Journal de bord – 056

Jour 228 – Kazanawa à Wajima

A croire que nous aimons nous faire du mal parfois. Comme Eli nous a parlé d’une exposition gigantesque tout le long de la côte autour de la pointe de la presqu’île de Noto, nous changeons nos plans de route. Exit les quelques 70km, bonjour les 115km pour bien reprendre sur nos vélos après deux jours de pause. C’est après un dernier succulent petit-déjeuner de Sa-san en compagnie de Nobu, après avoir pris plus de force que nous ne pouvions légalement garder dans nos corps, que nous devons hélas quitter nos hôtes. C’est avec un pincement au ventre que nous faisons une dernière photo tous ensemble avec nos vélos chargés, avant que seules nos mains en l’air puissent les saluer une ultime fois alors que nous nous engageons sur la route. Nous aurons été accueillis à bras ouvert et aurons découvert une famille généreuse ayant l’envie de partager. Comme à chaque fois, nous avons l’espoir fou qu’un jour nous puissions les revoir pour partager à nouveau autant d’excellents moments.

Mais c’est la route qui nous appelle à présent. Le temps de divaguer un peu avec le GPS, nous coupons son tracé pour décider de revenir vers la côte afin de voir la mer et la longer, alors qu’il voulait nous faire passer par l’intérieur. Nous découvrons alors une magnifique piste cyclable qui nous emmènera jusqu’à Wajima sans pratiquement jamais croiser le chemin des voitures. Celles-ci ont le droit à leur propre nationale pour rouler à une vitesse que nous n’atteignons même pas dans les plus raides descentes. Heureusement pour nous, à mesure que nous montons vers le Nord, le trafic diminue petit à petit. Nous voilà bien dans l’écrin de verdure que nous avait décrit Nobu. Nous alternons entre une route au bord de mer à regarder les nombreux pêcheurs s’affairer à remplir leurs besaces ; et une piste cyclable parallèle à la nationale. Une fois à droite, une fois à gauche, nous zigzaguons au gré de l’ingénieur ayant conçu les plans pour emmener nos vélos. Nous ne croisons pas âme qui vive sur cette piste. Il faut dire que les nuages bien noirs qui s’avancent vers nous et la pluie en fin de journée n’aident pas les japonais à enfourcher leurs bicyclettes. Nous avons la route pour nous.

Sur les coups de 13h00, nous arrivons déjà là où nous voulions nous arrêter dormir en premier lieu. Nous y déjeunons, faisons le plein, avant de repartir sous une pluie fine souhaitant nous mouiller insidieusement plus que vraiment nous tremper abondamment comme les autres jours. L’après-midi sera pour nous alors synonymes de grimpette à multiples reprises. Tout avait été bien plat et calme le matin, de quoi nous booster à terminer notre trajet du jour. Nous poussons fort pour finalement arriver en plein cœur de Wajima avant que la nuit ne tombe. Un détour par un convenient store pour prendre quelques affaires, puis nous trouvons derrière un parking, un petit coin de verdure avec une arche pouvant nous protéger. Derrière, deux rivières se rejoignant. Nous posons alors la tente dans ce petit coin de tranquillité pour y terminer notre journée. Fatigués mais content, en nous disant que nous pourrons nous reposer le lendemain grâce à un trajet bien plus court pour profiter des expositions.

Jour 229 – Wajima à Suzu

Une accalmie avant la tempête. Et un gros coup de chance pour nous. Pendant presque toute la journée, nous esquiverons la pluie, avant qu’elle ne tombe en fin de journée une fois que nous étions à l’abri dans la tente. Cela nous aura ainsi permis de profiter pleinement du festival Oku Noto qui se terminait ce week-end. Sur les routes et dans les différents points d’exposition, nous rencontrons toujours une dizaine de locaux venus profiter eux aussi des derniers instants de ces expositions éphémères. Eux le font en voiture, ce qui leur permet de tous les faire plus ou moins rapidement. Il faut dire qu’il y a une quarantaine de lieux à voir pour autant d’artistes qui sont venus présenter leurs œuvres. Le monde entier s’est un peu donné rendez-vous sur la pointe de la presqu’île de Noto pour exposer des genres bien différents, avec tous comme point commun la mer et son environnement proche.

