Journal de bord – 43

Jour 179 – Cheongju à Ugolli

Le réveil pique énormément après la sacrée soirée de la veille. Notre hôte devant partir sur les coups de 8h00, autant dire que nous avons compté les heures à dormir sur le lit de pierre. Ce dernier était bien confortable au final, mais ne nous séduira pas assez pour investir dans le même modèle pour notre tente. Junseok nous attendra, bien frais, dans le salon pendant que nous terminons nos affaires. Notre contact Wharmshowers lui sera parti plus d’une heure plus tôt au travail. Nous accélérons le pas pour ne pas le mettre trop en retard. Puis nous le quittons en bas de chez lui pour partir à la recherche d’un petit-déjeuner. Quelques cookies et un jus de fruits et légumes avalés, nous pouvons prendre la route. Le jus lui ne nous séduira pas plus que le lit, mais nous aimons bien tester tous ces produits « originaux » qui se trouvent dans les rayons des supermarchés. Parfois, nous tombons sur d’excellentes surprises, parfois sur d’étranges mélanges. Une particularité bien coréenne qui nous intrigue tant elle nous titille quotidiennement.

Initialement, nous devions prendre la route pour Daejeon, une grande ville à quelques heures de là. Mais en regardant la carte, nous nous rendons compte qu’en faisant ce détour, nous serions à plus d’une centaine de kilomètres de Gunsan où nous attendait pour samedi midi un couple de français nous accueillant. Alors là décision est prise de retourner sur la piste cyclable, rouler tranquillement tout en recherchant toujours nos cabines téléphoniques rouges. Comme les jours précédents, nous y rencontrons de nouveaux des cyclistes coréens d’une gentillesse extrême. Et nous commençons à nous dire que les plus belles rencontres se font autour des cabines téléphoniques. Alors que nous nous arrêtons, un groupe de plusieurs cyclistes vient à notre rencontre, intrigués par tout notre chargement. Ils soupèsent le vélo de Kikinette et semblent impressionnés. Ils le sont encore plus quand nous leur disons le poids total. Et quand nous leur demandons où nous pourrions trouver de l’eau, l’un d’eux nous montre une petite boîte par terre et glisse dans une autre un billet. Il s’agissait d’un petit frigo avec à l’intérieur des bouteilles d’eau bien fraiches. Juste à côté, une petite boîte où mettre de l’argent. Un concept qui nous étonne à moitié considérant le caractère et la culture du pays. Voilà un concept qui serait assez dur à généraliser chez nous. Les deux boîtes seraient certainement vides à la fin. Le temps de prendre une photo de groupe, et nous repartons.

C’est en fin de journée, alors que nous voyons un petit abri et que nous nous arrêtons, que nous rencontrons deux autres cyclistes faisant un break au même endroit. Kikinette engage la conversation avec l’un d’eux qui parle bien anglais. Il travaille à Séoul, mais est revenu passer quelques jours dans sa ville natale pour visiter sa famille. Il nous pose quelques questions sur notre voyage, avant de nous raconter ses nombreuses venues en Europe. De fil en aiguille, nous en venons à lui demander si il voudrait retourner encore en Europe aujourd’hui, et lui de nous répondre qu’il se sent plus en sécurité ici, malgré la menace Nord-Coréenne, plutôt que chez nous à cause de toutes les attaques terroristes. Ce n’était pas le premier coréen à nous dresser ce constat. Au final, nous nous disons que chacun se sent plus en sécurité chez soi, qu’importe la menace planant au-dessus de nos têtes.

Et les têtes ici sont bien couvertes. Comme la plupart du corps. Les coréens se protègent du soleil comme de la peste. Les cyclistes portent des tenues intégrales, allant même jusqu’à un masque cachant tout le visage et une visière supplémentaire pour être sûr que le visage reste parfaitement blanc. Dans la rue, comme dans les champs, le constat est à peu près similaire. Les parapluies sont tout le temps ouvert, et vous avez le droit à des tenues vestimentaires assez « fun ». Il faut dire que nous n’avons pas l’habitude de voir cela en Europe. Oui, les chaussettes dans les claquettes existent déjà en Allemagne, mais ici en plus, à partir d’un certain âge, les coréens ne portent plus que des vêtements de trekking à longueur de temps. Il ne s’agit pas d’un sport national pour rien. Les coréens (âgés) adorent pendant leur temps libre ou week-end partir gravir toutes les petites montagnes entourant leurs villes. Le plus surprenant restant toutefois les couleurs des vêtements. Un assemblage unique de l’ensemble du prisme de notre palette de couleurs avec des motifs pour être sûr d’être bien vu de loin. Du moins, c’est la conclusion que nous avons eue, car nous ne comprenons pas sinon pourquoi utiliser autant de couleurs flashy pour s’habiller. Notre garde-robe nous semble bien peu en adéquation avec l’esprit local sur ce point. Cela ne nous empêchera pas de continuer.

