Journal de bord – 047


Jour 197 – Fukuoka à Wakamatsu

Le Japon. Enfin nous posons le pied sur cet archipel lointain. Ce qui aurait pu paraitre pour un simple rêve il y a encore un an, et désormais en marche. Nous connaissons déjà la date butoir pour cet intermède. Le 5 décembre, jour où nous devrons prendre notre vol pour le Cambodge. Entre, nous avons presque trois mois pour explorer le Japon au gré de nos vélos. Petit retour en arrière. Une dizaine d’heure avant que le port de Fukuoka ne soit en vue. Nous revoilà à Busan. Le ferry est à quai, nous patientons depuis une bonne heure, avant de faire passer les vélos aux rayons X. L’un des sacs attire l’attention au moniteur, et comme d’habitude, c’est celui de Kiki avec le drone. Mais l’agent semblait plus intéressé par les outils qui se trouvaient au fond du sac. Là, une nouvelle salle d’attente avec un duty free. Devant la porte d’embarquement, une centaine de valise fait la queue. Oui des valises toutes seules. Leurs propriétaires sont assis un peu plus loin, mangent à la cafétéria ou font les derniers achats. Quand la porte s’entrouvre, jamais nous n’avions vu de sprint aussi lent. Comme si la guerre venait d’être déclarée, et que tout le monde devait fuir. En emportant sa valise bien entendu. Une jolie cohue digne des personnes qui se lèvent dans l’avion dès qu’il atterrit. Nous le mettons sur la même échelle de la bêtise humaine. Nous, comme à l’accoutumé avec notre chargement, nous passons bon dernier.

Plus facile pour ranger les vélos dans le petit corridor du bateau, et monter dans les étages avec tous nos bagages sans devoir patienter avec tout le poids dans les escaliers. Nous demandons où se trouve la seconde classe à une hôtesse, puis nous nous dirigeons le long du couloir pour trouver le numéro 440 tout au bout. Là, quatre coréens sont déjà présents. Nous faisons de rapides présentations, laissons toutes nos affaires, puis partons explorer le ferry. Il faut dire que ce dernier regorge de salles intéressantes. Il y a les douches tout d’abord, qui sont plus des bains publics que de simples douches. Puis la salle de jeux d’arcade si jamais nous venions à nous ennuyer. Enfin, pour couronner les possibilités de passer une excellente soirée à bord, il y avait bien entendu trois salles de karaoké. Ce bateau est définitivement bien asiatique. L’heure tourne, alors nous prenons place dans le « salon » pour y manger ce que nous avions pu trouver au supermarché avant de partir. Nous ne voulions pas réitérer l’erreur du ferry entre Bari et Patras où le repas nous avait coûté excessivement cher. Nous ne sommes pas seuls à opter pour cette solution. Dans toutes les chambres, les gens ont commencé à sortir leur maison pour s’installer confortablement et manger local. Puis, après s’être bien rassasié et avoir fait le tour des ponts extérieurs pour admirer le port de nuit, nous retournons dans notre chambre. Plus personne à l’intérieur, plus que nous et nos bagages. Nos « partenaires » ont préféré partir dormir ailleurs pour la nuit. Nous ne saurons jamais si nous sentions mauvais ou si ils avaient une autre chambre en réalité. Quand enfin 22h30 sonne, le ferry quitte le port sous les lumières éblouissantes de la ville.

La lumière de la chambre aussi nous éblouira de mille feux. Impossible de l’éteindre, celle-ci est programmée pour s’éteindre à 23h00 pour se rallumer à… 5h30… 5h30, un horaire que nous avons du mal à comprendre surtout que le ferry n’accostait que deux heures plus tard. Les joies des décisions loufoques. A cela vers 6h30, nous pouvons aussi ajouter le « doux » son de la voix d’une hôtesse, beuglant en japonais des instructions ou pour annoncer le petit-déjeuner, sans que nous puissions comprendre. Une chance que nous avions tout préparé pour prendre le nôtre tranquillement. Quand enfin, les portes s’ouvrent et que nous sortons encore bons derniers, le contrôle des passeports arrive. Le moment que nous préférons. Surtout quand ils demandent où nous allons loger. Nous avions eu ce problème en Corée à l’entrée également. Et quand là aussi nous leur annonçons que nous allons camper, il a bien fallu une petite minute, qu’ils nous demandent ce que nous allions faire en vélo, pour se regarder dubitatif (ou admiratif cela dépend) avant de nous rendre nos passeports avec un nouveau sticker. Pas de tampon ici. Mais un policier qui a transporté nos vélos sur cent mètres. Sa tête valait tout l’or du monde quand il a voulu les déplacer et qu’il s’est rendu compte du poids. Nous hésitons toujours entre si les gens pensent que nous sommes fous, que nous ne savons pas faire nos valises en emportant trop de choses, ou qu’ils ne s’imaginent jamais pouvoir être aussi fou que nous.

