Journal de bord – 060

Jour 245 à 254 – Tokyo

– Part 1 –

Neuf jours. 120km de marche. Une ville arpentée dans tous les sens pour pouvoir en capter tous ses instants, toutes ses lumières, toute sa vie, toute sa diversité. Une ville qui ne dort jamais, qui ne connait pas de répit, qui est multiculturelle. Une ville aux multiples visages qui se cherche entre tradition, architecture, technologie, extravagance et luxe. Une ville qui nous pousse chaque jour à découvrir de nouveaux lieux, à regarder toujours plus haut, à ressentir de nombreuses émotions. Une ville qui n’a sans doute aucun équivalent aujourd’hui dans le monde et qui en fait un lieu unique au croisement de toutes les routes. Voilà ce qu’a été Tokyo pour nous pendant ces neuf jours. Voilà ce que nous nous remémorerons pendant longtemps de cet mégalopole sans fin qui aura vu nos pas croiser ceux de millions d’autres personnes. Une expérience riche. Une expérience nouvelle. Une expérience incroyable.

Pendant les neuf jours où Masami et Claude nous prêteront leur arrière-boutique, nous n’aurons de cesse de vouloir toujours plus explorer ce « rêve » qu’était Tokyo pour nous. Disons plutôt sept jours, puisqu’au huitième, nous décidons de nous reposer, après une longue semaine d’escapades et promenades en tout genre. Il fallait bien cela avant de reprendre la route pour terminer notre périple japonais dans les meilleures conditions, mais aussi pour préparer nos affaires et faire le point sur cette semaine écoulée. Il faut un certain temps pour se poser, mâcher, s’émerveiller de la saveur succulente de la ville et de tout ce qu’elle nous a offert pendant notre séjour. Un moment de stase pour redécouvrir les photos et les vidéos, pour commencer certains nouveaux montages, et nous satisfaire plus que jamais du chemin parcouru depuis plus de huit mois maintenant.

Une semaine est plus que largement suffisante pour traverser Tokyo de part en part, nous le comprenons assez vite. Surtout quand nous revenons parfois deux à trois fois dans les mêmes quartiers. Mais nous aimons nous y perdre. A chaque fois dans des ruelles différentes. A chaque fois avec de nouveaux visages face à nous. A chaque fois avec des détails que nous n’avions pas perçu la fois d’avant. Alors nous revenons souvent sur nos pas, souvent à des heures différentes, pour être sûr d’avoir pris correctement le pouls de Tokyo, de son ambiance et de sa vie. Le contraste est souvent saisissant entre les heures, entre les jours, pouvant nous plonger parfois dans un vide total (très rare), ou dans une foule informe, grandissante et bruyante où nous nous sentons à l’état de simples fourmis tentant de traverser un raz de marée humain incommensurable. Nous l’aurons surtout ressenti à Shibuya, sur le fameux croisement piéton. En journée, il demeure comme n’importe quel passage piéton, avec certes la possibilité d’aller n’importe où. En soirée, les lumières des néons et des affichages publicitaires vous plongent dans une autre dimension, où toute la population de Tokyo semble s’être donnée rendez-vous pour traverser précisément ce carrefour et ne jamais s’arrêter de le faire. Regarder ce va-et-vient incessant depuis les hauteurs du Starbucks Café qui surplombe la place a de quoi vous hypnotiser pendant un long moment, sans que votre regard ne puisse jamais s’en détacher.

Tout à Tokyo est fait pour se questionner, pour se remettre en question, pour en apprendre davantage sur la culture japonaise, pour s’émerveiller, pour s’ouvrir à un monde complètement différent du nôtre. Dès les premiers pas dans le métro, les choses bougent. Et très vite. Il ne faut pas s’endormir. Pas comme tous ses tokyoïtes peuvent le faire dans les rames, à se réveiller in-extremis en entendant la musique spécifique à leur arrêt pour sauter avant que les portes ne se referment. Celles-ci auront peu de chance de vous surprendre. C’est un « chef de gare » qui s’occupe de veiller au bon grain, pour être sûr que personne ne soit bloqué ou ne bloque les portes avant de tourner sa clef et refermer les portes pour laisser le métro repartir vers une nouvelle destination. Tokyo, comme tout le Japon, nous surprend avec ces métiers que nous avons vu disparaitre avec l’automatisation et les technologies que nous implémentons toujours plus dans notre quotidien. Un paradoxe japonais comme il en existe tant dans ce pays si avancé technologiquement, mais si traditionnaliste dans de nombreux domaines. Nous comprenons mieux le taux de chômage si bas du Japon (-3%) quand nous constatons toujours plus le nombre d’emplois de ce type et parfois même le très grand nombre d’employés dans certains magasins ou hôtels quand en France nous divisons ces chiffres par deux ou trois.

Le métro est une source infinie d’apprentissage sur la culture japonaise. Rien que d’attendre sur les quais nous donne une vision de l’éducation et de la discipline qui règne ici. En ligne, bien rangés les uns derrière les autres, les japonais attendent, laissent sortir les gens dans les rames, avant de s’y engouffre à leur tour. Par terre, pas un papier ne traine, et les murs sont éclatants de propreté. Les graffitis ont été bannis depuis bien longtemps, la société ayant décidé d’infliger de lourdes amendes le cas échéant. Dans certaines stations de forte affluence, des agents se chargent même de faire la circulation pour être certains que les personnes puissent passer facilement. Et dans les escaliers principalement quand tout le monde s’engouffre vers la sortie la plus proche. Un sens pour monter, un sens pour descendre, et personne pour essayer de se frayer un chemin à contresens. Les escalators eux sont à prendre à l’envers. Entendre par là que nous devons nous tenir à notre gauche pour laisser passer à droite les tokyoïtes pressés. Pas facile pour l’ancien parisien qu’était Kiki à se mettre à droite. Mais aucun ne courre, cela est interdit dans les couloirs du métro. Tout comme énormément de chose au final. Les panneaux d’interdiction en tout genre florissant sur notre passage, nous poussant à nous interroger jusqu’où les personnes en charge ont pu réfléchir pour certains d’entre eux. Chacun semblant avoir une petite histoire derrière qu’il nous aurait été intéressant de connaitre.

