Journal de bord – 45

Jour 185 – Gayasan National Park

Pour fêter nos six mois sur les routes, nous prenons notre journée pour visiter le Parc National de Gayasan. Les vélos et les affaires resteront dans le hall de notre motel pendant que nous profitons de la nature et des forêts. Nous commençons la journée en douceur, presque vers les 11h00, avec une rapide visite d’un musée sur le Bouddhisme. Un musée où nous devons enlever nos chaussures et les échanger par des claquettes pour y rentrer. Nous voilà donc avec nos chaussettes dans les claquettes, une infamie vestimentaire que nous osons enfin. Le musée n’étant pas très grand, nous passons de salle en salle pour apprécier ici quelques peintures, là quelques statues de Bouddha, ici encore quelques ustensiles pour les rites sacrés, là encore des portraits des grands maîtres. Tous assis en tailleur sur leur énorme chaise, imposant un certain respect. Les tableaux nous intriguent un minimum, car sur une même œuvre, différents styles semblent se mélanger quand on y regarde de plus près, surtout au niveau des visages, comme si certains avaient été bâclés et d’autres avaient requis toute l’attention du peintre. Puis il y a cette énorme cloche datant du 4ème siècle, saisissante de réalisme au niveau des dessins qui ont été apposé et par le magnifique dragon qui trône à son sommet. L’art chinois de l’époque a de quoi nous laisser rêveur. Mais c’est très certainement la reproduction du complexe bouddhiste en LEGO qui nous a fait retomber en enfance. Pour changer des traditionnelles maquettes, le musée lui a préféré les petites briques pour ne pas trop nous gâcher la surprise.

La surprise était un immense complexe que nous passons par la grande porte principale. Derrière des œuvres d’art architectural nous attendait. Haeinsa est l’un des plus grands complexes Bouddhiste de Corée du Sud, et nous comprenons bien pourquoi. Loin d’être un simple temple isolé, toute la montagne regorge d’une multitude de temples, d’autels et de sépultures. Ces dernières sont imposantes. D’énormes tortues (ou ce que nous pensons être des tortues, désolé pour les bouddhistes si nous avons tort) portent sur leur carapace une stèle encore plus haute où nous pouvons y lire des inscriptions. Seuls les moines très importants de l’ordre ont pu se voir « remettre » une telle offrande pour la suite de leur vie. Pour leur vie terrestre, ils avaient un complexe principal ressemblant aux palais coréens. Plusieurs bâtiments font office de temples dédiés à telle ou telle idole, le tout entouré de bâtiments pour la vie quotidienne. Le seul bâtiment se détachant complètement du paysage, et se trouvant le plus à l’arrière possible est aussi l’un des plus vieux. Celui qui abrite une des plus vieilles collections de tablettes bouddhistes. Nous pouvons simplement les contempler depuis l’extérieur, à travers les petites ouvertures dans les murs. Des centaines et des centaines de tablettes qui s’alignent parfaitement sur les rayons des étagères. Nous terminons notre tour par certains l’un des temples principaux où des personnes sont venus prier. Des Bouddhas en or s’élèvent au milieu de la pièce. Les peintures des murs avec ce mix de bleu et de vert nous fascinent toujours. Puis, au-dessus de l’entrée, des loupiotes sont accrochées au plafond, et de certains des textes pendent par un fil avec chacune des numéros différents. Nous y restons plusieurs minutes à admirer la pièce avant de repasser la porte principale.

Nous tournons alors sur la droite pour continuer notre route. Un petit panneau indique un sommet à un peu plus de 4km. Voilà de quoi bien conclure notre journée dans le Parc National nous disons-nous. Il nous faudra une bonne heure et demi pour arriver presque au sommet, abandonnant juste avant quand il nous fut possible de trouver un spot imprenable sur toute la vallée. Nous pensions être partis pour une petite balade du dimanche, il s’avérait que l’ascension était bien plus coriace que prévue, et que les kilomètres ne s’avalaient pas aussi facilement que prévu. Il faut dire que nous avions un énorme dénivelé (presque 750m) pour arriver jusqu’au sommet Sangwangbong à 1430m. Et que les marches plutôt nombreuses sur tout le chemin avaient de quoi casser notre rythme. Mais une fois en haut (ou presque), posés sur nos rochers, la vue était imprenable sur toute la chaine montagneuse. Un fin voile brumeux couvrait en partie les montagnes nous entourant, pour donner un côté mystique. Le plein d’images en tête et dans l’appareil, nous redescendons. Ou plutôt Kiki cours et Kikinette tente de le suivre. Une fois en bas, il est l’heure du goûter normalement. Mais nous décidons plutôt d’aller faire notre premier repas de la journée. Sur les conseils du propriétaire de notre motel, nos ventres furent rassasiés et bien content de la bonne adresse. Nous pouvions enfin récupérer nos vélos pour partir nous installer quelques kilomètres plus bas et y passer la nuit confortablement.

