Journal de bord – 058

Jour 237 – Iide à Yamagata

A dormir dans le point informations touristiques a ses avantages et ses inconvénients. Il y fait chaud. Nous sommes à l’abri des éléments. La lumière reste allumée toute la nuit. Les locaux vont et viennent pour se mettre à l’abri. Le réveil est très matinal. Mais les deux premiers sont souvent les facteurs les plus importants pour nous. Les autres, nous pouvons en faire fi et nous en accommoder. Surtout quand dehors, la tempête fait rage. C’était donc bien un calme bien relatif que nous avions eu ces derniers jours. Nous voilà repartis dans des trombes d’eau avec un nouveau typhon arrivant dans le Sud du Japon. Nous nous estimons chanceux en quelques sortes d’être toujours dans le Nord, car sinon, il nous serait impossible de monter sur nos vélos. A chaque fois, nous espérons secrètement ne jamais avoir à faire à un typhon une fois que nous longerons l’océan dans le Sud. Alors nous rangeons nos matelas et sac de couchage sous le regard de quelques locaux venus prendre eux aussi leur petit-déjeuner au chaud. Puis une fois le ventre bien rempli et les tenues bien mises, nous repartons affronter les éléments qui se déchaînent dehors

Si les gens qui nous voient partir sous ce déluge ne comprennent pas trop notre motivation, nous nous la connaissons bien. A l’arrivée à Yamagata, trois nuits de repos à l’hôtel pour faire un break avant d’enchainer sur la partie montagneuse de notre parcours au Japon devant nous amener jusqu’à Tokyo dix jours plus tard. Nous regonflons le pneu de Kikinette espérant que ce dernier puisse tenir une grosse heure pour pouvoir le regonfler ensuite. Mais vingt minutes seulement après notre départ, il est bien à plat. Nous nous rangeons à l’abri pour que Kiki démonte à nouveau le pneu et l’inspecte encore plus longuement que la veille. Mais toujours rien. Rien de rien qui ne dépasse pour crever inlassablement toutes les chambres à air que nous mettons à l’intérieur. Alors nous en remettons une ancienne que nous avions rafistolé. Elle tiendra à peine les 40km supplémentaires pour venir se mettre à plat juste devant l’hôtel. Nous ne comprenons pas le problème, mais un spécialiste trouvera surement la solution à ce dernier. Nous laissons cela pour le lendemain.

Nous préférons nous mettre rapidement à l’abri dans le hall de l’hôtel après avoir mangé dans un convenient store non loin de lui. Nous n’étions pas sûr de trouver de la place, n’ayant pas réservé et ne sachant pas si les vouchers que Mathias nous avait offert pouvait marcher dans tous les établissements pour obtenir une chambre double. Mais cela devait être notre petite chance du jour après s’être pris la pluie et le vent toute la matinée. Nous aurons notre chambre double avec petit déjeuner inclus pour une somme ridicule au final que nous devons rajouter en plus des vouchers. Nous sommes heureux, jusqu’au moment où la réceptionniste nous annonce que nous devons attendre jusqu’à 16h00 pour avoir la chambre. Arf. Nous voilà à rentrer toutes nos affaires dans le hall, à nous changer, faire tourner des machines et nous poser sur nos ordinateurs en attendant enfin de pouvoir monter et faire tourner à plein régime la douche chaude qui nous y attendait. Quand la porte s’ouvre, nous pouvons déballer nos sacoches et nous approprier les lieux pour nos reposer. Kiki ressortira une seule fois pour faire de grosses courses pour les jours à venir, tandis que Kikinette attendra les coups de 19h30 pour sortir à son tour faire le tour des supermarchés aux alentours afin de ramener des plats préparés à bons prix… pour les trois prochains repas ; Kikinette ne sachant pas s’arrêter dans sa frénésie d’achats devant la nourriture, pensant toujours que Kiki mangera pour trois ou quatre personnes… Ce qui s’avère souvent juste au final !

