Journal de bord – 046

 

Jour 190 / 191 / 192 / 193 / 194 / 195 / 196 – Busan

Initialement, nous ne devions rester que deux jours sur Busan. Le temps pour nous de nous reposer et de trouver un ferry pour le Japon. Nous y resterons une semaine pour que Kikinette puisse se remettre totalement de son opération des yeux. C’est sous la pluie battante que nous y entrons par la route, c’est sous un grand soleil que nous en partons par le port. Ces jours supplémentaires, nous les passerons avec un autre couple de cyclistes que Christopher accueille aussi. Cornélia et Patrick, la quarantaine, de la Suisse allemande mais parlant français, sont sur les routes depuis presque quinze mois maintenant. Juste après leur rencontre il y a trois ans, tous deux ont planifié ce tour du monde sans date de retour, avant de prendre le large. Avec eux, et avec Christopher, nous profiterons de nos derniers instants dans ce paradis pour cycliste qu’a été la Corée du Sud, avant de continuer notre tour du monde.

Mardi matin, le soleil est déjà bien haut, Christopher est parti depuis bien longtemps en vélo à l’université pour travailler. Le temps de déjeuner et de nous préparer, nous sautons dans le premier bus qui se dirige de l’autre côté de Busan. Presque une heure plus tard, grâce aux bouchons et aux innombrables feux qui jalonnent la ville, nous arrivons enfin à destination. Nous cherchons dans une première rue la clinique pour Kikinette, mais non, impossible de la trouver. En regardant de plus près, le plan qu’elle avait téléchargé depuis leur site devait se lire dans l’autre sens. Parfait, nous voilà dans une rue perpendiculaire, à descendre un moment avant de tomber dessus. Tout le quartier n’est qu’un énorme hôpital. Partout des cliniques privées qui proposent toutes les opérations possibles. Le choix est vaste, et nous comprenons mieux pourquoi les prix sont si attractifs dans ce pays. Nous comprenons aussi en voyant les locaux pourquoi les coréens sont à la pointe dans de nombreux domaines. Une chance pour nous, de quoi nous rassurer quant à l’opération que Kikinette souhaite entreprendre. Un ascenseur plus loin, nous voilà en compagnie d’une coréenne parlant parfaitement bien anglais. Elle sera notre guide pendant toute la journée, nous expliquant tout le processus et servant surtout d’interprète à certains moments. Mais cela n’était pas tellement nécessaire, vu que la plupart des chirurgiens présents parlaient très bien anglais eux aussi. Nous voilà donc à nous faire offrir café et smoothie, à nous faire détailler une brochure, puis à nous présenter les trois possibilités d’opération pour faire notre choix en toute connaissance de cause.

Un marketing bien ficelé quand il s’agit de touristes comme nous sommes. La première technique a de quoi faire peur quand elle l’explique. Le chirurgien vous enlève le dessus de l’œil, puis gratte, pour enfin passer le laser dessus pour corriger la vue. Le prix est de 500€ pour les deux yeux, mais Kikinette devrait porter un bandage sur les yeux, avoir très mal pendant l’opération, et ne pourra vraiment faire du sport que dans un à trois mois. Impensable. La deuxième technique elle propose de couper seulement une moitié du dessus de l’œil pour le soulever, gratter et passer le laser. Le prix est multiplié par deux, mais la douleur est moindre, et au bout d’un mois il est possible de voir parfaitement. Impensable aussi. Notre guide le sait bien, et c’est amusant de voir comment elle en arrive au produit « parfait », SMILE, pour être LA solution pour Kikinette. Le prix double à nouveau, mais reste toujours divisé par deux par rapport à la France (par quatre selon nos amis Suisse chez eux), mais en plus d’être une opération presque sans douleur (le laser agissant directement pour corriger l’œil), Kikinette est assurée de retrouver 80% de sa vision presque après l’opération ou après quelques heures, et au bout d’une semaine (sans sport), elle pourra reprendre une vie normale. Parfait. Eux comme nous savons que la dernière option est la plus avantageuse pour les touristes de passage que nous sommes. Alors nous signons, et demandons quand nous pouvons faire l’opération. Notre guide regarde l’agenda, puis se tourne vers nous pour nous dire « A 14h, c’est bon pour vous ? ». C’est-à-dire trois heures plus tard. Parfait encore pour nous.

