Journal de bord – 057

Jour 232 – Toyama à Nou

Il y a des jours pas comme les autres sur la route. Aujourd’hui en était un. Une journée pleine de surprises et de rencontres sous un soleil timide mais bien présent. Alors nous en profitons bien entendu, car rare sont les fois où nous pouvons l’apercevoir au Japon. Dès le matin, c’est l’un des employés de l’hôtel qui vient nous offrir une bouteille d’eau juste avant que nous partions. Puis c’est à la pause déjeuner, quand nous nous arrêtons sur le parking d’un convenient store que nous aurons deux attentions. Alors que nous sortions notre nourriture pour manger, une dame vient nous offrir à chacun une belle pomme bien rouge. Parfait pour conclure notre dessert. Puis, juste après avoir terminé de nettoyer nos vélos et alors que nous allions repartir, une femme vient alors à notre rencontre. Shigeyo se présente à nous et nous commençons à discuter un peu. Elle est intriguée par nos vélos et notre aventure, alors elle nous demande si nous avons un peu de temps. Bien entendu. La voilà à nous inviter chez elle, à une centaine de mètres de là pour y boire le thé et le café. Elle est professeure d’anglais pour les enfants, et va avoir une classe un peu plus tard dans l’après-midi. Alors nous voilà à discuter et à rire une bonne demi-heure ensemble, elle de nous demander comment bien prononcer le mot « merci » en français ou de nous expliquer le sens de son nom. Mais comme pour tous les japonais que nous avons rencontré depuis le début, il leurs est très difficile de prononcer la plupart des mots dans notre langue, surtout à cause du r roulé. C’est sur le pas de sa porte, alors que l’heure du déjeuner espagnol sonne seulement, qu’elle nous offre un présent à chacun. Kikinette aura le droit à un magnet avec la montagne de Toyama, tandis que Kiki aura un petit Totoro qui trônera sur son porte-drapeau. Voilà des rencontres fortuites et bienveillantes comme nous aimons en faire.

Raconter le reste de la journée semble bien plus fade en comparaison. Il nous faudra un long moment pour parvenir à nous réveiller puis à ranger l’ensemble de la chambre après le foutoir international que nous avions pu mettre. Heureusement que nous n’avons qu’une dizaine de petites sacoches dans ces moments là. Une fois les clefs rendues à l’accueil, les vélos chargés et tout le linge étendu sur nos sacoches, nous pouvons partir. Nous préférons alors rallonger un tout petit peu notre parcours pour prendre une route secondaire longeant le bord de mer, avec un trafic beaucoup beaucoup moins dense. De quoi être bien à l’abri toute la journée, avec la possibilité parfois de prendre la longue piste cyclable longeant le bord de mer. Nous l’abandonnerons très souvent du fait du chaos régnant encore sur son asphalte, avec des branches et des cailloux un peu trop présents. Nous ne la reprendrons vraiment qu’à partir de 17h00, quand la nuit est tombée bien trop vite à notre goût et qu’il nous restait alors encore une petite heure à rouler. Sans feux arrière (ou avant), nous n’avions que peu d’options. Même si pour les deux derniers kilomètres, nous avons du rouler sur l’axe principal. C’est donc avec la frontale à l’envers que Kiki ferme la marche. Là, nous trouvons un énorme Michi No Eki, où la plupart des magasins sont fermés à cette heure avancée. Parfait pour nous pour trouver un coin tranquille à l’arrière et y poser notre tente pour la nuit.

Jour 233 / 234 / 235 – Nou / Sado Island / Niigata

Sur les coups de cinq heures, la pluie vient nous faire un coucou très matinal, comme pour se rappeler à nous, et bien nous faire comprendre qu’elle ne voulait pas nous lâcher. Un peu comme un vieux chewing gum sous une chaussure. Impossible à s’en défaire. Alors une heure plus tard, nous nous réveillons pleinement et entamons notre grand rangement quotidien. A 7h00, nous sommes déjà sur les vélos avec la pluie nous tenant compagnie. Direction le ferry à Joetsu pour rejoindre l’île de Sado. Il nous faudra encore une grosse heure et demie, en restant principalement à l’abri sur la belle piste cyclable, pour nous mettre au chaud dans le hall d’attente. Les billets en main, nous patientons une vingtaine de minutes avant qu’un homme nous conduise jusqu’au bateau pour laisser nos vélos aux bons soins du personnel qui les protégera avec plusieurs couvertures. Comme pour leur éviter d’avoir froid. Nous aurions bien voulu avoir les mêmes vu qu’à l’intérieur du bateau, c’est la climatisation qui semble gagner le pas sur le chauffage malgré les températures bien basses. Environ deux heures de traversée, et voilà l’île en vue.

