Journal de bord – 059

Jour 242 – Aizu-Wakamatsu à Yunishigawa

Le soleil vient nous chatouiller pour nous annoncer l’heure du réveil. Un poil avant 7h00, et nous voilà à déjeuner avec une belle lumière à l’extérieur et un ciel bleu de chez bleu. Pas l’ombre d’un nuage à l’horizon. De quoi nous gonfler à bloc pour l’étape de montagne que nous avions au programme de la journée. L’une des rares que nous allions avoir surtout au Japon suite aux nombreux changements d’itinéraires que nous avons fait. Au final, nous passerons notre plus « haut » col japonais à un peu plus de 850m. Rien de bien méchant, rien de bien extraordinaire. Surtout quand pour faire ce dénivelé, nous avions pratiquement une soixantaine de kilomètres. Ce qui fait une pente de 1 à 2% grand maximum. Rien qui ne nous ralentissait vraiment. Nous avalons donc cette étape comme nous avalons les pâtes au diner. Vite fait, bien fait. A 14h, nous avions déjà posé les vélos dans le hall du Michi No Eki pour y attendre que la nuit tombe pour nous y endormir.

Sur la route, nous rêvons. Nous rêvons en grand de nous perdre dans ces montagnes multicolores. De pouvoir toucher le plus haut des arbres. De collectionner chaque nuance de feuilles pour en faire une exposition. Notre regard se perd inlassablement dans la végétation. Nous sommes comme aspirer par celle-ci. Et longer une belle rivière n’aide pas non plus à penser à autre chose. Si les températures n’étaient pas si basses, un petit plongeon n’aurait pas été impensable. Là, nous préférons juste nous l’imaginer pour ne pas rester alité pendant plusieurs jours. Surtout que Tokyo est en vue, toujours plus près de nous. Nous avions déjà gagné un jour de route la veille, et nous en regagnons un nouveau aujourd’hui en nous plaçant à moins de deux heures de Nikko que nous pourrons visiter dans la journée. Du moins, c’était le plan. Quand le Wi-Fi s’offre à nous au Michi No Eki, nous déchantons. Plus aucun hébergement de libre, sauf un à presque 300€ la nuit. Nous passons notre tour. Nous voilà bien. Nous décidons de ne pas trop nous prendre la tête, de tenter le lendemain certaines guesthouses, un camping, et en désespoir de cause, nous mettrons nos vélos dans un parking pour la journée avant de camper le soir dans l’un des Michi No Eki de la ville.

Mais si une seule mauvaise nouvelle ne suffisait pas à faire son affaire, au moment d’aller poser notre tente à un endroit parfait, avec vue sur la rivière, nous rencontrons de la compagnie. Quatre singes avaient élu domicile autour de notre spot. Kiki hésite, puis se disant que le risque était trop grand de voir des affaires disparaitre dans la nuit avec nos amis, nous optons pour la salle d’accueil du train. Quelques sièges feront office de lits, et nous aurons le droit à une belle lumière éblouissante pour nous tenir compagnie. Et si cela ne suffisait pas, la loi des séries semble se démontrer dans ces instants parfait. Au moment d’allumer le réchaud, paf, la bouteille d’essence qui décide de régurgiter son contenu à l’extérieur en passant par des endroits impensables. Nous voilà donc sans possibilité de cuisiner pour les prochains jours jusqu’à ce que nous puissions trouver un réparateur sur Tokyo. Heureusement, quelques biscuits, céréales et bananes combleront nos ventres jusqu’au lendemain où nous irons probablement dévaliser un supermarché de sa nourriture pour être encore plus heureux !

Jour 243 – Yunishigawa à Oyama

Dormir sur des bancs n’est pas toujours aussi facile que dans nos souvenirs de jeunesse. Au matin, Kiki ressent quelques douleurs au dos. Il faut dire qu’ils étaient bien durs malgré le petit coussin intégré. Mais, contrairement à la dernière fois où nous avions dormi comme cela, nous avons eu la « chance » de ne pas avoir une pleine lumière sur nos têtes pendant toute la nuit. Juste quand nous bougions trop de nos sièges, allumant alors le capteur automatique. Rien de bien méchant pour nous empêcher quand bien même de faire notre nuit et au petit matin de plier bagages rapidement pour prendre quelques forces avant de repartir sur la route. Dehors, un petit soleil matinal avec une brume entourant les montagnes en face de nous. Voilà comment bien commencer la journée, en nous voyant déjà sur Nikko qui se trouvait à une trentaine de kilomètres plus bas. Mais il faut croire que la météo avait d’autres plans pour nous et que nous n’étions pas au bout de nos surprises.