Jour 186 – Gayasan National Park à Eobangni

Une journée bien calme sur les routes de la Corée. Nous quitterons notre pagode privative avec son canapé et ventilateur, pour en retrouver une plus grande encore en fin de journée dans un petit village sur une place à côté de ce qui semblait être un ancien poste de police. La route défila sous nos yeux, tant et si bien que nous dépassons notre objectif premier qu’était Daegu. Mais faute d’avoir pu trouver un hôte dans la ville, nous la traversons. Péniblement. Comme toutes les grandes villes, Daegu ne fait pas exception aux feux multicolores à répétition. Tous les cent mètres, nous en trouvons un, et tous les trois ou quatre, nous ne sommes pas assez rapides pour tous les dépasser d’une traite comme en voiture. Alors nous posons pied à terre, attendons une éternité que tout le monde passe de chaque côté, puis enfin le vert s’annonce à nous. Et ici en Corée du Sud, il faut parfois faire attention, car un feu vert ne signifie pas toujours que vous puissiez tourner à gauche par exemple. Il faudra attendre la flèche verte pour y aller. Pour la droite, il n’y a aucun problème, nous pouvons tourner dans ce sens et griller les feux rouges avec la meilleure des politeses. Daegu derrière nous, il nous faudra un long moment avant de trouver notre enclave pour la nuit. Nous en trouverons bien un, mais en demandant à une personne du voisinage si cela était possible, elle semble nous répondre par la négative. Bien la première fois en Corée. Alors il nous faudra une grosse heure supplémentaire pour trouver notre ancien poste de police et en faire notre camp pour la nuit.

Jour 187 – Eobangni à Jinhyeondong

Notre pagode du soir nettoyée de toute nos affaires, nous partons dans un brouillard matinal vers notre prochaine destination. Le Parc National de Gyeongju qui ne se trouvait plus très loin maintenant. En chemin, nous traversons la ville du même nom, Gyeongju, la plus importante de cette région et aussi l’une des plus connues pour ses nombreuses tombes royales qui sont présentes un peu partout dans la ville. Pour les apercevoir, ce n’est pas très difficile, il suffit de regarder de chaque côté de la route principale pour que nous puissions voir d’énorme talus de terre recouverts d’herbe pour savoir qu’une tombe se trouve là. Et le spectacle est assez impressionnant. La ville semble s’être construite autour de ses « petites collines » en leur créant des parcs autour pour les préserver. Nous ne nous y arrêtons pas, car mise à part un panneau explicatif juste devant la « tombe » pour nous présenter le roi enterré là, il n’y a rien d’autre à voir.

Au début de la journée, alors que nous devions démarrer par une belle ascension, un groupe de cyclistes commence à nous doubler. Kiki décide alors de les suivre dans sa quête d’efforts « virils ». Quand il arrive en haut en même temps que tout le groupe, l’un d’eux lui demande si son vélo était électrique. Cela aurait été plus facile pour expliquer la situation. Mais après lui avoir répondu par la négative, nous discutons tous ensemble pour leur expliquer brièvement notre parcours. Nos nouveaux amis de passage semblent impressionnés, surtout quand ils soupèsent nos vélos (les coréens adorent le faire). Alors l’un d’eux ouvre son sac pour nous offrir un paquet de gâteaux et une boite de chocolats. Son sac était une caverne d’Alibaba pour Kiki, un comme il aimerait avoir tous les jours sur la route pour pouvoir manger toutes les sucreries du monde. Nous roulons un instant avec eux, avant que nous nous séparions à un croisement.

Quand nous arrivons enfin à la dernière ville avant la montagne, Jinhyeondong, nous décidons de nous trouver un hôtel pour la nuit afin d’y laisser nos affaires le lendemain quand nous irions marcher. Nous voilà à faire le tour d’une ville fantôme. Nous entrons dans des bâtiments qui semblent ouverts pour n’y trouver personne à l’intérieur. Un, deux, trois comme ça. Puis sur une grande route, plusieurs motels. Les prix nous en éloigneront aussi sec. Et enfin nous trouverons notre perle rare. Le prix nous convient et les propriétaires parlant anglais sont forts sympathiques. Nous partons pour une première chambre, toute petite avec des futons, quand la dame nous redescend d’un coup dans une autre. Nous ne comprenons pas pourquoi, mais quand nous voyons la suite spacieuse qu’elle nous propose pour le même prix, nous ne refusons pas. Une cuisine aménagée, une grande chambre avec un salon, un ordinateur et une imprimante à disposition, le grand luxe pour nous. Nous nous y installons pour le reste de la journée, cuisinant ici un peu, travaillant la plus grande partie du temps, pour cuisiner de nouveau, avant de terminer notre journée par un petit film. Il faut savoir s’accorder du bon temps.