Comme nous n’aimons pas faire les choses à moitié, nous décidons de faire le tour complet de l’île avant de repasser par le centre pour rejoindre un autre port se trouvant à l’opposé de là où nous venions d’accoster. Une petite boucle d’environ 180km pour nous permettre de profiter de toutes les beautés de ce petit bout de terre qu’on nous a plusieurs fois vanté. Ici la pluie s’est arrêtée. Seuls de gros nuages bien gris resteront le temps de la première journée, avant de laisser place pour les deux jours suivants à un ciel bleu avec un soleil radieux. Autant dire que nous en profitons à fond pour faire notre balade champêtre le long de la petite route du littoral longeant bien sagement la mer d’un côté, et une chaine montagneuse de l’autre. Des chemins nous faisaient du pied pour que nous venions nous attaquer à ces magnifiques montagnes et avoir une vue géante. Mais nous déclinons l’offre à chaque fois. Les quelques 800 à 1000m de dénivelé positif avaient de quoi nous faire préférer le littoral bien calme. Calme par le trafic quasi inexistant ici, mais nous avalons quand même du dénivelé avec la route qui ne connait pas le terme plat. Et ce, malgré les nombreux aménagements humains qui ont été réalisés. Entre les montagnes qui ressemblent à des gruyères avec des tunnels assez nombreux et les ponts flottant sur l’eau pour contourner d’autres montagnes, nous pouvons dire que l’homme est bien présent.

Uniquement par le goudron et le béton. Pour ce qui est des êtres humains, nous avons certainement du croiser plus d’animaux au final. L’île semble être quasiment déserte. Le bus qui sillonne le tour de l’île est toujours vide quand nous le croisons. Les maisons semblent toutes abandonnées. Et les commerces sont quasi inexistants ou fermés sur le tour de l’île. Seuls les deux grosses villes au cœur de celle-ci vivent toute l’année. Pour le reste, l’activité semble uniquement saisonnière. Une chance pour nous, cela fait toujours moins de monde sur les routes et sur les photos. Mais cela rend beaucoup plus difficile notre recherche de nourriture pour les repas, rallongeant d’une heure ou plus à chaque fois pour avoir la chance de trouver un petit supermarché ouvert. Pourtant, ce n’est pas faute que pratiquement tout le littoral soit aménagé avec des habitations typiquement japonaises. Nous roulerons à travers une succession de petits, voire micros, villages, tous plus vides les uns que les autres. Nous apercevons quand même parfois un ou deux pêcheurs sur la jetée, une ou deux personnes dans les champs ou le petit potager, mais rarement plus. Les personnes que nous aurons le plus croisé font partis du personnel d’entretien des routes. Là, oui, ils étaient en nombre. A croire que toute l’île est en rénovation actuellement. De partout des petits travaux de chaussée, et à chaque fois les personnes nous saluent ou nous regardent avec de gros yeux. A chaque fois, la personne en charge de la circulation nous prévoit un passage sûr au cas où une des rares voitures sur l’île arrive juste en face. Les travaux sur les routes et le Japon semblent être toute une histoire d’amour qui nous offre ainsi des voies parfaites pour circuler.

