Journal de bord – 44

Jour 182 – Gunsan à Jeonju

L’odeur du pain chaud. Ses effluves envoutants vous montant à la tête. Voilà une sensation que nous n’avions plus eu depuis fort longtemps. Alors quand la baguette sur la table se voit proposer avec de la confiture maison ou du Nutella, nous sommes comme des enfants à la déguster avec le plus grand plaisir. C’est dans ces moments là que nous nous rendons compte que nous sommes bien loin de chez nous pour qu’une simple baguette puisse autant nous manquer et nous rendre si heureux de bon matin. L’autre accompagnement qui avait de quoi rendre heureuse Kikinette, c’était le café maison préparé avec les grains par Thomas. Un savant délice qui avait de quoi la changer des dosettes qui nous accompagnent depuis plusieurs mois. Alexandra part la première pour reprendre le chemin de l’école. Non pas que l’école reprenne en Septembre ici comme chez nous. Le cycle allant de Mars à Décembre, avec deux mois de vacances pour les élèves en Janvier et Février. Chez nous, nous préférons envoyer les enfants à la plage, ici à la neige. Il aurait pu être intéressant de choisir pour nous aussi à l’époque. Peut-être que la montagne en aurait appelé plus d’un. Puis c’est à notre tour de dire au-revoir à Thomas après avoir chargé nos vélos pour le laisser entamer sa journée de travail également.

L’immeuble s’éloignant derrière nous, nous reprenons la route tout doucement. Nous devions reprendre initialement le chemin des quatre rivières un peu plus au Sud de Gunsan, pour nous rendre jusqu’à Hadong en bord de littoral, avant de remonter au Nord pour rejoindre Daegu. Nous couperons plein Est. Plusieurs temples sur ce nouvel itinéraire nous séduisaient davantage que simplement avoir une belle route cyclable. Les jours défilant, nous n’avons pas encore vraiment eu le temps de nous poser un instant depuis notre arrivée en Corée du Sud. Alors, nous décidons de nous accorder une journée de « repos » dans la ville de Jeonju se trouvant à une cinquantaine de kilomètres de Gunsan. Quittant toute forme de piste cyclable ultra bien aménagée, nous nous retrouvons sur la route pendant une bonne partie de la matinée. Non pas que les pistes cyclables aient disparu par enchantement, elles sont bien présentes, mais sur les trottoirs, ne rendant pas facile notre avancée dessus avec nos vélos bien chargés. Alors nous préférons la route, où nous nous sentons bien seuls une fois que les villes sont derrière nous. Et partout, les automobilistes coréens incarnent la prudence absolue à notre égard, allant à nous doubler au ralenti ou sur l’autre voie. Quel régal pour les cyclistes que nous sommes de ne pas avoir peur à chaque fois qu’un camion va nous doubler.

Arrivés à Jeonju, nous posons nos bagages dans une petite guesthouse en forme de pagode traditionnelle, tout de bois vêtue, avec son petit jardin intérieur. Notre chambre est traditionnelle aussi, avec simplement des couvertures et des matelas fins pour y dormir dessus. Changement d’affaires, et nous repartons aussi sec explorer les petites ruelles adjacentes. Nous nous trouvons dans le quartier de Hanok, le plus touristique de la ville compte tenu de son architecture ancienne. Des petites maisons avec un toit reconnaissable entre mille. Si certaines sont restées des lieux de vie pour certains habitants, la plupart sont devenus des commerces ou des restaurants. Malgré le choix énorme que nous avions en saveurs culinaires locales, avec des brochettes colorées, des plats de viande ou de poisson, les prix pratiqués nous poussent vers le supermarché pour y déguster nos petits rouleaux de « sushi » à la viande. Nous les rapportons dans notre chambre que nous ne quitterons pas avant le soir venu pour retrouver un restaurant cette fois, et nous y installer confortablement pour y déguster une soupe locale de riz et légumes. Toute l’après-midi, nous préférons nous reposer, mais surtout prendre notre temps pour travailler un peu sur toutes les photos & vidéos que nous avons pu faire depuis presque deux semaines. Un retard qui s’installe progressivement avec les différentes soirées que nous passons avec les hôtes sur la route et avec la fatigue les soirs de camping sauvage. Notre premier hôtel en Corée, nous offre ce luxe de nous reposer pleinement avant de reprendre plein Est.