Jour 188 – Jinhyeondong à Jinhari

Pour bien commencer la journée, nous attaquons avec un petit-déjeuner traditionnel coréen. Notre premier depuis que nous avons posé pieds dans ce pays. Il s’était fait attendre. Il était bien délicieux. Ce petit-déjeuner demeure un peu dans la tradition asiatique du genre, en nous proposant du riz pour commencer la journée. Avec cela, une dizaine de petits plats accompagneront ce riz, que cela soit de la viande, des légumes, du poisson, ou encore des saucisses. Un mélange bien complet pour nous donner les forces pour notre randonnée du jour.

Le sac à dos harnaché, avec de l’eau cette fois, nous partons de l’hôtel avec un chemin d’une douzaine de kilomètres sur le papier. Comme la plupart du temps, nous utilisons notre application Maps.me pour préparer nos visites ou trouver toute sorte de commodité. Ce dernier nous indique une grotte d’un côté puis un temple avec son Bouddha un peu plus loin. Nous voilà alors à marcher pendant une bonne heure en plein soleil sur le bord de la route, sans jamais croiser un seul autre randonneur. Par contre les voitures elles, défilent bien. Nous trouvons tout cela bizarre, mais nous continuons nous disant que les coréens préféraient surement prendre leur véhicule pour s’y rendre. Ce n’est qu’à un croisement qu’un homme faisant la circulation nous interpelle. Il ne parle pas un mot d’anglais, mais nous lui demandons si la grotte se trouve bien ici. Il nous répond par la négative, pointant du doigt la route qui continue de monter, puis nous arrête une voiture pour qu’elle nous emmène quelque part. Nous comprenons alors qu’il n’y avait pas deux sites différents, mais un seul qui se trouvait au sommet de cette route. Heureusement pour nous et à la gentillesse d’un couple venant de Séoul, nous pourrons terminer les derniers kilomètres confortablement installés. Quand nous arrivons à destination, une carte du secteur est placardée, avec les chemins balisés. Il y en avait bien un, de 2,2km, contre les 5 que nous avons fait, qui rejoignait notre hôtel au temple. Et sur ce chemin, de nombreuses personnes en arrivent. Quand la technologie nous fait défaut, nous avons les jambes pour compenser…

Nous suivons alors le flot de touristes locaux sur un petit sentier, en passant d’abord par la caisse. Un prix bien élevé pour n’avoir accès qu’à une minuscule cavité avec son Bouddha à l’intérieur caché derrière une vitre avec l’impossibilité de l’immortaliser. Nous ne sommes pas déçus de la visite, qui nous a tout bonnement ébloui par la précision des sculptures dans la roche, par l’imposant Bouddha et par l’aura qui se dégageait de ce lieu sacré. Juste du prix. Nous payons la même chose une heure plus tard pour visiter le complexe de Bulguksa, avec sa multitude de pagodes aux couleurs multiples et ses fleurs de lotus en papier accrochés un peu partout dans les allées. La foule sera au rendez-vous ce dimanche pour se rendre dans les temples pour prier et faire des offrandes.

Un repas plus tard et le temps de remonter nos vélos, nous décidons de reprendre vers le Sud pour nous avancer un peu. Une forte pluie s’annonçant pour le lendemain, nous préférons rouler pour nous rapprocher de Busan où nous arriverons avec un jour d’avance. Nous quittons avec « regrets » cette magnifique suite, et juste au moment de partir, l’une des responsables vient nous apporter des bananes pour nous donner des forces. La veille, cette même personne nous avait déjà offert des pommes. Nous voilà heureux de pouvoir améliorer notre ratio de fruits de notre séjour en Corée grâce à elle, car leur prix nous pousse plus à manger des fruits et légumes uniquement au restaurant, jamais en dehors. Quand après presque trois heures de vélo nous trouvons enfin un emplacement pour poser la tente et être à l’abri, une vieille dame s’approche pour parler avec nous. Nous ne comprenons pas tout de suite ce qu’elle essaye de nous dire, mais quand cette dernière nous mime l’action d’aller aux toilettes, nous contenons nos sourires pour la remercier de nous donner cette information. Une scène assez mémorable pour en rigoler un peu avant de nous endormir, attendant de voir ce que la nuit nous réserve.

