sacoches, le nouveau vélo de Kiki arrive quand Daniel revient. Nous le regardons, Kiki a les yeux qui pétille, mais aucun essai. De nombreuses modifications doivent être faites d’abord, comme le guidon qui passera du mode course à l’effet papillon du cyclotouriste, l’ajout de garde-boue et d’une béquille centrale, le changement des pneus en récupérant les anciens, et la mise en place d’un porte-bagage avant. Du travail pour le mécano pour les jours suivants. Nous, nous profitons du temps que Daniel doit terminer de travailler pour faire la connaissance de presque toute l’équipe du magasin. L’un vient nous offrir une bière (sponsor officiel de leur équipe), un autre des dosettes énergétiques pour mélanger avec l’eau, un autre encore nous apporte plein de gâteaux salés. Une bonne première journée à Séoul qui se termine en découvrant l’appartement de Daniel où nous pouvons enfin souffler vers 21h00. Il nous le laissera pour nous tous seul, lui préférant aller dormir chez sa copine pour la nuit.

 

Jour 171

Les journées qui suivront nous amèneront toutes à un moment ou un autre vers le magasin de Daniel, soit pour aller travailler sur nos vélos, soit pour aller le retrouver avant de sortir. Autant dire que nous connaissons parfaitement tous les moyens pour s’y rendre depuis tout Séoul. Les matins, nous profitons d’avoir pratiquement l’appartement pour nous, Daniel découchant tous les soirs, pour dormir un peu plus que d’habitude. La première nuit fut dès plus salvatrice pour nous. Nous étions exténués après les deux vols où nous n’avions presque pas dormi (Kikinette s’est quand même laissé tenter à dormir dans les avions et dans l’aéroport russe) et après notre journée de « travail » à l’atelier. C’est Kiki, qui vers les coups de 10h30, pensant qu’il était 7h00 comme à son habitude, se réveille, avant d’interrompre à son tour la nuit de Kikinette. Il fallait bien nous lever à un moment pour attaquer notre visite de Séoul. Une ville qui allait nous voir la traverser dans tous les sens à plusieurs reprises. La météo étant encore à l’orage, nous laissons tomber la visite touristique des monuments pour nous consacrer plutôt à la recherche de matériel pour compléter notre équipement. Nous voilà à partir chercher le métro le plus proche pour nous rendre en plein cœur de Séoul pour amener le drone de Kiki se faire réparer à nouveau. Là, aux abords de l’entrée du métro, des stickers sont apposés un peu partout au sol. Interdit de fumer dans une zone de 10m. Ici, on ne semble pas rigoler avec la santé publique. Nous descendons quelques marches pour découvrir une station dès plus propre, sentant presque le sou neuf. Nous essayons alors de nous faire comprendre par une personne du métro pour acheter un abonnement pour plusieurs jours. Mais cela n’existe pas ici. Il y a « simplement » la carte T-Mobile qui permet de presque tout payer au quotidien, de ses courses, au taxi, en passant par tous les transports en commun… et cela, dans toute la Corée du Sud. Excellent système unifié que voilà ! Nous prenons notre carte, la chargeons avec un petit montant, histoire de voir combien va nous coûter chaque trajet. Pas plus cher qu’à Paris au final. La précision à connaitre, et qu’ici, il faut badger en entrant et en sortant du métro, sous peine de voir tout l’argent de sa carte se faire engloutir. Le même système qu’à Dubaï. Intelligent, mais encore faut-il le savoir. Nous, nous avons regardé les coréens faire en premier, et comme nous entendions le bip, nous les avons copiés sans hésitation. Puis voilà dans les couloirs nous menant vers notre métro, et dans l’une des allées, un placard nous intrigue. Ce dernier est rempli de masques à gaz. Nous apprendrons plus tard, que depuis un incident survenu dans le métro, de telles armoires ont été installées très régulièrement dans les couloirs de métro. Nous qui pensions qu’il s’agissait de prévention en cas d’attaque de la part du voisin du Nord, nous voilà rassurés.