Et voilà que Kikinette est emmené pendant une heure pour faire une batterie de tests sur des machines plus neuves les unes que les autres. La moitié des machines nous sont inconnues, mais ici, cela semble une procédure normale pré-opération pour vérifier que tout est conforme et surtout vérifier la correction a opérer. Kiki lui profite de ce temps pour filmer Kikinette dans toutes les positions. La tête sur telle machine, avec des énormes lunettes à essayer de déchiffrer des nombres minuscules sur un écran, ou encore avec des bandes dans les yeux. Après un dernier passage auprès du chirurgien censé opérer Kikinette, nous avons le droit à une pause déjeuner avant de revenir. Le temps d’engloutir quelques gimbaps, nous remontons à l’heure. Là, notre guide nous annonce que nous allons devoir patienter une heure environ. Un changement de « dernière minute » concernant la personne qui allait faire l’opération. Exit le chirurgien X, bonjour le responsable en chef de la clinique pour la réaliser. C’était presque évident, une machine marketing bien huilé. Il est presque impensable qu’un touriste n’ait pas le droit au top du top, la réputation de la clinique étant en jeu, surtout si un problème devait survenir. Alors nous patientons. Kiki commence à penser à toutes les possibilités pour filmer l’opération, mais ces espoirs sont vites douchés quand seule Kikinette peut entrer dans la salle. Voilà Kiki a patienter à l’extérieur pendant un quart d’heure, tandis que Kikinette est entièrement préparée avec la blouse pour ensuite se faire opérer. Tout se passa sans encombre, sans de réelles douleurs, les chirurgiens prenant même une photo avec Kikinette après l’opération. Voilà, c’était terminé, nous pouvions repartir chez notre hôte en bus, Kikinette devant se reposer au maximum.

Kiki en profitera pour se mettre derrière les fourneaux. Une cuisine bien équipée donne toujours envie de l’utiliser, surtout quand nous n’avons que très rarement l’occasion de nous faire nous-même des petits plats. Les casseroles crépiteront gentiment tandis que les légumes doreront. Le four cristallisera le tout pour parfaire le crumble. Quand la table est enfin dressée, que l’apéro a été servi et consommé, nous voilà tous les cinq, puis six avec une amie de Christopher, à profiter comme il se doit de la soirée, parlant un peu français, un peu anglais, un peu allemand. Notre hôte nous réservera même une énorme surprise, pour nous autres cyclistes qui n’avons pas vu certains mets depuis bien longtemps. Plusieurs fromages apparaitront sur la table, accompagné de pain, avant que des chocolats belges ne viennent s’ajouter à ce bonheur culinaire pour conclure le repas. Et c’est ainsi que commença notre longue semaine à alterner les cuistots, les bons petits plats, et les longues soirées tous ensemble. Cela nous fait repenser au temps à Douchanbé chez Véro, et nous fait dire qu’il est tellement agréable d’être avec d’autres cyclistes comme ça, à discuter de nos aventures, de ce qui nous a poussé à y aller, de nos rêves aussi.

Mercredi après-midi, une fois que Christopher est rentré de l’université, les trois hommes partent ensemble pour plusieurs heures à l’assaut de l’un des sommets proches. Kikinette préférant encore reposer sa vue et Cornélia souhaitant tout simplement se relaxer. Les voilà tous les trois à monter les « marches naturelles » créées pour le sentier, couper complètement du bruit de la ville qui se trouve juste en dessous. Rares sont les coréens à se balader ici en semaine, mais le week-end, les choses doivent être bien différentes et plus colorées. Nous ne croiserons que des jeunes recrues en service militaire qui s’entrainent dans cette montagne, avec un parcours du combattant amélioré. Les seuls sons qui pouvaient « déranger » cette immense forêt. A son sommet, une base militaire. Alors nous nous arrêtons sur une plateforme pour admirer la vue superbe qui s’offre à nous. Toute la baie de Busan avec ses grands immeubles et une partie de son port à l’horizon. La majeure partie du plus grand port de Corée étant caché par la montagne, nous n’en apercevrons que les grues avec l’aide de Christopher pour nous les signaler. De là transite un nombre impressionnant de bateaux qui va charger ses cargaisons pour exporter majoritairement à l’international. Kiki lui regarde de l’autre côté, celui où les ferrys partent, avec le Japon en face. Par temps clair, il est parfois possible d’admirer une ile japonaise, mais Kiki se contentera de l’imaginer avant de voguer vers elle quelques jours plus tard.

Jeudi tout est permis ou presque. L’un des plus grands marchés aux poissons au monde nous attendait au cœur même de Busan. Kikinette rêvait de cet endroit depuis que Daniel nous en avait parlé à Séoul. Un lieu où elle pourrait choisir son poisson vivant avant de se le faire préparer par un chef. L’idée a tout d’alléchant. Alors nous nous y rendons pour découvrir sur une allée d’un bon kilomètre des stands de part et d’autre. Sur chaque étal, des poissons comme nous n’en avions jamais autant vu. Toutes les espèces pouvaient s’y retrouver. Des crabes à côté des poulpes et des raies, eux-mêmes côtoyant de petites sardines et d’autres poissons au nom inconnu. Un paradis pour l’amoureux de la cuisine marine. Nous entrons alors dans le bâtiment principal, où sur trois étages nous aurons le choix entre poissons frais dans leurs aquariums ou poissons séchés. Kikinette préféra rester au premier, pour choisir ses poissons préparés devant elle. Kiki lui ne se risqua pas pour cette fois, même si il se dit qu’il essayera au Japon. Un régal des papilles selon Kikinette après s’être vue servie un mix. Elle aurait pu y rester des heures jusqu’à attendre le prochain repas pour consommer d’autres plats, mais nous étions attendu à l’autre bout de la ville.

