Journal de bord – 053

Jour 217 à 219 – Kyoto

Depuis plusieurs heures maintenant, le train passe régulièrement derrière l’appartement de Mathias. A chaque fois, nous pouvons entendre le signal sonore nous avertissant du danger. Et ce dernier est plus que nécessaire au Japon vu le nombre de trains / tramways qui passent au milieu des routes. Sans un bon aiguillage, de bonnes barrières automatiques et une juste signalisation, les japonais seraient bien embêtés. Pour notre part, cela crée un fond sonore dans nos rêveries. Il est difficile de se lever après avoir fait la fête jusque tard dans la nuit. Faire la fête est un bien grand mot, nous avons parlé et bu quelques verres. Mais rien que ça s’apparente à une soirée de fête pour nous. Alors ce matin-là, difficile de se lever. Quand enfin Mathias descend de son lit, nous commençons à tous nous activer. Nous à préparer le petit-déjeuner, Mathias à finaliser son sac à dos avec ses affaires pour la semaine. Les dernières recommandations et informations utiles sur Kyoto et le voisinage, et Mathias nous quitte, laissant pour nous un porte-clefs avec une Tour Eiffel.

C’est le début pour nous d’une semaine où nous alternerons repos le matin et visites de Kyoto l’après-midi. Le matin pour pouvoir aussi bien travailler un peu sur nos photos, nos vidéos et nos articles ; faire quelques recherches sur nos prochaines villes ; modifier une nouvelle fois tout notre parcours après avoir découvert de nouveaux lieux à explorer ; mais aussi tout simplement ne rien faire, chose qui ne nous arrive que rarement au final. L’après-midi pour explorer quartier après quartier l’immense ville de Kyoto et toutes les richesses culturelles qu’elle a à nous offrir ; nous émerveiller devant les temples par centaine ; arpenter les rues commerçantes sans toutefois y dépenser un penny ; et nous mêler à la foule de locaux et touristes qui déambulent sans cesse dans la ville. Cette semaine sera aussi l’occasion de nous remettre aux fourneaux, de cuisiner un peu plus longuement, et de pouvoir diversifier un peu plus nos repas pour sortir de nos habituelles pâtes (avec une sauce ou dans la soupe). Alors pour rythmer nos journées, nos vélos sillonneront avec nous Kyoto de part en part. Ils auront ainsi le droit eux aussi de prendre part au trafic important de la ville, et de comprendre qu’ici, le danger ne viendra pas des véhicules, mais bien des autres cyclistes. Partout. Dans tous les sens. Le nombre de vélo en circulation est assez important, et il faut être attentif à tous les instants pour qu’un autre vélo ne déboule pas d’une rue adjacente sans regarder dans notre direction ou qu’un autre s’élance sans regarder si nous arrivions dans son sens. Nous avons toute notre sympathie envers les mères de famille, plutôt nombreuses, qui se baladent ainsi avec un ou deux enfants sur leur vélo. Tout un challenge pour elles. Comme celui pour trouver une place pour garer nos vélos en ville. Une bataille à chaque fois qui résulte très souvent par la mise au parking de nos vélos, avec paiement bien entendu. Fini de pouvoir se garer n’importe où, dès que nous pouvions voir un poteau ou une barrière. Ici, cela ne fonctionne pas ainsi. Alors nous préférons nous y conformer plutôt que de voir nos vélos embarqués.

Direction l’Ouest de Kyoto pour la première journée

Le parc de Nakanoshima, sur une petite île, au milieu de la rivière qui s’engouffre dans la ville. Nous y posons nos vélos devant un glacier. Rien de tel pour entamer notre balade sur la rive Ouest de Kyoto et rendre un Kiki heureux de pouvoir déguster sous le soleil sa vanille fraiche. Un autre pont plus loin, sous la foule qui se presse, nous arrivons à l’entrée du parc aux singes. Une des attractions les plus populaires qui veut miser sur la liberté des animaux pour attirer son public. Une sorte de zoo plus qu’autre chose au final, où les animaux sont « cloîtrés » devant une maison en bois où les gens payent pour pouvoir leur donner quelques cacahuètes à travers les fenêtres. Une triste « liberté » pour ces animaux que nous avions pu voir gambader sur Shikoku une semaine auparavant. Mais avant de vraiment pouvoir approcher les singes, une ascension d’une bonne vingtaine de minutes nous attends. Des marches, puis d’autres marches, puis encore une centaine d’autres, à travers une forêt magnifique. Complètement coupé du monde extérieur, nous pouvons profiter de la nature apaisante et de l’air pur (dans une meilleure mesure qu’en plein centre-ville…). Les gens défilent. Si ils sont « rapides » au début, nous les voyons un peu souffrir sur la fin pour enfin arriver à la « récompense » tant attendue. Voir les singes. Parfois, un singe se balade un peu plus bas sur le chemin, seul. Mais rarement plus. L’ensemble de la fratrie se trouvant autour de la maison. Une dizaine de singe grimpant sur les fenêtres grillagées pour attraper les cacahuètes dans la main des touristes, quelques-uns se baladant dans la foule, et une autre dizaine un peu plus haut, à l’ombre des arbres à faire leur toilette ou à se balader dans les arbres.