Sortis du métro, c’est la douche froide. Alors après s’être vu dit par le revendeur DJI qu’il fallait se rendre à l’autre bout de la ville au flagship de la marque pour espérer réparer le drone, nous nous faufilons dans un petit restaurant étudiant pour nous mettre au chaud. La carte est par miracle traduite en anglais, l’une des rares que nous trouverons pendant notre séjour à Séoul, nous permettant de déguster deux portions de nouilles avec de la viande. Le ventre plein, nous prenons notre courage à deux mains pour repartir sous la pluie et pour rallier le magasin à pied en traversant plusieurs quartiers cela notre application. A peine nous sortons, un déluge sans nom s’abat, nous poussant à nous arrêter devant une supérette. Nous voyons un parapluie et demandons au propriétaire si il est à vendre. Ce dernier nous répond par la négative, mais après quelques secondes, il vient vers nous pour nous l’offrir. Nous le remercions grandement pour ce cadeau qui va nous être bien utile. Nous voilà à « escaler » côte après côte, pour les redescendre aussi sec, et les remonter juste derrière. Séoul n’est en rien une ville plate, il nous faudra continuellement faire avec son dénivelé assez important par endroit. De quoi bien remettre nos jambes en ordre de bataille et les faire travailler. Pendant plus d’une grosse heure, nous déambulerons comme ça dans les petites ruelles, les préférant aux immenses avenues de la capitale. Nous y découvrons l’autre côté de la ville, celle où les touristes ne se perdent que rarement. Les ensembles de petites maisons résidentielles laissent place à des commerces, puis à des buildings, pour revenir vers des maisons. Certains commerces nous amusent, car malgré la forte pluie, ils laissent dehors les biens qu’ils vendent. Des voitures nous pouvons comprendre, mais des canapés, des meubles ou des enceintes, nous avons du mal à voir comment tout cela pourra être réutilisable par la suite. Puis il y a cette publicité. Une publicité incessante qui envahit tout l’espace public. Partout où notre regard se porte, nous sommes obligés d’être exposés à de multiples messages publicitaires. Heureusement pour nous, tout est écrit en coréen, rendant tout cela encore plus étrange à nos yeux.

Quand nous arrivons enfin devant le flagship DJI, Kiki espère pouvoir trouver une solution pour faire réparer le drone. Mais là, le technicien lui demande si il a une réservation pour faire réparer son appareil. Une réservation qu’il fallait faire en ligne et qui est tout le temps complète. Kiki explique alors sa situation, et au bout d’une vingtaine de minutes, que le technicien aille en voir un deuxième, et que notre histoire de tour du monde à vélo ait fait le tour de l’atelier, l’homme accepte bien de prendre en réparation le drone. Ouf. Une chance énorme pour Kiki. Il lui faudra revenir deux jours plus tard pour le récupérer comme neuf. Le technicien lui explique alors que lors du crash en Turquie, outre la caméra qui avait pris des dommages, deux ailes avaient soufferts, ce qui, malgré la réparation de la caméra une première fois a causé la deuxième casse à cause des ailes défaillantes et des vibrations trop importantes qu’elles pouvaient provoquer. Kiki plus serein de savoir qu’il pourra à nouveau l’utiliser sans contrainte, nous pouvons partir vers un énorme centre commercial sur plusieurs étages dédié uniquement à l’électronique. Nous traversons à nouveau une partie de la ville à pied pour arriver devant un bâtiment paraissant vieillot de l’extérieur. Mais en poussant les portes, c’est un paradis qui apparait. De partout des appareils photos, des caméras, des ordinateurs, de la sono, etc. Mais à ce moment là de notre séjour, nous étions là uniquement pour trouver une Go Pro à Kiki pour lui permettre d’améliorer la qualité de ses images. Nous reviendrons trois jours plus tard dans le même magasin pour y trouver à Kikinette un trépied. Ce « supermarché » de l’électronique avait d’intéressant qu’il ne prenait pas en compte les diverses taxes sur les produits, moyennant un paiement en liquide. Un échange plutôt avantageux pour nous qui nous permettra d’avoir des prix défiant toute concurrence pour acquérir notre matériel. Son nouveau jouet en poche après avoir fait le tour de tous les vendeurs de l’étage, nous nous en rentrons pour nous reposer après une longue journée de marche.