Comme à chaque fois que nous avons un plan établi avec des emplacements possibles où camper, nous nous rendrons compte que rien ne se déroule comme prévu. C’est ainsi que lorsque nous arrivons à l’endroit où nous devions trouver un camping pour la nuit, nous tombons sur un endroit désert et abandonné, sans possibilité de poser la tente à l’abri. Alors nous continuons quinze kilomètres supplémentaires pour nous retrouver au port du ferry qui devait nous amener à Niigata deux jours plus tard. Nous y restons quelques heures pour recharger nos appareils, avant de prendre la direction du jardin non loin, où nous avions repéré un abri pour notre tente. Nous aurons quand même hésité avec la possibilité de dormir à l’étage du bâtiment du port, mais l’incertitude de savoir si nous allions être réveillé en pleine nuit pour nous demander de bouger nous poussera plus à choisir le jardin, plus calme, plus à l’abri des regards. Le deuxième jour, nous arriverons à notre point de camping pour l’heure du déjeuner. Alors nous décidons de pousser encore une vingtaine de plus ce jour-là pour tomber sur une petite falaise en face d’un hôtel avec une vue magnifique pour admirer le coucher de soleil. Kikinette restera pendant plus d’une heure devant son appareil à mitrailler l’astre descendant à travers quelques nuages prenant des teintes multicolores. Kiki lui s’amusera de voir arriver petit à petit tous les résidents de l’hôtel pour se poser juste à côté de nous pour admirer l’évènement avant de retourner aussi sec se mettre au chaud. Nous, nous préférons pouvoir nous lever avec une vue sublime au petit matin suivant !

Surtout quand nous avons un ciel dégagé nous permettant de prendre un bon café bien chaud tout en pouvant admirer la mer encore une fois. Nous aurons même le droit à la visite d’une mamie qui viendra se poser cinq minutes avec nous, essayant de nous parler en japonais, mais bien trop rapidement pour que nous puissions comprendre autre chose que « quelle est votre destination ». Nous n’avions plus qu’une trentaine de kilomètres au final pour revenir au même port que deux jours plus tôt. Nous y ferons la même chose, à savoir recharger nos appareils une nouvelle fois, en attendant que le ferry veuille bien nous embarquer deux heures plus tard. Un brin de toilette, nous voilà un peu plus propre pour fouler un bateau de croisière ou presque. Plusieurs étages, avec suites & co, des machines à sous, des jeux, un énorme restaurant, tout pour passer deux agréables heures en leur compagnie. Nous, nous resterons sagement assis autour d’une table à écrire, regarder quelques séries ou bien naviguer sur Internet. Puisqu’Internet il y avait sur le ferry, même si ce dernier pouvait être aussi lent que la vitesse à laquelle nous voguions sur les flots. Alors quand Niigata est en vue, que nous détachons nos vélos de la calle, et que nous nous remettons en selle, il nous reste une petite vingtaine à faire pour arriver à notre Michi No Eki du jour. Entre temps, Kikinette part remettre à la réception d’un hôtel le double des clefs de l’appartement de Mathias qu’elle avait oublié dans sa sacoche. Il pourra ainsi les récupérer dans quelques jours quand son travail l’amènera à Niigata à nouveau. Quand nous arrivons au Michi No Eki, le seul endroit couvert est déjà occupé par trois autres japonais. Mais quand il y a de la place pour trois, il y en a pour cinq. Alors nous nous installons tranquillement, avant de diner avec le coucher du soleil. A 18h00, le repas était plié. Comme quoi, l’influence du soleil peut être important pour nous afin de nous réguler chaque jour. Heureusement, nous ne dinons si tôt que les jours de camping… c’est-à-dire assez régulièrement au Japon !

Jour 236 – Niigata à Iide

Quand la faim réveille Kiki et qu’un soleil timide pointe le bout de son nez, il est temps pour nous de ranger toutes nos affaires, de faire place nette, et de nous lancer à l’assaut de la montagne. Une toute petite, mais une montagne quand même. Avec le détour que nous avons pris au final en passant par Niigata pour monter sur Yamagata, nous évitons en grande partie l’épine dorsale du Japon, nous laissant facilement en dessous des 400m, en lieu et place des plus de 1000m que nous aurions pu avoir. Mais comme toute journée où nous avons un long chemin, nous espérons toujours n’avoir aucun problème technique. Si la plupart du temps, nous arrivons à les éviter, ce matin, c’était loupé. Le pneu avant de Kikinette est à plat. Voilà Kiki à démonter, vérifier l’intégrité du pneu pour trouver d’où vient le problème, puis à remettre une nouvelle chambre à air à la place. Manque de pot, nous nous rendrons compte en fin de journée que Kiki n’avait pas vraiment trouvé le problème, et que nous venions alors de percer une deuxième chambre à air pour rien. Pourtant, lors du contrôle, rien, pas une seule épine pour piquer les doigts de Kiki quand il les a passés autour. Incompréhensible. Mais nous ferons avec pour réussir à atteindre notre destination en plein cœur des montagnes.