Les instructions sont claires et précises. A plusieurs reprises, sur le chemin comme une fois devant la maison, des pancartes rappellent aux touristes de ne pas s’accroupir devant les singes, de ne pas les regarder fixement de trop près et de ne pas manger devant eux. Mais il faut croire que la plupart des touristes ne savent pas lire l’anglais et le japonais. Heureusement pour eux, les singes ont plus l’air inoffensif et hagard qu’autre chose. Ils ont compris que les humains étaient là pour les nourrir et les amuser en même temps derrière ces fenêtres. Alors ils en profitent bien. Nous en prenons quelques-uns en photos, puis nous posons un instant devant le panorama qui s’offre à nous. De la plateforme où nous nous trouvions, nous dominions Kyoto dans sa totalité. Une ville qui se perd à l’horizon de toutes parts. Alors nous replongeons dans les entrailles de la forêt pour redescendre vers la rivière. Une quinzaine de minute avant d’y arriver. Et un flot toujours aussi continu de touristes grimpant à leur tour pour voir les singes d’Iwatayama. De retour sur notre petite ile au milieu de la rivière, nous nous posons un instant à son extrémité Nord. De là, nous avons une vue sur la partie large de la rivière qui a été aménagée pour que des embarcations puissent se laisser glisser sur l’eau, avec à leur bord une ou deux personnes. Nous ne les comptons pas, mais une centaine devait bien naviguer à ce moment-là, s’évitant parfois de justesse, ou se faisant remorquer par un bateau à moteur quand les occupants n’avaient plus envie de ramer.

Le temps de traverser à nouveau le pont principal, nous plongeons dans une foule immense. Une longue avenue bordée de magasins, tous dans le plus pur style traditionnel japonais. De la nourriture et des souvenirs uniquement. Et les gens s’y pressent abondamment. Nous prenons une cursive pour entrer dans un ensemble de temples bouddhistes. Nous les admirons jusqu’au moment où au bout du chemin, l’entrée devient payante pour le temple principal. Nous rebroussons chemin, ne pouvant payer pour visiter tous les temples de la ville. Alors nous portons nos pas un peu plus loin, vers la fameuse forêt de bambous Arashiyama. Nous plongeons dans une semi pénombre où les rayons du soleil n’arrivent pas à traverser les immenses bambous qui nous entourent. Au milieu de cette forêt, un temple où les gens se pressent pour prier et déposer des offrandes. De partout, des gens essayant de se prendre en photo avec les bambous tout en espérant avoir le moins de monde possible sur la photo. Une activité assez intéressante et longue compte tenu du « trafic ». Mais malgré le monde présent dans cette « route » au milieu des bambous, c’est un certain « silence » qui s’impose. Au Japon, personne ne semble élever la voix, crier ou se bousculer dans tous les sens. Un respect absolu de toute chose. De quoi nous poser un instant pour nous reposer à l’ombre d’un arbre dans le jardin un peu plus loin, pour profiter des derniers rayons de soleil de la journée.

Direction le centre de Kyoto pour la deuxième journée

Avec le château de Nijo en ligne de mire, nous voilà sur les traces du shogunat Tokugawa. Edifié en 1603, sur une superficie de 275 000m2, nous nous coupons complètement de Kyoto une fois la porte principale derrière nous. Les vastes fortifications entourant les palais intérieurs, Ni no Maru et Honmaru, y contribuent en grande partie. Nos pas nous amènent d’abord vers le palais Ni no Maru, un bâtiment construit exclusivement en bois de cyprès. Les chaussures dans des box à l’entrée, nous pouvons fouler ses planches… et les faire crisser à chacun de nos pas. Une des particularités originales de ce palais. Son plancher « rossignol » qui a été construit pour reproduire le pépiement d’un oiseau afin de détecter de possibles assassins. Si à l’époque le nombre de personnes foulant le sol de ce palais devait être réduit, aujourd’hui avec le nombre de touristes croissant, le pépiement du rossignol crée une sorte de musique incessante dans nos oreilles. Rien qui ne nous empêchera d’admirer les magnifiques peintures murales représentant des tigres ou des arbres. Anecdote intéressante concernant la représentation des premiers pouvant paraitre plutôt « grossière et exagérée » : les tigres étaient déjà sacrés à l’époque dans la culture japonaise, devant représenter une certaine force et intimider les visiteurs extérieurs, mais ces derniers étaient complètement absents des terres japonaises, obligeant les peintres de l’époque d’utiliser d’autres croquis pour essayer de les représenter à leur tour.