Jour 172

Qui dit vendredi, dit culture pour nous. Alors nous nous réveillons de bonne heure pour profiter pleinement de la journée qui allait avoir un programme bien chargé. Un métro plus tard, nous arrivons à quelques pas du plus grand palais de Séoul. Gyeongbokgung. Construit en 1394, puis reconstruit à plusieurs reprises au cours d’invasions japonaises dans l’histoire, il est l’un des cinq grands palais construits sous la dynastie Joseon. La dynastie majeure de la Corée qui gouverna de 1392 à 1910, avant que le Japon ne décide d’annexer la péninsule. Gyeongbokgung signifie « palais du Bonheur resplendissant » et comporte pas moins de 500 bâtiments sur un terrain de 40 hectares. Une petite ville dans l’immensité de Séoul. Nous nous engouffrons par l’imposante porte de Gwanghwamun, porte principale, pour explorer tous les recoins de ce palais qui avait tant à offrir. La foule est au rendez-vous elle-aussi, et curiosité propre à cette partie culturelle de Séoul, les touristes sont venus habillés dans la tenue traditionnelle coréenne. De longues robes blanches avec des atouts de couleur qui voltigent avec les pas. Tout autour des palais, des magasins proposent de louer à la journée pour une petite somme ces vêtements pour « être plus en phase » avec les monuments visités. Nous pourrions nous croire revenus plusieurs siècles en arrière compte tenu du grand nombre de « figurants » visitant le palais. Avec la forte chaleur, nous sommes contents de pouvoir les prendre en photo, sans toutefois nous laisser prendre au jeu. Nous aimons nos t-shirts et shorts pour être plus « aérés ». Quand l’intérêt des costumes s’estompe dans la cour principale, nous commençons notre visite. Salle du trône, résidence du roi, résidence de la reine, bureau du roi, pavillon « extérieur » autour d’un lac, nous passons devant un nombre incroyable de bâtiments tous mieux décorés les uns que les autres. La dernière restauration du palais a permis de conserver une aura importante pour nous faire partager ce quotidien des rois. Notre regard ne sait où regarder. Les panneaux qui composent les murs sont sculptés avec une telle précision et décorés si finement. Les tuiles nous amènent vers des petites statues d’animaux imaginaires qui gardent les quatre angles des bâtiments. Les couleurs vertes, bleues et rouges des plafonds embellissent l’air ambiant, lui donnant une force incomparable. Tout semble si parfait, si fastueux, si précis que nous avons du mal à nous en détacher. Pour Kiki, ce palais lui rappelle la Cité Interdite de Pékin qui possède la même démesure (en encore plus grand) et le même style d’architecture (les deux palais ayant été construit à une vingtaine d’années de différence). Une beauté sublime.

Après deux heures de visite, nous abandonnons à regret ce magnifique palais de Gyeongbokgung pour nous diriger vers un autre palais. Celui de Changdeokgung qui se trouve sur la colline adjacente. Mais avant de nous y rendre, nous passons par le quartier de Gahoe-dong qui se trouve entre les deux. Là, nous tombons sur le Séoul le plus traditionnel de la capitale. Des maisons dans la plus pure tradition du pays, avec les toits de tuiles noires, des jardins bien ordonnés, le tout dans une « enceinte fortifiée ». Nous nous trouvons surtout dans l’un des quartiers les plus chers au mètre carré de la ville. Nous y déambulons un bon moment, sans faire de bruit, comme peuvent le rappeler les nombreuses affiches placardées sur presque toutes les portes et murs que nous croisons. Il faut dire qu’en se trouvant entre deux des principaux palais de Séoul, en ayant une architecture typique, ce quartier ne peut qu’attirer les touristes pour s’y balader. Le revers de la médaille en quelque sorte. Mais aucun bruit ne s’élève dans les rues, tout le monde respectant scrupuleusement les règles édictées. La faim nous rongeant, et ne trouvant aucun restaurant abordable, nous terminons dans un C&U, l’une des chaines de petits supermarchés les plus courantes dans le pays. Des chaises et des tables sont à disposition pour y manger sur une terrasse. Le bonheur. Surtout quand à l’intérieur, nous découvrons que des micro-ondes et de l’eau chaude sont à disposition gratuitement. Il n’en fallait pas plus pour que nous testions ce mode de repas et que nous nous fassions nos premiers « bols ». Le test passé haut la main, nous pouvons profiter de la vue sur la rue bien animée où nous nous trouvons. Un nombre impressionnant de personnes va et vient, la plupart toujours en costume d’époque. Puis il y a cette vieille dame, juste devant le supermarché qui amasse sur un chariot des cartons qu’elle découpe pour les empiler par la suite. Nous découvrirons comme ça pendant notre séjour à Séoul, que d’autres anciens métiers de ce genre existent encore ici, malgré le fait que la ville se veuille hyper industrialisée et moderne.