Vers 10h00, nous devons prendre une décision. Quand nous sommes arrivés en plein cœur de Nikko, notre regard se porte sur notre droite. Là où se trouvent tous les temples, d’épais nuages noirs de chez « tempête me voilà » planent au-dessus. Et ces derniers se rapprochent rapidement de nous. Nous venions de finir le tour du quartier, et n’avions trouvé qu’une seule chambre disponible. Une simple. A plus de 10000yens. Nous avalons notre salive en entendant le prix. Nikko fait partie des grands sites inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO avec des merveilles à visiter. Nous nous regardons, puis d’un commun accord nous décidons de reprendre la route. Nikko aura été la ville de « trop » niveau météo, qui nous pousse à nous dire qu’il nous sera impossible pendant notre voyage de TOUT faire, et que parfois il nous faudra « oublier » certains endroits. Nous ne voulons pas gâcher notre plaisir à visiter Nikko par une météo capricieuse et instable, et de surcroit en payant une chambre à un prix astronomique.

Au-revoir Nikko. Bonjour Oyama qui se trouve à une cinquantaine de kilomètres plus loin, dans la plaine qui nous annonçait déjà Tokyo. Nous entrons dans une aire urbaine sans nom, où les montagnes sont désormais absentes. Nous roulons sur des chemins annexes pour essayer d’éviter au maximum les voitures, mais cela est peine perdue. Nous sommes rattrapés par la civilisation, et nous savons que nous ne la quitterons presque plus jusqu’à la fin de notre périple à Osaka. Seuls quelques détours nous offrirons une « pause » dans cette immense suite de villes japonaises. Les nuits précédentes n’ayant pas été des plus « douces » pour le dos de Kiki, nous décidons de nous arrêter dans un hôtel pour la nuit, et retournons dans un Toyoko Inn où nous savons que nous serons bien accueillis. Manque de « chance », presque toutes les chambres sont réservées, ne nous laissant plus qu’une « suite » bien grande, avec deux grands lits pour pouvoir nous reposer sans ménagement !

Jour 244 – Oyama à Tokyo

Nous y voilà. Le grand jour. Celui qui nous fait franchir les portes de Tokyo. Cette ville, cette métropole, cet immense lieu où fourmillent des millions de personnes. Comme un rêve que nous avions toujours voulu toucher, sans pouvoir nous y rendre, et aujourd’hui, enfin, nous y entrons pour la contempler. L’excitation est palpable, comme au matin de Noël, avant d’ouvrir nos cadeaux et d’y découvrir notre souhait le plus cher. Il nous est difficile de ne pas vouloir toujours plus accélérer sur nos vélos pour y arriver. Les panneaux défilent sous nos yeux, annonçant Tokyo encore et toujours plus proche. Kilomètre après kilomètre, nous n’avons qu’une envie, arriver et sourire. Tokyo marquant une grande étape dans la première partie de notre voyage, nous ne pouvons que penser à toutes les choses que nous allons pouvoir voir et expérimenter dans la ville. C’est aussi et surtout l’un des plus grands rêves de Kiki que de pouvoir fouler Tokyo, capitale mondiale du manga et de l’électronique. Alors pouvoir y arriver en vélo sous le soleil, c’est comme une sorte de bénédiction pour présager de notre séjour en ces murs.