Jour 238 / 239 / 240 – Yamagata

La douceur d’un bon lit. Rien de tel pour que nous puissions nous ressourcer parfaitement. Ou en langage non cycliste, dormir paisiblement ! Nous devions initialement rester trois nuits à Yamagata pour faire un break, nous y restons une nuit de plus. Parfois, il est nécessaire de bien prendre le temps pour savoir écouter son corps et ses envies. Et la, nous voulions simplement ne rien faire… Ou presque. Venir jusqu’à Yamagata avait un but bien précis : admirer les couleurs du lac du mont Zao dans une végétation d’automne.

Nous sommes quelque peu malchanceux sur le coup. La météo en a décidé autrement en enneigeant complètement le sommet de la montagne. Sans équipement adéquat pour s’y aventurer vu les températures se rapprochant de zéro au sommet, nous n’avons d’autre choix que de rester à la station de ski de Zao. Celle-ci est réputée pour ses nombreux onsens. Alors, après avoir fait quarante minutes de bus pour arriver jusque-là, nous décidons quand même d’aller nous plonger dans la chaleur de l’un de ses bains. Et quelle chaleur. Y tremper les pieds était comme les poser sur une pierre chauffée à blanc. Il nous faudra à chacun un moment pour y entrer et y rester dans les effluves malodorants que peut produire le souffre dans les bains chauds. La ville de Zao, une fois bien propre, n’avait que peu à offrir. Une ville fantôme en dehors de la saison hivernale ou du plein été. Avec les feuilles mortes qui jonchent le sol, nous pourrions nous croire dans une série post apocalyptique. Nous ferons un seul arrêt au bord du lac pour tester quelques techniques photos avant d’attendre une heure le bus, ayant loupé le précédent de quelques minutes seulement. La ponctualité japonaise n’est plus à démontrer. Dommage pour nous.

Puis nous partons pendant une fin de journée, après avoir réussi à nous motiver à sortir voyant une accalmie pluvieuse, vers le complexe de temples de Yama Dera, à une quinzaine de kilomètres du centre-ville. Le temps de prendre un train JR pour nous déposer devant, que le déluge reprend. Qu’importe, nous attaquons la visite qui nous fait alors gravir une volée de marches plutôt conséquente. Mais une fois en haut, nous découvrons plusieurs temples cachés dans une forêt épaisse aux couleurs multiples. Un régal pour les yeux, avec une vue complète sur la vallée. Nous n’en redescendons qu’à la nuit tombée, pour reprendre à nouveau le train. Encore un magnifique site japonais que nous n’aurons pas eu la chance de contempler dans toute sa splendeur. A croire que notre séjour sur Yamagata tombait pile à la mauvaise période.

Qu’à cela ne tienne. Nous profitons des bons petits déjeuner que nous propose l’hôtel et nous prenons du temps pour nous pour aussi bien travailler, planifier notre arrivée prochaine sur Tokyo, appeler nos proches, mais surtout pour nous reposer avant de reprendre la route pour encore une grosse semaine à travers les montagnes. Et c’est le troisième jour, quand nous décidons de rester une journée de plus à ne rien faire, que le soleil décide à pointer le bout de son nez, comme pour nous narguer. Au loin, nous apercevons le mont Zao, magnifique, grandiose, avec sa pointe bien enneigée. Quel spectacle. Dommage que nous ne puissions le voir de plus près. Une prochaine fois. Alors que la journée se passe tranquillement, nous recevons un coup de téléphone dans la chambre. Un peu surpris, Kiki répond pour se rendre compte que c’est un appel pour Kikinette. La veille, pendant une séance photo dans la rue, elle avait rencontré une japonaise qui l’avait alors invitée à boire un café. Là voilà en bas dans le lobby à l’attendre. Pendant plusieurs heures, Kikinette disparait avec la dame. Kiki pensant qu’elles étaient simplement parties boire un café encore une fois. Mais non, la japonaise l’avait emmenée avec une amie à elle dans un temple à une demi-heure de route pour prier ensemble et lui faire quelques présents. Etrange. Surtout quand à son retour elle demande à Kiki de descendre pour la rencontrer. Là, Kiki se rend compte que la dame est une sorte de témoin de Jéhovah local, qui souhaite l’emmener prier lui aussi. Prétextant du travail, il échappera à la séance. Mais nous aurons quand même sa bénédiction, tout en nous rappelant de bien prier Beppùn en direction du Mont Fuji une fois par jour et d’en parler aux gens autour de nous. C’est ça aussi le voyage, des rencontres « insolites » qui nous laissent un bon souvenir !