Rassasiés et prêt à reprendre nos visites culturelles, le palais de Changdeokgung est le prochain sur notre liste. Le palais de la Prospérité fut comme son prédécesseur détruit plusieurs fois durant le temps. Plus petit en superficie que le principal palais de Gyeongbokgung, il fut pourtant pendant presque 250 ans le siège du pouvoir de la dynastie Joseon (avant la reconstruction du premier cité). Si le palais de Gyeongbokgung avait aplani l’environnement pour créer ses bâtiments sur une surface plane, ici le palais de Changdeokgung épouse la topographie pour être en adéquation avec la nature. Si nous faisons rapidement le tour des quelques bâtiments pour nous émerveiller à nouveau de l’architecture du palais, c’est surtout la visite annexe du jardin privé qui nous prendra le plus de temps. Nous voilà embarqué avec une centaine d’autres touristes sur les allées cachées d’un jardin grandiose. Notre guide en tête de cortège, ce dernier essaye tant bien que mal de nous donner de nombreuses informations sur l’histoire et la particularité du lieu. Nous avançons tel un petit troupeau, nous arrêtant ici et là pour quelques photos pendant une bonne heure. Dès les premiers pas, nous sommes complètement déconnectés de Séoul et de son environnement bruyant quasi constant, pour être plongés dans une forêt à la végétation luxuriante. Nous y croiserons même des animaux sauvages qui se baladent tranquillement. A l’intérieur de ce jardin privé, se trouvent plusieurs temples et bâtiments en tout genre. Devant chacun, une entrée divisée en trois parties. Une large porte centrale que seul le roi pouvait emprunter, et une petite porte sur chaque côté pour que le reste des personnes puissent accéder aux bâtiments. Et pour symboliser encore plus le pouvoir suprême et divin du roi, ce dernier pouvait passer normalement, quand sur les côtés, les petites portes obligeaient à se baisser en signe de respect envers son souverain. Des petites anecdotes qui nous font aimer ce type de visite qui sort du quotidien.

La cour et tous ses pages derrière nous, nous prenons la direction le sanctuaire de Jongmyo se trouvant non loin de là au cœur d’un écrin de verdure. Une chance pour nous, une visite guidée commence quelques minutes après notre arrivée. Plus simple que pour les palais, nous sommes une petite vingtaine cette fois à nous engager dans ce complexe à taille humaine. Nous voilà dans le sanctuaire des familles royales de la dynastie Joseon. Le bâtiment principal, appelé le Hall de Confort Eternel ou Yeongnyeonhjeon, comporte aujourd’hui dix-neuf pièces où sont entreposées les tablettes des rois et des reines de la dynastie. A l’origine, il n’y avait que sept pièces. Les autres furent rajouter dans le temps en agrandissant le complexe tout en le gardant en tout point symétrique. Une œuvre architecturale impressionnante quand nous réalisons le travail que cela a dû être que de devoir refaire à plusieurs reprises l’enceinte fortifiée, la place centrale et tout le bâtiment sans démolir l’existant. Là aussi nous apprenons une anecdote intéressante quand une personne du groupe vient à marcher sur un ensemble de dalles qui parcoure tout le sanctuaire pour relier tous les bâtiments entre eux. Comme pour les portes des palais, nous avons là trois chemins de dalles, avec la centrale surplombant les deux autres. Cette fois-ci, point de roi, mais il s’agira d’une voie centrale dédiée aux esprits pour qu’ils puissent avancer librement. Il était alors formellement interdit d’y marcher dessus à l’époque, pouvant seulement emprunter les dalles réservées aux mortels. Nous évitons de notre côté de marcher dessus après avoir eu l’information, ne voulant pas subir le courroux des esprits.