Pour nous, le parcours sera plus compliqué que prévu. Nous n’avions pas imaginé que la route longeant le front de mer allait être aussi vallonnée. Ajoutons à cela les arrêts assez fréquent et parfois le vent, nous avions de quoi bien casser nos jambes pour ce qui devait être une « petite journée ». Et comme à chaque fois, nous sommes quelque peu impressionnés par le comportement des japonais. Une grande partie des expositions sont en plein air, en accès « libre » pour tous. Mais aucun ne s’y présentera sans avoir en main son « passeport » du festival qui permet d’avoir un tampon après chaque œuvre. Et comme souvent dans ce genre de festival, le premier artiste en met toujours plein la vue avec une œuvre originale et parfaite. Chiharu Shiota aux commandes pour une mise en scène unique. Au centre de la pièce, une barque de laquelle des fils de laine rouge s’échappent vers les murs. Le résultat est stupéfiant ! Puis nous continuons ainsi notre chemin, suivant scrupuleusement nos numéros pour essayer d’en faire le maximum sur notre route. Heureusement pour nous, tous se trouvent le long de la route du littoral, facile d’accès pour tout le monde. Alors nous naviguons nous aussi à travers les genres.

Parfois nous restons pantois devant les œuvres ou les mises en scène, comme celles réalisées par un collectif de japonais, recréant des espaces de vie dans une école. Ou encore ce sculpteur qui doit avoir un certain talent, mais qui au lieu de nous offrir la possibilité de détailler son œuvre, à décider de l’exposer sur une falaise au loin, après nous avoir fait marcher pendant dix minutes dans une forêt en bord de mer. Puis il y a ces artistes qui nous touchent beaucoup plus, qui arrivent à nous parler. Celui avec son « bateau » mi animal, mi objet, avec à l’intérieur une sirène, le tout sculpté dans du bois. Ou encore ce street artiste ayant décidé de repeindre l’intérieur d’une ancienne gare. Chacun à leur manière, ils ont essayé de nous faire passer un message. Nous avons pu être plus ou moins réceptifs en fonction des œuvres, nous disant que qu’importe la nationalité, les artistes ont toujours des pensées qui nous échappent. Mais cette journée nous offrira un brin de détente dans notre aventure, et nous aurons eu la chance d’y assister dans ces dernières heures. Alors nous profitons des expositions, échangeons avec les gens qui s’occupent de certains lieux, ainsi qu’avec des locaux intrigués par nos vélos et nos drapeaux pour connaitre notre histoire. Une bien belle journée qui se termine sous le toit d’un Michi No Eki, bien à l’abri, pour nous préparer au lendemain.

Oeuvre n°1 – Chiharu Shiota|Ship of Time

Oeuvre n°2 – Kazuko Murao|Sazae House

Oeuvre n°3 – Takafumi Fukasawa|Continuation of Myth

Oeuvre n°6 – Tomoko Konoike|Go Ashore

Oeuvre n°9 – Masayoshi Koyama|Drift Spirit at the Back of Beyond

Oeuvre n°10 – Takahiro Iwasaki|A Large Sea of an Old House of the Peninsula of the Small Sea

Oeuvre n°11 – Ongoing collective|OKU-NOTO Oral Tradition Museum

Oeuvre n°12 – Basurama Collective|Playground for ALL : 0-99 years old kids

Oeuvre n°13 – Eko Nuguroho|Bookmark of Dried Flowers

Oeuvre n°14 – Tobias Rehberger|Something Else is Possible

Oeuvre n°15 – Wu Chi-Tsung + Chen Shu-Chiang|Passing

Oeuvre n°16 – Shoko Aso|Shape of Faith

Oeuvre n°17 – Yui Inoue|into the rain

Oeuvre n°19 – Bunpei Kado|Silhouett Factory

 