Avec Cornélia et Patrick, nous prenons la direction du stade. Le soir même, les Lotte Giants de Busan affrontent les Kia Tigers de Gwangju. Une première pour nous. Jamais nous n’avions assisté à un match de baseball, alors nous nous laissons séduire par l’idée. Le match commence à 18h30, bien tôt nous disons-nous. Mais nous comprenons bien vite qu’il est normal de le mettre à cet horaire quand un match dure généralement entre 3 et 5h. Dans le stade, tout le monde rentre avec tout ce qu’il veut ou presque. La fouille est minimale et rien ne semble « interdit ». Les coréens se font livrer des pizzas juste devant le stade, des stands sont là pour proposer des sacs remplis de nourritures, et à l’intérieur se trouve même un supermarché pour faire les provisions supplémentaires. Nous nous laisserons tenter par les sacs pour ne pas nous retrouver sans nourriture et grignoter en attendant le début du match. Nous nous attendions à une présentation des équipes et des joueurs en grande pompe, mais rien de cela, tout le monde s’installant à son poste, et le premier lanceur s’avançant. Ce soir-là, tous les joueurs des Lotte Giants portaient le numéro 11, en mémoire d’un des meilleurs joueurs de Corée du Sud mort il y a plusieurs années. Sa femme lancera même la première balle. Surement le moment le plus passionnant du match, si l’on enlève l’hymne national et le « spectacle » son et lumière à la « mi-temps » (si nous pouvons l’appeler ainsi). Si le match avait bien commencé avec beaucoup de points marqués, cela sera bien le seul jeu où nous avons pu en voir. Pendant plus de deux heures ensuite, nous regarderons les lanceurs éliminer successivement tous les batteurs ou presque. Certains réussissant à aller jusqu’à la première base, mais guère plus. Peu de tension, peu de prise de risque, le baseball n’est vraiment pas un sport pour nous au final. Heureusement, la tribune en face de nous, avec les supporters locaux mettait de l’ambiance assez régulièrement. Quatre cheerleaders étaient sur un podium pour faire chanter les spectateurs et leur remonter le moral face à la défaite cuisante de leur équipe. Et comme nous étions en Corée du Sud, il fallait bien entendu des entractes. Quand il ne s’agissait pas de deux minutes de publicités, nous avions le droit à des caméras sur le public, une fois pour voir qui dansait le mieux, une fois pour voir le couple qui s’embrassait le mieux. Des petites animations qui avaient de quoi nous occuper à défaut d’avoir un match intéressant.

La fin de semaine sera dédiée au repos, à la préparation et nettoyage des vélos, mais aussi à refaire nos sacs pour enlever quelques kilos superflus. Ces derniers prendront la direction de la France par colis. Un moyen très économique en Corée du Sud. Alors pourquoi s’en priver. Entre les repas tous ensemble et les quelques sorties pour aller voir les plages de Busan, nous profitons du dimanche pour visiter le plus grand mall du pays, le Shinsegae. Sur sept étages, nous nous retrouvons à l’intérieur d’un gigantesque complexe ressemblant aux Galeries Lafayette en France, avec toute sorte de grandes marques. Nous zappons ce côté bling bling pour nous concentrer sur deux étages uniquement. Le sous-sol premièrement où se trouvent de nombreux restaurants et délices gustatifs pour nos papilles. De quoi bien fêter notre départ de Corée du Sud. Ensuite, le dernier étage, qui contient l’un des plus grands cinémas du pays. Des écrans géants et même une salle avec des lits pour diner devant un bon film. Nous opterons pour quelque chose de plus « traditionnel » en allant voir Hitman Bodyguard. La particularité ici est que nous avons des places attribuées à choisir avant, comme ça, pas de surprise à se retrouver sur le côté ou tout en bas. Par contre, il faut payer plus pour être bien placé. Nous prendrons la gamme intermédiaire pour nous trouver au milieu d’une salle bien remplie et passer un bon moment devant le film.

Lundi était déjà là. Avec lui le dernier rendez-vous de Kikinette pour s’entendre dire par les chirurgiens que tout était parfait. La voilà maintenant avec la meilleure note aux examens, débarrassée pour longtemps des lunettes. C’était aussi le moment de dire au-revoir à Cornélia et Patrick qui reprennent la route en Corée pour remonter vers Séoul d’où ils s’envoleront un mois plus tard. C’est aussi le moment de remercier Christopher pour cette bonne semaine en sa compagnie et pour tout ce qu’il a pu nous apprendre. C’est surtout le moment de remonter sur nos vélos en direction du port pour prendre notre ferry vers le Japon et commencer une nouvelle page.


Data depuis le début 

  • Kilomètres parcourus : 7 156,45
  • Temps de déplacement : 453h51m28s
  • Altitude : 53 421+ / 51 277-
  • Calories dépensées par personne : 223 396

 

Par | 2017-09-18T06:50:22+00:00 septembre 21st, 2017|Coree du Sud|1 Comment

Un commentaire

  1. Ernandorena Jean Jacques 21 septembre 2017 à 9 h 39 min - Répondre

    Bonjour à tous les 2,

    Super ! tout est superbe
    Busan, le marché aux poissons et surtout
    l’opération de Kikinette BRAVO !
    bon courage
    Jean Jacques

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