Nous marcherons pendant des heures et des heures. Parfois à l’air libre, parfois dans les immenses galeries souterraines qui parcourent Tokyo. Certaines stations semblent avoir des tentacules sans fin qui peut les mener à des bâtiments à plus d’un kilomètre de là où nous avons pris le métro. Tout ça, sans jamais retourner à la surface. Le réseau de métro s’est interconnecté avec la ville, ne créant qu’un seul et même espace de jeu immense qu’il nous faut explorer. Qu’il nous faut surtout être vigilant pour ne pas nous y perdre. Les cas sont rares, mais nous y arrivons parfois, ne retrouvant plus le petit panneau nous indiquant le nombre de mètres encore à parcourir avant d’atteindre notre quai. Et à chaque fois que nous devons faire un changement entre les lignes, nous jouons à la roulette russe, avec parfois la chance d’avoir l’autre métro sur le quai d’en face, ou alors de devoir parcourir 750m dans le dédale de Tokyo. Nous nous y habituons jour après jour, en prenant à chaque fois notre pass à la journée qui revient bien moins cher pour se déplacer rapidement dans les différents quartiers de la ville qui sont parfois à des dizaines de kilomètres les uns des autres. Il n’y aura que les deux premiers jours où nous n’en prendrons pas, préférant nous rendre dans les lieux que nous voulions visiter à pied. Il s’agissait des quartiers les plus proches de nous bien entendu. Nous n’avons pas été fous à ce point pour aller jusqu’à Shibuya qui se trouve à l’extrême opposé de Masa Chic.

Nous aurons eu la chance, le lundi soir, de pouvoir diner avec Masami et Claude, ainsi qu’avec un couple d’amis à eux. Un petit restaurant au coin de la rue, quelques tables, mais toutes remplies. Il n’est que 18h00, et pourtant les japonais mangent déjà. Du moins, c’est un rituel assez spécial et troublant pour nous autres, bons français. Au lieu de commander directement tous les plats que nous souhaitons manger, nous commandons au fil de l’eau. Un plat, puis un autre, puis un nouveau, puis encore un autre… avec toujours plus de nourriture sans que nous ne puissions dire stop. Même pour nous qui mangeons pour plusieurs personnes avons du mal à suivre la cadence. Nous avions beau boire quelques verres d’alcool de riz sous diverses formes ou de la bière japonaise, nos estomacs ont terminé sur les rotules, mais heureux comme jamais. Nous ne pourrions au final pas dire combien de fois la serveuse est revenue vers nous avec de nouveaux plats, tous plus succulents les uns que les autres. Principalement du poisson, parfois des légumes ou de la viande, mais rien qui n’empêche Kiki de goûter ce qui sera devant lui, ou Kikinette de se régaler comme jamais. Kiki ira même jusqu’à dire qu’il trouva les poissons servis plutôt gouteux, un énorme pas en avant pour lui qui n’en mangeait plus depuis presque 25 ans !

Mais c’est surtout une soirée formidable que nous passons avec nos hôtes et leurs amis, à discuter ici Japonais, ici Anglais, ici Français. La table était à l’image de Tokyo, multiculturelle, ouverte et souriante. Nous en apprenons toujours un peu plus sur la culture japonaise grâce à Masami et Claude. Deux mois que nous sommes là, alors nous avons un tas de questions à leur poser pour essayer d’y trouver quelques réponses sur le mode de vie et les traditions locales. Nous en profitons aussi pour avoir quelques conseils sur notre visite de Tokyo, eux qui sont ici depuis plusieurs années maintenant. Une véritable mine d’informations. Quand ils nous quitteront sur le pas de leur magasin, nous ne pensons les revoir qu’une semaine plus tard, après leur virée en Chine pour assister aux mondiaux féminins de pétanque. Mais le lendemain, au hasard d’une grande rue commerçante dans Ginza, alors que nous prenons photos et vidéos, c’est Claude qui vient nous tapoter l’épaule pour nous surprendre. Dans la foule immense des grands jours, il a réussi à nous apercevoir au volant de sa voiture. Les probabilités sont minces, mais à Tokyo tout est possible. Une chance pour nous afin de les remercier à nouveau et discuter un petit moment avant de nous séparer, eux continuant le shopping et nous notre exploration urbaine du quartier.


Data depuis le début 

  • Kilomètres parcourus : 9 821,96
  • Temps de déplacement : 602h45m21s
  • Altitude : 73 000+ / 70 375-
  • Calories dépensées par personne : 295 580

 

Par | 2017-11-14T06:15:27+00:00 novembre 17th, 2017|Japon|1 Comment

Un commentaire

  1. Ernandorena Jean Jacques 17 novembre 2017 à 11 h 46 min - Répondre

    Bonjour à tous les2,

    Presque 3 marathons pour découvrir une ville exceptionnelle
    Que de la chance !
    Bon courage
    Jean Jacques

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