Oeuvre n°37 – Aleksander Konstankinov

 

 

 

Jour 230 – Suzu à Nanao

Mais rien n’aurait vraiment pu nous y préparer. Comme nous ne savions pas si nous campions en plein milieu d’une œuvre du festival ou non, nous plions bagages bien tôt pour nous poser prendre notre petit-déjeuner à une terrasse juste à côté. La veille au soir, un homme avec les habits du festival était venu demandé à Kiki son nom et son numéro de téléphone. Alors nous préférions être parti et avoir nettoyé l’endroit avant que le festival n’ouvre ses portes. La pluie était déjà là, faible mais bien présente. Nous ne comptons plus le nombre de jours de pluie au Japon, comme nous ne comptons plus le nombre de glace que Kiki mange. Mais si l’un passe encore, l’autre peut devenir difficile à la longue. Nous le savons bien, nous sommes à la merci des éléments, et le Japon nous fait bien comprendre que nous avons eu bien de la chance avant lui pour avoir eu autant de jours ensoleillés. Le plus dur mentalement restant ce moment, quand nous prenons la pause déjeuner, que nous nous arrêtons au chaud, et qu’il faut alors repartir, tout en voyant la pluie tomber abondamment. Qu’importe, nous enfilons nos affaires de pluie et nous partons vers l’inconnu.

Pas tellement inconnu pour nous. Nous avions une grosse route à faire, encore une centaine à enquiller, avant d’arriver vers un autre Michi No Eki où nous devions y trouver un onsen pour nous prélasser un instant dans les bains chauds. Mais nous serons bien déçus en arrivant pour y trouver les portes closes. Le onsen que nous nous imaginions pendant toute la journée n’était point. Et la tempête redoublait d’intensité à l’extérieur. Il n’était que 15h30 quand nous montons la tente pour nous y cacher à l’intérieur pour le reste de la soirée. Dehors le vent fait rage, et la pluie bat comme jamais. Les vagues elles frappent le littoral avec une force démesurée. Nous voilà bien à espérer que cela se calme pour le lendemain, et à espérer que nos affaires sèches un minimum pour ne pas être complètement trempés au petit matin.

Jour 231 – Nanao à Toyama

Après une nuit chaotique à ne presque pas fermer l’œil, nous constatons les dégâts au petit matin. Là où nous pensions être relativement à l’abri, l’eau a réussi à rentrer dans le bâtiment derrière nous pour venir inonder notre tente. Toutes nos affaires sont trempées ou presque. Même à l’intérieur de nos sacs, l’humidité a été telle que rien n’a vraiment été à l’abri. Juste nous peut-être. Et encore, nous étions plus là à écouter chaque rafale de vent s’engouffrer pour faire trembler tous les pans de notre fragile tente. Heureusement que nous avions « trois » murs pour calmer le jeu, sinon, nous n’imaginons pas le résultat. Dehors, la tempête a laissé quelques séquelles, mais rien de bien méchant. Des feuilles en pagaille, de l’eau un peu partout, des branches ou des pierres sur la route, et parfois même, elle a réussi à déraciner un arbre. Nous pensions que la pluie s’était arrêtée elle aussi, ne l’entendant plus, mais c’était juste pour nous faire une petite surprise en ouvrant la toile de tente pour la voir bien fine et bien régulière continuer de faire son œuvre. Alors c’est à nouveau sous la pluie et déjà bien trempés que nous entamons la journée.