Quand nous terminons cette dernière visite culturelle de la journée, nous ne nous trouvons pas loin du marché de Yeji-dong. Alors nous partons y faire un saut rapidement avant de rentrer à l’appartement. Là, nous y trouvons un immense hall avec de nombreuses allées où la nourriture côtoie les vêtements et du matériel en tout genre. Dans l’allée centrale, nous sommes attirés par toutes les petites échoppes qui proposent de la nourriture préparée devant nous. Il est tard, nous devons rentrer cuisiner pour quatre, nous décidons d’ajourner nos appétits dévorant et de le remettre au lendemain. A la place, nous partons faire quelques courses pour préparer un repas « français » à Daniel et son amie Hyungjin. Comme il n’y a pas de four, nous optons pour leur faire une ratatouille accompagnée de spaghettis. Quand le prix des fruits et légumes nous sautent aux yeux, nous pensons à un mauvais étiquetage ou alors à une pénurie généralisée dans le pays. Mais non, en Corée du Sud, vouloir cuisiner soit même des légumes semblent être un luxe. Nous comprenons beaucoup mieux pourquoi les supermarchés comme C&U ou 7eleven sont légions dans Séoul. Les coréens ne prennent pas le temps de cuisiner préférant acheter des plats préparés ou sortir au restaurant. Les restaurants… Nous en voyons de partout dans la capitale. Il y en a presque un tous les mètres, si l’on prend en compte que certains immeubles en proposent à chaque étage. Une folie des restaurants qui nous permettrait de manger différent à chaque repas pendant toute notre vie sans avoir encore réussi à tous les tester ! Mais pour la soirée, nous nous mettons plutôt aux fourneaux, Kikinette coupe les oignons, Kiki découpe les tomates, les aubergines et les courgettes, puis nous faisons tout revenir en même temps que les spaghettis cuisent al dente. Le diner servi, il ne manque plus que tous les convives. Daniel termine de travailler, Hyungjin rentre de Busan par le train. Quand tout le monde est là, la soirée commence enfin, et ne se terminera qu’après minuit quand nos hôtes doivent nous quitter, une longue journée les attendant quelques heures plus tard. Nous serons impressionnés quand au moment du dessert, nous proposons alors des kiwis et des pêches blanches. Là, Hyungjin va s’occuper de la réalisation pour nous en faire un assortiment parfait à la mode coréenne, quand nous voulions simplement les manger comme des « barbares ». Tout ici est fait dans un respect strict pour que la nourriture en plus d’être délicieuse soit le plus présentable visuellement possible. Nous sommes époustouflés.

Jour 173 – 174 – 175

Nos derniers jours sur Séoul vont être très loin de ce que nous aimons normalement faire en temps normal : les magasins. Et nous allons en visiter un nombre impressionnant pour trouver à nouveau de l’équipement pour nous accompagner au quotidien. Ici à Séoul, tout est ordonné par quartier, et dans chaque quartier, vous trouverez le même type de biens. Alors nous commençons nos recherches par tout ce qui peut avoir trait au camping et à la randonnée. Nos recherches nous font d’abord tomber sur une allée remplie de vieux postes de radios et d’électronique d’un autre âge, puis une autre sur des casseroles et des batteries de cuisine en folie, avant d’enfin tomber sur ce que nous recherchions. Là, Kiki décide enfin à changer ses t-shirts pour avoir une gamme plus colorée qui passera mieux sur les photos, pour sortir des tons gris et noirs qu’il avait l’habitude depuis presque six mois d’arborer. Nous partons sur du bleu et du orange, pour aller de pair avec son nouveau vélo (orange avec des pointes de noir), et sur des t-shirts plus à sa taille, les anciens commençant à flotter plus qu’autre chose. De là, nous craquons sur des mini chaises pliables pour notre confort lors de nos pauses dans la nature, avant de partir faire une vingtaine de magasins de randonnée. Si sur le principe, tous se ressemblaient, les prix eux étaient variables d’un équipement à l’autre. Nous avions besoin d’un nouveau réchaud, nous repartirons avec (enfin) un sac de randonnée pliable en plus pour transporter beaucoup d’affaires. Nous achetons au passage un porte gourde et une gourde supplémentaire pour nos vélos.