Dehors, après avoir fait prendre un escalator à nos vélos chargés faute d’ascenseur assez grand, nous voilà confronté à notre première difficulté. La conduite à l’envers. Oui, ici au Japon, allez savoir pourquoi, il faut se mettre à gauche. Les premiers virages sont plutôt difficiles pour savoir où se positionner pour tourner, parfois l’instinct nous pousse sur la droite sans nous en rendre compte, puis au bout d’un moment, on décide d’utiliser que les pistes cyclables. Nous avons le temps pour nous y habituer. Mieux vaut sortir sain et sauf de la ville. Si seulement il y avait une fin à la ville. Nous roulerons toute la journée ou presque dans une urbanisation plus ou moins importante, sans jamais jusqu’à ce que nous posions la tente, trouvions un endroit de nature uniquement. Pour s’éviter les grosses artères, nous bifurquons rapidement vers les routes secondaires et côtières qui sont très peu fréquentées. Un régal, surtout quand nous avons une piste cyclable pour nous tout seul. Nous prenons le temps. Nous avons le temps. Alors nous nous arrêtons sur une plage pour notre premier vrai repas japonais, avant de terminer notre journée en haut d’une colline, dans un parc, où nous posons la tente en début d’après-midi. Une première pour nous. Peut-être une dernière aussi, car nous n’avons pas l’habitude d’arrêter si tôt, sauf quand nous devons visiter une ville ou arriver chez un hôte. Qu’importe, nous profitons de la nature avant de replonger le lendemain pour traverser d’une île à l’autre.

Jour 198 –  Wakamatsu à Ajisu

Qui dit camper au milieu de la forêt dans une montagne implique indubitablement au départ une belle montée pour continuer notre chemin. Mais avant, nous aurons le droit que notre voisin de camp, qui avait posé sa tente en contrebas, vienne nous offrir à nouveau à manger et à boire. La veille au soir, il était déjà venu avec de la nourriture et une bière. La générosité des gens nous étonnera toujours. Le chat errant pris en amour par Kikinette n’était plus là par contre. Le gâteau et les pâtes du diner de la veille, ainsi que toutes les caresses ne l’auront pas fait rester pour attendre le petit-déjeuner. Dommage, Kikinette ne pourra pas faire le tour du Japon avec un chat.

A la place, elle aura le droit à une journée bien remplie. Nous pensions (bêtement) que nous pourrions longer la côte pour rejoindre notre destination. Que nenni. Notre carte ne montrait pas que le pont que nous voulions emprunter était réservé uniquement aux véhicules motorisés. Nous voilà donc à devoir faire un détour de plus de vingt kilomètres pour passer le canal. Et pour notre plus grand bonheur, tout cela se fera dans le dédale urbain japonais. Un dédale composé uniquement de feux de signalisation qui ne semble jamais prendre fin. Tous les trois ou quatre feux, soit 500m, nous posons pied à terre pour attendre gentiment que le vert passe enfin. Alors quand cet exercice commence à nous ennuyer, nous passons sur les trottoirs qui sont partagés entre les cyclistes et les piétons. Mais le problème demeure qu’aux intersections nous devons attendre, et que parfois le passage se rétrécit permettant à un vélo seul de passer, mais pas pour nous avec nos sacoches. Nous voilà donc à zigzaguer pour essayer de nous arrêter un minimum. Mais les kilomètres sont bien longs quand il faut ainsi s’arrêter tout le temps. Nous n’aurons une « pause » que dans l’après-midi, où nous coupons à travers les terres pour rouler sur le bas-côté d’une nationale.