Jour 183 – Jeonju à Janggye-myeon

Quand nous entendons le petit clapotis de l’eau régulier sur les pavés du jardin, nous comprenons que l’équipement de pluie allait bien nous servir aujourd’hui. Et le temps que nous quittions notre chambre, l’orage n’avait fait que gagner en puissance. Même si nous avons pensé à rester bien au chaud dans la chambre une journée de plus, nous savons pertinemment qu’il est impossible d’avancer uniquement sous un beau soleil. Alors bien protégés, nous partons sous les coups de 10h00 et arrêterons de rouler que plus de quatre heures plus tard, quand la pluie se sera insinuée de partout et que nos vêtements sembleront être sortis d’une baignade matinale. Nous avions initialement repéré un temple à une quarantaine de kilomètres, mais la pluie battante nous donna plus envie de continuer encore une vingtaine plus loin pour nous trouver un abri que partir sur des chemins de traverse. Et dans ces conditions climatiques, la tente restera une journée de plus dans les sacoches pour la préférer à la chaleur d’une bonne chambre.

Les rares personnes que nous croisons sur la route doivent nous prendre pour des fous. Ici, si le soleil semble être un ennemi mortel pour la plupart des coréens, la pluie est un autre adversaire de taille qui les pousse à rester chez eux. Nous avons bien eu cet homme qui s’est arrêté sous un pont en plein milieu de la route pour nous proposer de nous emmener quelque part, en répétant qu’il était cycliste et trouvait vraiment courageux ce que nous faisions. Mais hélas, nos vélos ne pouvant rentrer dans sa voiture, nous le remercions avant de reprendre tranquillement. Plus loin, alors que nous prenons une pause sous un bâtiment semblant abandonné, un homme en sortira en tenue de travail, pour discuter avec nous un instant, avant de repartir à l’intérieur nous chercher une bouteille d’eau. Nous remplirons nos gourdes avec, mais la pluie ne nous faisant pas vraiment consommer d’eau, nous lui rendons celle-ci presque pleine. La gentillesse et les attentions des coréens nous étonne de jour en jour, tout autant qu’elles nous ravissent.

Quand enfin nous arrivons dans ce qui semble être une petite ville, notre GPS nous indique trois motels. Nous en faisons deux, mais l’un ne voulant pas rentrer nos vélos à l’intérieur, nous choisissons l’autre pour qu’ils ne dorment pas sous la pluie. Là, nous avons une belle chambre, un grand lit, une grande salle de bain, et tout le nécessaire utile (dont une fontaine à eau). La propriétaire nous met même à disposition sa machine à laver pour que nous puissions y mettre nos affaires. Que pouvons-nous demander de plus. Sûrement de ne pas nous être retrouvé dans ce qui semble être un Love Motel. Nous en rigolons bien. Depuis l’Italie que cela ne nous était pas arrivés de nous retrouver dans ce type d’établissement. Mais son confort nous permet de passer une nouvelle fin de journée à nous reposer. Cette fois-ci, un repos « plus ou moins forcé » par la météo qui nous empêchait d’aller plus loin. Nous déambulerons rapidement dans la ville à la nuit tombée pour nous trouver un restaurant. Une nouvelle fois, c’est le barbecue coréen qui fait l’unanimité, surtout quand tous les autres sont fermés, pour conclure notre journée pluvieuse.

Jour 184 – Janggye-myeon à Gayasan National Park

Les jours se suivent et se ressemblent. Une pluie fine nous accompagne de nouveau pendant un bon moment. Et comme depuis que nous avons quitté la piste cyclable, la route n’est plus aussi plate, les côtes se rappellent à nous. Rien de bien terrifiant puisqu’ici les montées n’excèdent pas les 5 à 6% sur plusieurs kilomètres. Des montées lentes et graduelles sur du bel asphalte. Tout ce qu’il faut pour réveiller nos jambes à intervalle régulier et les pousser un peu. A trop faire de plat, nous aurions tendance à oublier que le plus amusant demeure la montagne en vélo. Alors, à peine sortis de la ville, nous attaquons une première côte pendant une heure, puis deux autres petites, pour terminer la journée par la plus grosse de toute nous menant au cœur même du Parc National de Gayasan. En Corée du Sud, nous nous amusons souvent avec les panneaux de signalisation. Les coréens semblent adorer être précis et informatifs au plus haut point, tant et si bien que pour les côtes, nous pouvons y voir des 7,4% ou des 8,2% assez régulièrement. Nous nous sentons bien plus rassurés de savoir que notre ascension sera 0,4% plus dure que ce que nous pensions avant ! Et partout où nous regardons, les informations sont légions. Au sol, nous y trouvons tous les kilomètres quelque chose d’écrit. Les panneaux eux aussi annoncent un nombre d’éléments assez important. Dommage pour nous que tout soit écrit en coréen, sinon nous sommes sûrs que nous pourrions être encore mieux informé.