Nous faisons le même manège le jour suivant en visitant une vingtaine de magasin de photographie dans un autre quartier de Séoul. Kikinette ayant décidé de passer dans un nouveau mode, nous passons de boutique en boutique pour demander le prix de son futur jouet et le prix de reprise de l’ancien. Quand après trois ou quatre vendeurs nous annonçant toujours le même prix pour le nouvel appareil, nous décidons « d’abréger » nos visites en demandant directement le prix pour son appareil actuel. Dans l’un nous nous ferons offrir à boire pendant que le vendeur nous donne un prix ; dans un autre, le vendeur va inspecter sous toutes les coutures l’objectif et le boitier avant de nous trouver une rayure (minuscule) faisant chuter le prix de revente drastiquement. Il sera le seul à regarder avec autant d’attention l’appareil. Quand enfin nous trouvons une boutique nous proposant un prix attractif au final, nous nous retrouvons devant un problème de taille. L’argent en liquide. Nous n’en avons presque plus, et Kiki a dépassé son plafond hebdomadaire de retrait, lui affichant que des erreurs. Kikinette se décide à sortir sa carte, mais là, c’est la panne sèche. Elle ne se souvient plus de son code. Six mois sans l’utiliser, et voilà le trou de mémoire au plus mauvais moment. Nous en essayons un. Invalide. Un deuxième. Invalide aussi. Puis par miracle, avant que la carte ne soit avalée, Kikinette tente sur un coup de poker un dernier essai qui sera fructueux. Nous pouvons retourner avec notre liasse récupérer le nouveau bébé de Kikinette afin qu’elle puisse s’amuser encore plus et proposer une gamme encore plus large de photos du voyage.

Ces derniers jours à Séoul nous poussent aussi à tester de multiples saveurs dans les marchés et restaurants. Si nous allons diner avec Daniel et Hyungjin dans l’un de leur restaurant favori pour y déguster (une nouvelle fois) une cuisine très épicée mais délicieuse, nous ferons un détour par le marché de Yeji-dong qui nous avait fait de l’œil. Le choix n’a pas été facile, mais quand enfin nous trouvons celui qui nous intéresse, nous commandons ce qui nous est présenté comme du poulet. Nous aurons le droit à un mix de deux parties du poulet, mélangées à une sauce très épicée. Si nous apprécions la cuisine, sans toutefois l’adorer, c’est sur le dernier coup de baguette de Kikinette dans le plat que nous nous rendons compte de ce que nous mangions depuis un moment : des pattes de poulet. Nous en rigolons après coup nous disant que nous n’aurions jamais testé si nous avions su à la base. Au moins, nous pouvons dire que c’est fait maintenant. Nous profiterons de notre visite de la Cathédrale de Myeongdong pour découvrir un quartier des plus animés la nuit. Tous les commerces sont ouverts, une foule y déambule, et dans l’allée piétonne, les stands de nourriture sont légions pour proposer ici du poisson, là des smoothies, là encore des brochettes de pomme de terre. Nous craquerons sur ces dernières pour en faire notre apéritif avant… de partir à Mc Donald ! Une infamie au pays d’une nourriture si riche et variée, mais Kiki voulait son burger depuis longtemps, et comme une sorte de tradition maintenant, tester au moins une fois un « restaurant » de l’enseigne dans chaque pays pour comparer les différents menus. Nous serons rassurés néanmoins de ne voir presque personne à l’intérieur, les locaux semblant ne pas être des plus friands des fast food américain. De là, nous conclurons notre séjour sur Séoul par la visite nocturne de la N Tower pour avoir un panorama « lumineux » sur toute la ville. Après une petite file d’attente où nous passons devant l’objectif pour une photo souvenir un peu kitsch (que nous ne prendrons pas), et où nous rigolons doucement des photos qui ont déjà pu être prise, nous arrivons au sommet. Kikinette est un peu déçu par toutes les vitres et leurs reflets abjects avec toute la lumière ambiante. Mais nous profitons néanmoins d’une vue magnifique d’une Séoul tentaculaire qui ne semble pas avoir de limites.


Data depuis le début 

  • Kilomètres parcourus : 6 272,72
  • Temps de déplacement : 404h10m07s
  • Altitude : 48 088+ / 45 937-
  • Calories dépensées par personne : 198 635

 

Par | 2017-09-09T11:12:28+00:00 septembre 11th, 2017|Coree du Sud|1 Comment

Un commentaire

  1. Ernandorena Jean Jacques 11 septembre 2017 à 18 h 24 min - Répondre

    Bonjour à tous les 2,

    Bienvenue en Corée du………….. « sud » ouf !!!
    C’est reparti avec des vélos tout neuf (attention à l’entretien) .et le drone !
    Séoul doit être magnifique et quels palais !
    Bon courage
    Jean Jacques

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