Nous avions aussi pensé follement que la météo était avec nous. Voir plusieurs jours d’affilé le soleil (avec ou sans les nuages), nous avait fait croire à l’impossible. Mais quand nous attaquons la remontée à travers les montagnes, plein Est, nous avons une mauvaise surprise. Quand ce n’est pas la pluie, c’est le vent qui décide d’être contre nous. Alors nous l’avalons des heures durant, à la force de nos mollets pour lui tenir tête. Nous maudissons un peu cette météo japonaise qui est loin d’être idéale, mais nous ne nous arrêtons pas pour autant. Nous profitons à la place du spectacle sur la route. Des Ferrari, des Porsche, des Hellmut et autres joyeusetés motorisées défilent sous nos yeux. Toutes avec le signe Cannonball à l’arrière. C’est ainsi une vingtaine, voire plus, de voitures de haut standing qui nous doublent à plusieurs reprises. Kiki s’imaginant bien au volant de certaines sur un circuit pour pouvoir tester leur puissance sous le capot. Car en les voyant sur cette nationale, à rouler à moins de 70km/h, nous en avons le cœur meurtri… tout en étant amusé au final.

Mais c’est très certainement les paysages qui retiennent la plus grande partie de notre attention. Nous voilà bien entrés dans l’automne et dans ces couleurs infinies. Tout autour de nous, nous assistons pleinement au changement de saison en entrant dans les montagnes. Un nuancier mouvant sur la dense végétation sur les flancs de la route. Allant du vert vers le rouge, en passant par l’orange et le jaune, ainsi que toutes les teintes que nous pourrions à peine imaginer entre toutes ces couleurs, les arbres nous offrent un spectacle splendide. Nous sommes comme des enfants revenus à une lointaine époque, admirant avec des yeux grands ouverts à la recherche de toutes les connaissances du monde, pour pouvoir apprécier à sa juste valeur toute la beauté de la nature dans sa plus simple composition. Comme si nous avions un tableau de grand maître devant les yeux qui n’arrêtait jamais de se mouvoir en même temps que nous pédalions, pour nous éblouir toujours un peu plus au coup suivant.

Seuls les nombreux tunnels construits pour traverser plus facilement les montagnes, et éviter de magnifiques ascensions, nous sortent à intervalles réguliers de notre contemplation. Puis nous arrivons enfin dans un nouveau Michi No Eki. Nous pensions en avoir vu des grands, mais à chaque fois, il semblerait que les complexes que nous traversons s’agrandissent. Un énorme supermarché avec une multitude de produits régionaux, des restaurants, quelques boutiques, un parc pour les chiens, et un point informations touristiques. Nous nous dirigeons vers ce dernier après une bonne glace pour nous remonter le moral après cette journée bien venteuse. Il y fait chaud, il y a de l’espace et un Wi-Fi gratuit. Il ne nous en faudra pas plus pour y élire résidence pour la nuit et y poser nos matelas dans un coin pour ne pas devoir poser la tente à l’extérieur.

 


Data depuis le début 

  • Kilomètres parcourus : 9 483,44
  • Temps de déplacement : 585h17m53s
  • Altitude : 70 518+ / 67 892-
  • Calories dépensées par personne : 286 148

 

Par | 2017-10-30T04:03:45+00:00 novembre 5th, 2017|Japon|1 Comment

Un commentaire

  1. Ernandorena Jean Jacques 6 novembre 2017 à 10 h 15 min - Répondre

    Bonjour à tous les 2,

    Après la pluie, le vent !
    A quand le soleil ?
    Bon courage
    Jean Jacques

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