Quand nous passons un nouveau col pour redescendre sur une ville de taille moyenne en plein milieu d’une vallée, nos ventres sonnent l’heure du repas. Le supermarché nous appelait, mais en passant devant une enseigne proposant des burgers bien appétissant à petits prix, nous avons simplement à nous regarder pour poser nos vélos devant la vitrine et y entrer. Nous voilà chez Popeye. La première fois que nous en entendons parler, pourtant ils semblent être implantés mondialement. Une bonne nouvelle pour nous, car après dégustation, nous avons été agréablement surpris par sa qualité et surtout par ses frites délicieuses. Une pause dans la journée pour recharger les batteries, regarder brièvement les nouvelles sur Internet et avoir quelques nouvelles. En France, tous nos proches semblent s’inquiéter de la situation avec la Corée du Nord, se demandant si c’est une bonne idée pour nous de continuer notre route ici, si la situation n’est pas trop dangereuse, si il n’y a pas de panique dans le pays… Et comme à chaque fois que nous traversons un pays où nos médias enjolivent et dramatisent tout, comme ce fut le cas avec la Turquie, en Corée, tout est calme. Personne ne semble vraiment considérer le Nord comme une menace imminente pour le pays. La folie du Président américain semble plus préoccupante sur un autre plan, le Nord restant la Corée du Nord, voulant se doter d’une puissance militaire dissuasive (pour assurer sa paix ou annihiler le monde, à vous de voir votre verre). Nous essayons de les rassurer comme à chaque fois, mais nous savons bien que nos quelques mots n’empêcheront pas l’effet de peur créé par les médias d’agir plus fortement sur eux.

Alors nous reprenons la route, en espérant simplement qu’un jour la peur de l’autre, la peur du quotidien, la peur de l’aventure, s’envoleront complètement et que nos proches pourront voir différemment notre voyage sans avoir cette peur en eux. Nous les comprenons, et nous comprenons comme il doit être difficile de nous voir si loin dans des pays où les risques (« réels ») existent. Nous mettons de côté rapidement nos amis du Nord, pour nous concentrer sur notre dernière ascension. Un peu plus de 9km s’annoncent devant nous, et la pluie a repris de plus belle pour nous souhaiter la bienvenue dans son Parc National. Quand nous passons une sorte de péage et payons la « taxe » d’entrée, les femmes derrière les guichets nous regardent avec des gros yeux. Elles n’ont pas dû voir de cyclotouristes s’aventurer jusqu’ici depuis bien longtemps et pas par ce temps. Le temps de recevoir des encouragements de leur part, nous continuons encore trois kilomètres avant de tomber sur une micro ville, quelques bâtiments, la plupart des restaurants ou des hôtels, et une gare routière. Nous ne ferons pas le tour pour essayer de comparer les prix, le premier motel se présentant devant nous, sera notre toit pour la nuit. Et comme la veille, nous tombons sur des chambres très spacieuse, avec cette fois le luxe d’avoir une baignoire. Le ventilateur tournera à plein régime pendant plusieurs heures pour faire sécher nos affaires trempées, tandis que Kiki reprendra l’une de ses activités favorites, cuisiner au réchaud dans la salle de bain. La conclusion d’une longue journée pluvieuse.

 

 


Data depuis le début 

  • Kilomètres parcourus : 6 917,37
  • Temps de déplacement : 440h45m50s
  • Altitude : 51 933+ / 49 495-
  • Calories dépensées par personne : 216 948

 

Par | 2017-09-09T12:34:58+00:00 septembre 17th, 2017|Coree du Sud|1 Comment

Un commentaire

  1. Ernandorena Jean Jacques 20 septembre 2017 à 8 h 41 min - Répondre

    Bonjour à tous les 2,

    Belles ascensions et sous la pluie !
    bon courage
    Jean Jacques

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