Jour 180 – Ugolli à Gunsan

Comme pour se rappeler à nous, le soleil vient éclairer notre « chambre » de bonne heure. Dehors, une petite rosée et un fin brouillard sur les champs environnants. Nous commençons alors à sortir nos affaires, pour regarder autour de nous. Les nombreuses araignées qui nous entouraient avaient fini leur travail de la nuit, tissant de magnifiques et immenses toiles dans tous les coins de l’abri. En Corée, depuis que nous roulons, nous nous émerveillons (ou plutôt Kiki) de la taille des araignées et de leur travail. Nous en voyons un nombre impressionnant, souvent avec un corps plus grand qu’une pièce de monnaie, qui ont tissé ici et là des toiles gigantesques. Alors nous nous arrêtons parfois pour les observer. Parfois elles s’invitent à nous, comme cette fois où pour aller aux toilettes, l’une d’elles avait fait sa toile devant la porte pour les personnes handicapées. Nous étions sûr que ce toilette ne devait jamais être utilisé compte tenu du gardien qu’il pouvait avoir.

Une cinquantaine de kilomètres nous séparait de Gunsan, où nous devions retrouver Alexandra et Thomas, notre premier couple de couchsurfers à nous accueillir dans ce voyage. Notre première fois où il ne s’agira pas d’autres cyclistes qui nous accueilleront. Alors nous roulons bien pendant toute la matinée pour y arriver un peu avant midi. En plein milieu des champs, qui se sont transformés en énormes serres dans cette partie, la piste cyclable s’embellie de mille fleurs. Des petites fleurs métalliques aux couleurs différentes qui tournent avec le vent. Un spectacle enchanteur comme pour nous souhaiter la bienvenue et nous dire que nous avons terminé l’un des chemins des quatre rivières. Gunsan est là. L’heure tourne et nous sommes attendus. Un dernier détour par un grand supermarché pour refaire le plein, y découvrir enfin du riz et faire des réserves pour le week-end à venir, et nous voilà en bas de l’immeuble à décharger nos vélos.

Alexandra et Thomas sont là pour nous accueillir, et nous faisons la connaissance de Mercedes, une amie espagnole qui vit aussi à Gunsan. Alexandra et Mercedes sont toutes les deux professeurs dans une école de la ville. La première enseignant le français, la deuxième… l’espagnol. Thomas lui est romancier et écrit son troisième thriller. Alexandra écrit aussi sur son temps libre des livres pour enfants autour de la nature et des espèces animales. Ses derniers ouvrages illustrés étant sur le parc régional de la Guadeloupe. Mais avant d’en savoir plus, nous devons nous dépêcher. Le bateau devant nous amener sur des îles au large de Gunsan part à 13h30, et nous devons tous manger. Alors, ni une ni deux, nous défaisons tous nos sacs pour ne prendre que l’essentiel afin de camper le soir même, et nous nous changeons. Puis illico presto, nous prenons la direction d’un petit restaurant dans le quartier pour y manger des sortes de sushis à la viande et des beignets de viande. Un régal pour de nouveaux plats testés en Corée. La critique culinaire pourrait nous donner envie de rester bien longtemps dans le pays pour pouvoir tout tester.

Vingt minutes au chrono avant que le bateau ne parte. Et nous sommes toujours dans la rue à attendre un taxi qui semble s’être perdu dans les petites rues de la ville. Au virage, nous l’apercevons, négocions rapidement pour pouvoir monter à cinq, puis le voilà « plein gaz » direction les quais. Tickets en main, pieds sur le ferry, ce dernier part aussi sec. Nous l’avons eu sur le fil. Maintenant, une heure et demi de trajet à passer avant d’enfin contempler un ensemble majestueux de petites îles. Nous profitons de ce temps pour bien discuter tous ensemble, en français ou en anglais. Cela fait maintenant neuf ans qu’Alexandra et Thomas sont ensemble, se rencontrant à Berlin, avant de partir en Guadeloupe, pour revenir en France quelques années pour finalement depuis un an être ici en Corée du Sud après une reconversion professionnelle d’Alexandra. Elle travaillait précédemment pour l’Insee, avant de vouloir devenir enseignante. Alors le « temps » de passer un Master à Paris, la voilà maintenant à Gunsan à l’autre bout du globe. Thomas, lui, l’a accompagné pendant toutes ses années, se consacrant à l’écriture de ses romans.