Jour 241 – Yamagata à Aizu-Wakamatsu

Le retour en selle est toujours un moment spécial après quelques jours d’arrêt. Nous oscillions entre des jambes qui ont du mal à reprendre la route sur les premiers kilomètres et un retour à une totale liberté sur nos vélos. Le temps d’adaptation est toujours aussi rapide. Toujours aussi plaisant. Comme si nous retrouvions un ami perdu de vue depuis des années et que nous puissions toujours autant rire ensemble. Que cela fasse un jour, une semaine ou plus, ce sentiment est toujours bon. Celui de n’avoir que notre imagination comme limite. Et comme souvent après nos journées de repos, à avoir bien mangé et n’avoir pas fait beaucoup d’exercices, notre corps est survitaminé. Il a toujours envie d’en faire plus. Comme si il voulait montrer qu’il était bien en vie et qu’il pouvait relever tous les défis. Aujourd’hui n’a pas fait exception à la règle. Mais ce fut aussi la faute de Kiki qui avait vu de mauvaises informations concernant le dénivelé. Notre point de chute passé juste après le déjeuner, nous continuons sur celui qui devait être pour le lendemain, et tirons même un peu plus. En lieu et place d’une grosse soixantaine, nous doublerons la mise au casino.

Nous devions passer une belle chaîne de montagnes, plus ou moins haute. Mais les japonais ont bien fait les choses. A la manière des nains, les montagnes étaient entièrement percées de tunnels. Une belle succession de tunnels même. Heureusement pour nous, tous étaient en descente. Et quelle descente. Pendant presque 25km, nous roulons à plus de 40km/h, nous laissant porter par le vent qui avait décidé pour une fois de ne pas nous freiner. Nous avions auparavant grimpé pendant un bon moment, sans vraiment s’en rendre compte. Un pourcentage très faible, qui au final nous a offert une belle descente derrière. Une descente dans une vallée entourée de hautes montagnes, certaines déjà enneigées comme le mont Zao. L’hiver approche à grand pas, même si les températures demeurent entre 12 et 16°. Pas de quoi nous décourager à ne pas rester en t-shirt toute la journée. La veste n’apparait qu’en fin de journée, quand le soleil s’est couché alors qu’il n’est encore que 16h30. Les journées raccourcissent à vue d’œil au Japon, et nous devons faire attention à ne jamais dépasser la limite afin de ne pas rouler de nuit… comme aujourd’hui. Où nous arrivons presque dans le noir total sur une aire de camping pour nous installer et ne plus sortir de la tente.

Un peu plus tôt dans la journée, quand nous déjeunions devant un convenient store et que nous nettoyions à nouveau nos vélos, une dame vient à notre rencontre pour discuter. Puis de nous offrir un café et deux bouteilles de thé. A croire que le combo nettoyage et repas nous offre de belles rencontres ces derniers temps. Kikinette rigole en voyant les bouteilles de thé, car Kiki déteste le goût de ces bouteilles de thé froid. Mais quand il va pour en boire une quand même, celle-ci est chaude. Nous avons alors une révélation, presque deux mois après notre arrivée au Japon. Nous pouvions en fin de compte demander à la caisse à nous faire faire chauffer notre thé. Et une fois chaud, ce dernier était vraiment meilleur. Nous rigolons alors, et repensons à la dernière fois où une telle chose nous était arrivée. C’était en Turquie, avec les ayrans. Nous avions détesté le premier que nous avions bu en arrivant, et n’avions jamais testé à nouveau. Ce n’est qu’en rencontrant Laurène & Philippe que nous nous étions remis à ça en nous rendant compte que nous étions juste tombé sur un mauvais à l’époque. Comme quoi, à chaque jour sa bonne surprise !

 


Data depuis le début 

  • Kilomètres parcourus : 9 653,42
  • Temps de déplacement : 593h59m57s
  • Altitude : 71 871+ / 69 110-
  • Calories dépensées par personne : 290 606

 

Par | 2017-11-11T02:11:25+00:00 novembre 11th, 2017|Japon|0 commentaire

Laisser un commentaire