Mais avant de voir au loin l’immense Tokyo Skytree dominant de toute sa hauteur la ville, nous devons encore rouler une bonne dose d’asphalte. Et comme toute grande agglomération qui se respecte, le trafic y est bien imposant. Aussi bien dans sa périphérie que dans son cœur. Nous oublions vite à quoi peuvent ressembler ces amas d’urbanisation où se concentrent autant de personnes dès que nous roulons quelques jours dans les montagnes. Alors nous empruntons la route n°4 ByPass pour entrer directement dans Tokyo depuis Oyama. Une longue route qui oscille entre deux et trois voies, plus une belle bande d’arrêt d’urgence où nous restons. Il y avait bien une « piste cyclable » qui longeait cette n°4, mais les détours qu’elle pouvait engendrer, et le confort que nous avions sur la route principale, nous ont poussé à la délaisser. Alors nous roulons. Toujours plus vite. Sauf quand nous arrivons au niveau des rares feux rouges qui coupent la n°4. Là, nous avons des statistiques impressionnantes. Presque neuf fois sur dix, nous avons la chance de nous arrêter. Presque dix fois sur dix, Kiki maugrée contre cette malchance qui nous poursuit avec les feux. Comme si quelqu’un s’amusait à nous suivre et à déclencher les feux juste avant que nous arrivions. Mais ces petits contretemps ne nous empêchent quand même pas d’arriver pour le déjeuner à la périphérie proche de Tokyo.

C’est sur les bords de la rivière Arakawa que nous nous posons et déjeunons sur un banc. Derrière nous, Tokyo. Quelques kilomètres seulement nous en séparait de son hyper centre. Mais nous avions rendez-vous à l’Est, dans le quartier de Koto en fin de journée. Alors nous prenons notre temps pour apprécier notre entrée dans Tokyo et en faire le tour sur une belle piste cyclable longeant la rivière. Le long de celle-ci, une succession sans fin de terrains de jeux pour les tokyoïtes qui étaient nombreux en ce dimanche après-midi ensoleillé. Le baseball occupant une majeure partie de la cinquantaine de terrains que nous voyons, avec sur chacun, un match se déroulant. Des plus jeunes aux plus vieux, tous semblent pratiquer cette discipline. Pour notre plus grand bonheur à pouvoir les regarder de si près. Et nous pourrons aussi assister à du football, du frisbee, et pleins d’autres jeux le long de notre promenade dominicale. Nous nous arrêtons ici et là pour prendre des photos et regarder tout ce monde jouer. Cela ne sera pas les kilomètres les plus rapides de notre tour, mais surement les plus reposant.

Puis nous recherchons la boutique Masa Chic, où nous devons retrouver Masami et Claude, un couple d’amis d’un ami à Kiki qui ont eu la gentillesse de bien vouloir nous accueillir. Le temps de faire une grosse machine pour nettoyer nos affaires qui sentaient « bon la nature », nous les attendons sur le pas de la porte. Là, nous faisons la rencontre d’un voisin, qui nous avait vu depuis son balcon et qui était venu à notre rencontre pour discuter. Un homme de soixante-dix ans parlant un bon anglais, et qui s’avèrera un très bon ami du couple qui nous accueille. Puis une voiture s’arrête à notre hauteur, et nous faisons la connaissance de Masami et Claude. Ils déverrouillent alors la porte de leur arrière-boutique où nous allons loger pendant notre semaine à Tokyo. Rendez-vous est pris le lendemain soir pour un restaurant tous ensemble avec leur voisin. Nous sommes comblés en découvrant l’endroit qui nous servira essentiellement à dormir, la ville ayant tant à nous faire marcher. Mais plus encore en discutant avec Masami et Claude qui sont ici depuis plus de huit ans maintenant. Elle est japonaise, lui français, et reviennent du Nord de la France où ils habitaient dans la Loire pendant de nombreuses années. Ils sont tous les deux passionnés de pétanque et font partis de la fédération japonaise. Dans quelques jours ils s’envoleront vers la Chine afin d’assister à une compétition sur place.  Voilà qui annonce la couleur parfaite pour bien débuter notre séjour à Tokyo !

 


Data depuis le début 

  • Kilomètres parcourus : 9 898,80
  • Temps de déplacement : 606h58m02s
  • Altitude : 73 150+ / 70 550-
  • Calories dépensées par personne : 297 550

 

Par | 2017-11-11T02:14:33+00:00 novembre 16th, 2017|Japon|1 Comment

Un commentaire

  1. Ernandorena Jean Jacques 17 novembre 2017 à 11 h 02 min - Répondre

    Bonjour à tous les 2,

    Bienvenue à Tokyo !
    ça va être une superbe découvert!
    Bon courage
    Jean Jacques

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