Entre-temps, nous avons plongé à plusieurs mètres sous la surface. Un ascenseur nous attendait pour nous faire traverser entre les deux îles. Dix étages plus bas, nous déboulons sur 800m d’une « route » parfaite. Kiki va pour se mettre sur son vélo, quand Kikinette douche ses espoirs en lui montrant le panneau interdisant de le faire. Dommage, nous pousserons « lentement » nos vélos, aux côtés d’autres personnes. L’une avait décidé d’en faire son terrain d’entrainement et faisait des allers-retours. Même si cela peut paraitre bizarre de prime abord, nous la comprenons que trop bien. Ici l’air est propre, et peu de personnes semblent passer. Dehors, la pollution des véhicules est omniprésente, et le bruit juste insupportable à certains endroits. Dehors c’est surtout un détroit où des énormes porte-containers naviguent sans cesse, avec leur importante cargaison. Dehors, c’est pour nous le moment de faire une pause au premier 7Eleven que nous croisons.

Les 7Eleven vont être notre point de repère et notre restaurant pour tous les midis. Si en Corée du Sud, nous les utilisions déjà modérément grâce aux gimbap et sandwichs qu’ils proposaient, ici au Japon, le choix est autrement plus important. Des plateaux lunch, des assortiments de sushis, des rouleaux, etc. Tous les jours nous trouverons notre bonheur à petit prix dans ce type de supermarché qui jalonne les routes japonaises. Ajoutez à cela que nous y trouvons le WiFi gratuit et des toilettes corrects, nous avons le trio gagnant de tout ce qu’un cycliste peut rechercher. Il ne manque plus que des prises pour recharger nos appareils, et alors nous serions au comble du bonheur. C’est aussi pour nous nos premières rencontres sur la route. Tout d’abord un Australien, habitant au Japon maintenant, et qui a pris deux semaines pour faire quelques 1000km avant de retourner à Osaka. Lui est du type cyclotouriste ultraléger, avec seulement quelques kilos sur le vélo. Un sac à dos avec quelques affaires, une tente et encore un peu d’équipement dans un sac sur le guidon. Rien de plus. Tout ce qui pourrait nous faire envie, mais irréaliste sur le long terme. Nous papotons un peu sur nos différents itinéraires, lui nous donne quelques conseils sur le Japon, puis c’était l’heure pour lui de reprendre la route. A peine part-il que c’est un japonais qui s’approche quand nous préparons nos vélos. Un peu de japonais, un peu d’anglais, Kiki et lui arrivent à se comprendre. Quand nous lui expliquons notre périple, nous pouvions lire sur son visage, surtout ses yeux, tout son étonnement et sa sympathie pour ce que nous faisions. Un pur plaisir pour nous de croiser des locaux juste avant de reprendre le vélo.

Alors c’est avec encore plus d’entrain que nous terminons notre journée. Encore une fois, bien tôt pour nous, puisque sur les coups de 16h30, nous posons nos vélos sur une aire d’autoroute comme ils appellent ça ici. Au croisement de grandes routes, se trouvent des aires de repos avec un grand parking, des toilettes, un magasin et un restaurant. Nous ne résistons pas bien longtemps à la tentation d’une bonne glace pour tous les efforts faits dans la journée avant de chercher où poser la tente. Juste de l’autre côté du parking, Kikinette trouve un jardin « zen » où un japonais semble courir. Une pagode nous fait de l’œil, mais en parcourant rapidement le jardin, nous tombons sur ce qui doit être un bar en été. Quelques bouteilles vides sont encore posées sur des étagères derrière le comptoir. Nous, c’est plutôt la petite terrasse en bois qui nous intéresse. Ni une, ni deux, nous installons la tente, Kikinette fait place nette autour en tuant quelques araignées (bien grosses) et nettoyant leurs toiles, et nous nous posons tranquillement sur la table pour travailler et diner avec vue sur un champs et les montagnes. Si toutes les aires de repos au Japon sont comme ça, camper va être un pur plaisir.