Jour 189 – Jinhari à Busan

Si la majeure partie de la nuit fut paisible, la tempête débuta vers 6h00. Et pendant plus de trois heures, elle ne s’arrêta pas. Nous dans notre tente, à « l’abri » d’une grande partie des trombes d’eau qui se déversaient sur la ville sans ménagement. Le vent était aussi de la partie, poussant la tente dans tous les sens, mais celle-ci résistant plutôt bien grâce au poids que nous représentions à l’intérieur. Nous jetons un coup d’œil à l’extérieur. Il nous est difficile de voir l’intersection qui se trouve à une vingtaine de mètres. Nous discernons simplement les feux de signalisation qui clignotent comme dans un vieux film. Pendant un bon moment, nous pensons à rester à l’intérieur de la tente pour attendre une accalmie avant de rejoindre un hôtel non loin. Mais vers 9h00, la pluie s’arrête pratiquement. Alors nous plions rapidement bagages et décidons (bêtement) de prendre la route vers Busan. Nous pensions que le plus gros était derrière nous. Il l’a été. Pendant trente minutes. Puis d’un coup, toute la colère du ciel semblait s’abattre sur nous sans jamais s’arrêter. Kiki rigole et sifflote. Kikinette elle n’est pas aussi joviale par la perspective de devoir rouler encore une vingtaine de kilomètres sous ces pluies torrentielles. Mais maintenant que nous avons commencé, mouillé pour mouillé, nous n’avions plus qu’à aller au bout et nous trouver un endroit au chaud pour passer l’après-midi.

Nous ne savons pas à quoi pouvaient penser les gens que nous croisions sur la route, aussi bien ceux dans leurs véhicules que ceux attendant sous les arrêts de bus. Etait-ce normal pour eux ? Etions-nous des fous ? Nous penchons plus pour la deuxième option quand leurs gros yeux les trahissaient. Mais qu’importe, si nous devions rouler uniquement les jours de soleil, nous n’aurions pas passé la Mer Caspienne ! Ce n’est que sur les coups de midi, quand nous arrivons presque à Busan, que la pluie cesse complètement. A quelques heures près, nous aurions pu éviter une bonne douche. Nous avalons rapidement quelques roulés de viande façon sushi, avant de nous réfugier dans un Starbucks juste à côté. Nous voilà à squatter un coin de l’enseigne pendant plusieurs heures, oscillant entre avoir froid à cause de la climatisation mise à fond, et avoir chaud quand nous nous brûlons avec nos boissons. Nous n’en partirons que pour retrouver notre hôte habitant quelques kilomètres plus loin pour être cette fois bien au chaud, avec des affaires sèches.

Là, en cherchant la maison de notre hôte, nous entendons une langue familière. Derrière la porte, un cycliste en train de nettoyer son vélo. Nous sommes au bon endroit. Christopher nous invite à entrer pour nous réchauffer et déposer nos affaires dans son salon. Ce dernier nous servira de chambre pour les jours à venir. Lui est professeur à l’université de Busan, mi belge, mi américain, passionné de sport. Outre le vélo et la randonnée qu’il pratique presque quotidiennement à Busan, il a le pied marin, s’embarquant régulièrement dans des régates un peu partout dans le pays. Une chose en amenant une autre, Kikinette s’étant enfin décidée à se faire opérer des yeux ici, Christopher nous donne une adresse où il s’est fait opérer quelques années auparavant. Nous partons aussi sec voir la clinique qui se trouve à quelques minutes de chez lui… Pour faire chou blanc. Il est bien possible de se faire opérer, mais à la question « combien de temps restez-vous en Corée », la réponse « quelques jours encore » ne leur a pas convenu. La clinique préférant que nous restions deux mois pour faire tous les check-up réguliers. Pas grave, nous tenterons notre chance le lendemain dans une autre clinique que Daniel nous avait conseillé à Séoul. Pour l’heure, nous profitons de la cuisine pour nous faire un repas simple avant de terminer notre journée pluvieuse.

 


Data depuis le début 

  • Kilomètres parcourus : 7 156,45
  • Temps de déplacement : 453h51m28s
  • Altitude : 53 421+ / 51 277-
  • Calories dépensées par personne : 223 396

 

Par | 2017-09-17T14:23:14+00:00 septembre 19th, 2017|Coree du Sud|1 Comment

Un commentaire

  1. Ernandorena Jean Jacques 20 septembre 2017 à 8 h 53 min - Répondre

    Bonjour à tous les 2,

    6 mois. ça s’arrose !!!
    Quel beau périple jusque là
    et ce n’est pas fini !!!
    Bon courage
    jean jacques

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