Le système scolaire coréen est assez spécial comme elle nous l’explique. Outre le fait que les élèves sont pousses toujours plus à bout pour étudier et avoir les meilleurs résultats, une anecdote nous fait « sourire ». Pour essayer d’obliger les élèves à ne parler qu’en français dans sa classe, elle décide de « punir » ceux qui parlent coréen avec des devoirs supplémentaires. A la fin du cours, un élève qui avait respecté la consigne vient lui demander si il peut avoir quand même les exercices pour s’entraîner à la maison. Une toute autre mentalité. Ici les élèves se lèvent à 6h00 pour étudier avant d’aller à l’école vers 8h00, où ils y resteront jusque vers 18h30. Là ils partiront pour des cours supplémentaires dans des sortes d’écuries (comme pour nos prépas), rentreront travailler chez eux, et se coucheront vers minuit passé. Et ces élèves n’ont même pas encore passé l’équivalent de notre bac. Un système qui a ses limites. Le revers de la médaille étant un taux de suicide assez important chez les jeunes à cause de la pression sociale qu’engendre les examens de fin d’année, dictant pour eux toute leur carrière professionnelle. L’autre anecdote qui nous fait sourire cette fois concerne le mode d’enseignement en binôme qui a lieu. Les élèves ont ainsi quatre heures de cours en français avec Alexandra, et quatre heures avec un professeur coréen qui leur lit de la grammaire pendant les cours. Le tout étant en coréen uniquement avec des mots en français ici et là pour les expliquer. Et chaque professeur doit assister au cours de son binôme, une tâche assez difficile quand le cours de français est uniquement en coréen.

Les îles en vue, le bateau accostant au petit port, nous posons pieds à terre pour nous diriger vers la plage principale. Ici, les voitures sont interdites, seuls des petits bus circulent pour transporter les gens entre les îles et le continent. Mais la parade a été trouvée pour ne pas laisser les touristes à devoir marcher de « longues » heures pour visiter cet archipel. Des quads, des scooters, des petites voiturettes, des trottinettes électriques et des vélos sillonnent les routes, à qui saura le moins bien conduire ces engins. Les coréens semblant très mauvais équilibristes pour rester bien droit sans devoir crier à tout bout de champ pour dire qu’ils sont là. En vélo, tous les couples semblent vouloir faire l’expérience du tandem. Une expérience qui se finit très souvent par terre pour eux. Mais c’est toujours avec le sourire qu’ils recommencent encore et encore. Nous, nous nous dirigeons vers un abri où poser nos tentes avec accès direct sur la plage, un petit coin de bonheur et de détente. Là, un long câble parcoure toute la plage. Une tyrolienne géante a été installée comme attraction supplémentaire. Et celle-ci connait un succès fou puisque les gens défileront devant nous pendant toute la journée. Même si nous pouvions être tentés au premier regard, le prix de la descente nous a très vite refroidi, préférant largement manger copieusement au restaurant pour cette somme. Alors à la place, même si le temps n’est pas au grand soleil, nous attaquons l’après-midi par une petite plongée dans l’eau et par un peu de farniente sur la plage. Un bon moyen de profiter comme il se doit d’une ile. Un autre est de l’explorer à pied. Nous partons alors vers l’un des « sommets », avec l’espoir de pouvoir y grimper assez facilement. Nous suivons le chemin du bord de mer pour nous retrouver sur une autre plage de galets cette fois-ci. Là, aucun chemin ne semble se dessiner pour grimper, et rien avant sur la route. Kiki aperçoit un « chemin » dans les rochers, mais après l’avoir escaladé sur quelques mètres, il renonce, non pas sans qu’un local lui crie dessus, pour certainement l’avertir que c’était dangereux. Et dangereux cela pouvait être sans de bonnes chaussures et sans être sûr de vouloir y aller. Alors nous rebroussons chemin pour terminer notre balade et notre soirée dans l’un des restaurants du port. Comme tout bon plat coréen qui se vaut, le piment y est en abondance dans tout ce qui se dresse sur la table. De quoi tous nous faire pleurer un bon coup, boire abondamment et terminer par un tour à la superette pour acheter une glace pour nous rafraichir la bouche. Ce n’est seulement qu’après avoir bien savourer toute cette nourriture, et bien parlé au coin de la tente, que nous partons tous nous coucher.