Plus nous avançons dans l’intérieur du palais, plus les salles sont luxueuses et décorés finement. Les rapports sociaux de l’époque s’intégraient directement avec l’architecture du bâtiment. Plus la personne reçue était importante, plus elle s’enfonçait dans le palais pour être reçue avec les égards de son rang. Nous aurons été des privilégiés alors en pouvant admirer l’ensemble des pièces en ce jour. Quand nous ressortons, nous partons pour un tour des jardins du château de Nijo. A l’intérieur de l’enceinte, l’art japonais de l’agencement des plantes reste toujours un plaisir des yeux. Une précision et une importance dans le détail qui nous laisse toujours admiratif. Que cela soit le premier du voyage ou le vingtième, il est difficile de ne pas tomber amoureux de cette beauté. Alors nous prenons le temps d’en faire le tour, de découvrir ici un petit lac artificiel, là d’énormes rangées de cerisiers du Japon, toujours en harmonie avec le reste des constructions.

Ressortir vers la « civilisation » est toujours un choc bruyant. Mais nous n’y restons qu’un moment. Le temps de reprendre nos vélos du parking et de les poser dans le jardin du Palace Impérial qui se trouve à quelques rues de là. Un passage éclair dans une maison traditionnelle servant de musée sur le jardin et sa biosphère, puis nous voilà à nous marcher tranquillement dans les allées de cet immense parc en plein milieu de Kyoto. Nous l’arpenterons du Sud au Nord, de l’Ouest à l’Est, pour revenir vers notre point de départ ensuite. Juste à marcher. A regarder l’imposante nature environnante et ses arbres centenaires. Au détour d’une partie du parc, une dizaine de japonais sont avec leur appareil et un trépied, à l’affût de la parfaite photo d’un petit oiseau jaune et bleu qui vole de branche en branche juste au-dessus d’eux. Nous continuons notre tour pour emplir nos poumons d’une bonne bouffée d’air. L’urbanisation croissante ne laissant que peu de place au quotidien pour y voir des arbres le long de la route. Les vélos détachés, nous repartons un peu plus à l’Est pour visiter le Shrine Heian-jingu. Nous y découvrons un important sanctuaire bouddhiste que la lumière descendante du soir nous illumine parfaitement. En face de l’entrée principale, deux cents mètres plus bas, un Torii géant semble être l’ancienne « porte d’entrée » pour s’y rendre. Aujourd’hui, le Torii se retrouve simplement au milieu d’une rue à quatre voix. De quoi montrer la taille de cette construction au rouge vermillon éclatant.

Sur le retour, nous nous perdons dans le marché de Nishimura. Littéralement. Une énorme voie piétonne en plein centre-ville avec des centaines de boutiques de part et d’autre. Et un monde fou qui s’y balade. Il n’en fallait pas plus pour que Kikinette s’arrêtant prendre une photo, Kiki ne voyant pas son arrêt, chacun aille dans une direction opposée. Heureusement, nous connaissions tous les deux le chemin pour rentrer. En route, Kiki tombe sur une imprimerie. Il n’en fallait pas plus pour qu’il s’arrête pour voir les délais pour réaliser des cartes de visites. Bingo. Le lendemain elle sera dans la boite. Depuis le temps que nous voulions en faire, après avoir vu tant de voyageurs en avoir et être très pratique pour s’échanger nos coordonnées, nous aurons bientôt nous aussi les nôtres.

Direction le Sud de Kyoto pour la troisième journée

Avec ce qui restera surement pour nous la plus belle découverte de toute la ville. Le sanctuaire shinto de Fushimi Inari-taisha. Il ne s’agit pas de l’un des lieux les plus touristiques de Kyoto pour rien avec presque trois millions de visiteurs par an. Nous l’attendions en quelque sorte. Nous voulions nous aussi contempler les Torii vermillon qui enluminaient la route. Nous voulions passer sous leurs arches. Mais nous ne nous étions pas attendus à un parcours aussi gigantesque. Une surprise bien agréable. Une balade de plus de trois heures dans la montagne le long des milliers de Torii créant un passage devant nous dans une forêt d’arbre nous abritant du soleil et sa chaleur. Si une foule immense se presse sur les premiers mètres, là où se trouve le double chemin de Torii connu de tous pour y prendre un nombre incalculable de photos, plus nous grimpons, moins nous rencontrons de gens aventureux à vouloir réaliser l’ensemble du parcours. Il faut dire qu’il faut s’accrocher en grimpant ces marches interminables. Surtout quand des panneaux d’informations avec une carte nous indique un point toujours plus rapproché du dernier alors que nous pensions avoir fait une distance bien plus longue. Mais comme à chaque fois, la difficulté est proportionnelle à la beauté des paysages que nous pouvons voir au final.