Nous ne saurons pas si c’était l’envie pressante de se mettre au chaud ou bien une route bien lisse qui glissait sous nos pneus, mais en moins de temps qu’il n’en faut pour faire un Menton / Marseille en voiture, nous avions avalé la soixante de kilomètres. Petit à petit, nous nous rapprochions de l’énorme amas urbain autour de Toyama. Petit à petit nous quittions notre coin de paradis pour cycliste pour replonger l’espace d’un souffle dans les grandes artères. Heureusement, les pistes cyclables continuent d’être présentes, nous permettant d’alterner pour toujours avancer plus vite. Quand enfin nous passons le pont, notre hôtel est en vue. Facile, il est rouge et avec ses treize étages, il en impose dans le quartier. Avec l’épais brouillard qui avait commencé à tomber, nous aurions pu le louper, mais nous étions vraiment concentrés pour y arriver le plus vite possible… Pour rien au final. Comme les précédentes fois, le personnel nous annonce que la chambre ne sera disponible qu’à partir de 15h00. Il est 11h00, nous laissons nos bagages et repartons un moment en ville.

Après un bref arrêt dans un convenient store pour réchauffer nos corps et nos estomacs, nous partons en ville à la recherche d’un magasin de vélo. Le pneu arrière de Kiki a commencé depuis deux jours à enfler, provoquant des problèmes dans le roulement. Premier essai, le vendeur n’a hélas pas de pneu qui peut nous convenir. Mais il nous offre un dépliant avec toutes les pistes cyclables de la région et nous donne une adresse où en trouver. Le deuxième essai sera concluant. Un pneu presque similaire est en rayon. Le temps que le mécanicien ne l’installe, Kiki commence à regarder dans les rayons pour faire quelques emplettes. Ici une chaine de rechange, là de l’huile, et là encore un outil pour nettoyer facilement la chaine. La roue remontée, les achats payés, Kiki se verra alors offrir de la graisse pour sa selle Brooks. Une belle aubaine, lui qui en cherche depuis un moment. Les vélos en pleine forme, nous rentrons nous poser dans le hall de l’hôtel pour attendre qu’un membre du personnel ne vienne nous chercher après un moment pour nous installer dans la chambre. Pauvre chambre.

Nous en ferons un terrain sauvage ravagé par la guerre. Pendant que Kikinette part au spa se relaxer et faire tourner plusieurs machines avec nos vêtements, Kiki prend possession de la chambre. Tendant des fils un peu partout, le voilà à étendre les matelas, les sacs de couchage et l’ensemble de la tente. Puis, pour faire sécher plus rapidement, le voilà à pendre le sèche-cheveux au milieu de tout ça et le laisser tourner sur lui-même. Le bruit est insupportable, mais nous devoir avoir une tente sèche avant d’entamer nos cinq prochaines nuits à la belle étoile. Quand Kikinette remonte après plus de trois heures, la plupart des affaires sont encore humides, le sèche-linge n’ayant pas tellement fait son affaire malgré les quatre tentatives successives. Alors nous voilà à tout pendre en espérant que cela sèche d’ici au lendemain. Quand nous regardons la chambre, nous avons un peu honte. Mais hélas, nous n’avons que très peu de possibilités pour réussir à avoir des affaires propres et sèches la plupart du temps. Alors nous occultons un peu, en se disant qu’au petit matin, nous rendrons la chambre bien propre avant de prendre la route.

 

 

 

 

 


Data depuis le début 

  • Kilomètres parcourus : 9 064,90
  • Temps de déplacement : 562h00m41s
  • Altitude : 67 366+ / 65 173-
  • Calories dépensées par personne : 274 014

 

Par | 2017-10-29T06:11:23+00:00 octobre 31st, 2017|Japon|1 Comment

Un commentaire

  1. Ernandorena Jean Jacques 1 novembre 2017 à 18 h 38 min - Répondre

    Bonjour à tous les 2,

    Que de belles photos encore !!!
    On dit aussi que seules les belles plantes se font arroser !!!
    Bon courage
    Jean Jacques

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