Jour 181 – Gunsan

Un jour passe, un nouveau se lève et avec lui un immense soleil pour nous accompagner dans cette aventure. Nous ne pouvions pas rêver mieux pour notre ascension de l’un des « sommets », et avoir des vues à couper le souffle grâce à ce ciel dégagé à l’horizon. Après un rapide petit-déjeuner en regardant la mer gagner petit à petit de l’espace sur la plage, nous préparons nos sacs pour la journée. Les tentes, elles, resteront où elles sont pour la journée avec le reste des affaires. Quel bonheur que de ne pas avoir à se soucier de son matériel, en sachant qu’ici le respect de l’autre est placé au-dessus de tout. Alors nous partons sur une autre petite île à pied. Les touristes sont arrivés par le premier bateau, et nous pouvons les voir envahir les routes avec tous les engins motorisés qui leurs sont mis à disposition. Et comme nous sommes dimanche, nous avons aussi le droit à un magnifique défilé de haute couture de la part de toutes les personnes âgées venues randonner sur l’archipel. Quel « plaisir » pour les yeux que de voir autant de jaune, de rose, de rouge et de bleu mélangés entre eux. Une part du folklore coréen en quelque sorte qui va de pair avec la pratique intensive de la randonnée.

Alors nous respectons la « tradition » en nous aventurant sur un sentier. Tout semblait bon au départ, un chemin semi balisé qui montrait des traces de passage récent. Alors nous nous engageons tous. Mais quand Kiki emmène la troupe sur des chemins de traverse quand le premier se termine en cul de sac, il nous enfonce encore plus dans les arbres et la broussaille. Suivant une minuscule piste qui semblait n’avoir été empruntée qu’à de rares fois, nous poussons jusqu’au moment où nous tombons sur une paroi rocheuse. Kiki se sent toujours d’attaque pour y aller, mais se rendant compte de la difficulté à un certain point, il ne peut que revenir en s’excusant pour avoir fait faire ce « détour » champêtre. Alors c’est Kikinette qui prend les devants pour couper direct vers le début du chemin. Là, nous nous rendons compte que le sommet que nous voulions atteindre commençait une centaine de mètres plus loin, par des escaliers. Des escaliers que nous prendrons pendant une bonne vingtaine de minutes à travers la forêt, avant d’arriver enfin sur une plateforme nous offrant une vue sur tout l’archipel. Le temps de faire quelques photos de profil pour Kikinette et de faire voler le drone pour Kiki, l’heure tourne pour nous appeler vers une nouvelle table. Nous avons du mal à détacher notre regard de l’horizon et de cette beauté que nous avons devant nous. Mais à un certain point, nos ventres sont toujours décideurs. Alors nous voilà retournant vers le port à une petite heure de marche pour déguster de nouvelles spécialités coréennes qui ne seront pas épicées pour une fois. Tous heureux comme des justes, nous repartons plier nos tentes pour nous en rentrer sur Gunsan. Non pas sans prendre le temps pour Alexandra de se baigner une dernière fois, et pour tout le monde de faire une bonne sieste à l’ombre pour la digestion.

Un bateau, un bus et un peu de marche plus tard, Alexandra et Thomas nous font rentrer dans le Café Imagine. Depuis le début d’après-midi, ils nous avaient mis l’eau à la bouche en nous parlant de cette boulangerie de Gunsan. Et gourmands comme nous sommes, il était impossible pour nous de refuser. Alors nous nous asseyons, pour voir apparaitre (comme par magie) devant nous des tartelettes à l’orange, des gâteaux au chocolat et à la banane, et un cheesecake. La première cuillère en bouche est une explosion de saveurs, comme si nous redécouvrions ces mets que nous n’avions plus goûté depuis six mois maintenant. Un petit bout de paradis pour nous. Surtout que Gunsan a une particularité bien singulière pour la « petite » ville qu’elle est. Elle possède deux boulangeries avec des artisans réalisant nos légendaires baguettes. Des artisans français ou ayant vécu en France venus s’installer ici pour y monter leur commerce. Impossible pour nous de ne pas craquer. Nous repartirons avec l’une des cinq baguettes qui est levée chaque jour. Un petit plaisir pour le lendemain.

 


Data depuis le début 

  • Kilomètres parcourus : 6 718
  • Temps de déplacement : 428h17m43s
  • Altitude : 49 857+ / 47 707-
  • Calories dépensées par personne : 210 734

 

Par | 2017-09-09T11:27:21+00:00 septembre 15th, 2017|Coree du Sud|1 Comment

Un commentaire

  1. Ernandorena Jean Jacques 20 septembre 2017 à 8 h 31 min - Répondre

    Bonjour à tous les deux,

    Que c’est beau !
    Ca doit être sympa de temps en temps de rencontrer des français
    Bon courage
    Jean Jacques

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