Sur le chemin, c’est plus de 10 000 Torii que nous traversons. Nous ne les compterons pas, n’étant pas assez fou pour cela. Nous les admirerons tous à leur manière, avec la lumière qui s’y diffusent, avec les animaux qui s’y baladent, avec leurs couleurs plus ou moins éclatantes. Nous pensions « bêtement » que tous avaient été installés au même moment, lors de la création du sanctuaire dédié aux divinités de l’agriculture en 711. Ce qui aurait été une performance assez impressionnante pour l’époque. Mais il s’agit en fait de Torii offerts par des particuliers ou des entreprises. Leurs coûts variant de 175.000¥ et 1,3M¥ en fonction de la taille plus ou moins imposante du Torii. Nous comprenons ainsi mieux les inscriptions se trouvant au dos des piliers, qui ne sont que des noms. En étranger que nous sommes, ne lisant pas du tout les kanjis, ces inscriptions étaient plus ou moins esthétiques pour nous, offrant un cachet supplémentaire le long de la vallée. Alors pendant plus de trois heures, nous arpentons la colline, nous arrêtant régulièrement pour prendre des photos et vidéos de ces Torii et de leur alignement parfait créant un « tunnel » pour nous. Sur toute la montée, les Torii sont plus ou moins réguliers et proches, avec quelques espaces pour se reposer au milieu avec des restaurants ou des petites boutiques. Sur la redescente par contre, les Torii sont beaucoup plus espacés, comme si ils attendaient d’avoir de nouveaux compagnons offerts par la population. La forêt y reprend alors sa place naturelle, tout en n’étant réellement jamais « coupée » de l’harmonie ambiante.

Par moment, nous nous arrêtons dans des shrines de plus ou moins grande taille, dédiés à une divinité en particulier. Nous y trouvons plusieurs autels qui eux aussi arborent de nombreux Torii de taille « miniature » en comparaison à ceux sur le chemin. Nous restons scotchés devant l’atmosphère unique de ces lieux. Puis notre regard s’interroge de voir régulièrement des statuettes de pierre représentant un renard, les Kistune. Animal mythique qui ponctue notre promenade au niveau spirituel, le renard est le messager terrestre d’Inari, gardant précieusement la clef du grenier à riz en travers de sa gueule. Nous prenons le temps de l’admirer sous toute les coutures. Puis quand nous arrivons à un palier, nous regardons en arrière. Kyoto s’offre à nous à nouveau à l’opposé du parc de Nakanoshima. Mais la vue est complètement différente. Une nuage blanc/gris stagne au-dessus de la ville. La pollution est plus que visible d’ici dans cette partie de Kyoto. Nous nous imaginons alors pédalant quotidiennement là-dessous, et comprenons mieux pourquoi tous les cyclistes se protègent le visage. Heureusement pour nous, nous ne faisons que traverser Kyoto, d’espace vert en espace vert pour éviter un peu cette pollution quotidienne.

Le temps de passer récupérer nos cartes de visite et de nous émerveiller devant, nous rentrons à l’appartement après un nouveau détour par le marché de Nishimura. Kiki souhaitant trouver son drapeau japonais et un moyen de créer un mât à l’arrière du vélo. Nous ne nous séparerons pas cette fois-ci, posant pied à terre à l’intérieur de cette immense galerie commerçante. Quand enfin nous rentrons, nous n’avons plus qu’à attendre un coup de fil. Pendant une bonne heure, nous discuterons avec une journaliste de Nice-Matin pour présenter notre projet, notre aventure, mais surtout Lyli Association. Quand nous raccrochons, nous sommes contents. Comme des enfants. D’avoir pu s’ouvrir ainsi et de se dire que nous allons peut-être avoir un article dans un grand quotidien. Ce n’est pas tous les jours que cela nous arrive.

 

 


Data depuis le début

  • Kilomètres parcourus : 8 484,52
  • Temps de déplacement : 529h13m16s
  • Altitude : 63 753+ / 61 498-
  • Calories dépensées par personne : 257 932

 

Par | 2017-10-19T08:51:12+00:00 octobre 20th, 2017|Japon|0 commentaire

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