Jour 199 –  Ajisu à Iwakuni

Boum. Badaboum. Réveil en sursaut en plein milieu de la nuit. Quelque chose est tombée dans nos affaires. Le temps de réaliser ce qu’il se passait, nous entendons des bruits de petits pas à l’extérieur de la tente en même temps que le frottement d’un plastique. Kiki regarde rapidement, le pain de mie a disparu, et c’est la bouteille d’essence qui nous a réveillé en étant renversée. Kikinette ouvre son côté de la tente et sort pour chercher le coupable, mais trop tard, l’animal a pris la fuite avec son méfait. Nous nous rendormons, non sans bien ranger avant le reste de nos denrées dans nos sacs. Au petit matin, avec la lumière du jour, Kiki espère toujours que le Nutella et la confiture de fraise ne resteront pas au placard ce matin, avec le fol espoir que l’animal n’est pas réussi à ouvrir le paquet. Mais Kikinette douche ses espoirs quand elle ramène le sachet vide trouvé quelques mètres plus loin de notre tente. Dommage, cela nous servira de leçon. Il y a donc des petits voleurs dans les animaux japonais qui trainent jusqu’en ville. Cela ne nous empêchera pas de déjeuner posés sur notre terrasse du jour et de profiter du soleil déjà bien chaud.

Nous continuons notre longue route pour Hiroshima où nous marquerons une pause le lendemain pour visiter ses monuments. Nous alternons toujours entre les trottoirs « piste cyclable » et la route, tant que nos vélos arrivent à passer sur ceux-ci. Quand la voie se rétrécit trop ou commence à avoir plus d’herbes monstrueuses que de possibilités d’avancer, nous bifurquons. L’entretien des pistes n’est pas la préoccupation première des japonais, qui préfèrent laisser la nature envahir le mobilier urbain, avec des plantes grimpant jusqu’en haut des poteaux électriques. Mais cet oubli s’excuse très rapidement quand notre regard se perd indubitablement dans les jardins des différentes propriétés qui bordent la route. Comment ne pas rester admiratif devant autant d’attention portée à chaque détail pour créer des jardins uniques et simplement parfait. Puis, dès que nous sortons un peu du centre, nous tombons sur des rizières à perte de vue. Nous ne voyons que cela. La culture de légumes ne semble pas être prioritaire dans la région où nous nous trouvons. Par contre, le riz est bien en abondance.

Tout comme peuvent l’être certaines enseignes dans le pays. La marque du clown est très bien représentée au Japon, avec au minimum un restaurant par ville, si ce n’est un à chaque carrefour dans les grandes agglomérations. Si on ajoute à cela les petits supermarchés que nous voyons presque tous les kilomètres, nous pouvons facilement déduire comment se nourrissent les japonais au quotidien. Comme nous en quelque sorte. Nous voilà satisfait de notre régime qui est donc en adéquation avec ce qu’il y a de plus répandu ici. C’est pour cela, qu’en milieu d’après-midi, nous décidons de trouver un Burger King que le GPS nous indiquait afin de nous poser quelques heures. Nous voilà à rouler dans sa direction quand juste avant, nous nous rendons compte que ce dernier se trouve à l’intérieur de la base militaire américaine de la ville. Damnation. Nous décidons de ne pas tenter de passer les contrôles d’entrée pour dire aux gentils militaires « Bonjour, nous voudrions manger au Burger King ». Alors nous rebroussons chemin pour nous installer dans un autre café de la ville avec tous nos appareils électroniques. Pendant que nous sirotons un bon thé et café, eux se rechargent tranquillement et nous pouvons préparer notre prochaine journée. Quand la nuit commence à tomber, nous plions bagages pour aller nous installer dans l’un des parcs de la ville où nous avions repéré un peu plus tôt un coin où camper. Mais pour être le moins intrusif possible, nous montons la tente dans le noir avant de nous y glisser pour la nuit. Nous espérons que cette fois, aucun animal citadin ne viendra nous faire notre frigo.

 


Data depuis le début

  • Kilomètres parcourus : 7 415,06
  • Temps de déplacement : 468h29m02s
  • Altitude : 55 110+ / 52 937-
  • Calories dépensées par personne : 230 643

 

Par | 2017-10-01T00:40:58+00:00 octobre 1st, 2017|Japon|1 Comment

Un commentaire

  1. Ernandorena Jean Jacques 2 octobre 2017 à 7 h 59 min - Répondre

    Bonjour à tous les 2,

    Bienvenue au Japon
    Encore un pays à découvrir
    Merci de nous faire partager ces expériences
    Bon courage
    Jean Jacques

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