Journal de bord – 061

Jour 245 à 254 – Tokyo

– Part 2 –

Les magasins sont omniprésents. Comme toute mégapole, Tokyo est un véritable paradis pour celles et ceux qui souhaitent en faire leur terrain de jeu. Chaque quartier possède un énorme mall au minimum où il est possible d’y trouver un nombre affolant d’enseignes diverses et variées. Kiki se croirait de retour à Dubaï dans une certaine mesure. Le style est différent, mais l’intention est la même. Pousser la consommation à son paroxysme. Et cela fonctionne à merveille, puisqu’aucun n’est jamais vide. Comme à Dubaï, chacun rivalise pour trouver l’attraction majeure qui fera venir le maximum de consommateur. Que cela soit des galeries gourmandes entières avec des chefs de renom, des musées thématiques, des parcs à thème, des aquariums, ou tout simplement des cinémas. Nous pouvons y trouver de tout. Les licences Sega, Pokemon et Gundam sont les plus répandues à ce niveau-là, même si les mangas ont une belle part du gâteau quand il s’agit d’attirer du monde. Et quoi de mieux que des jeux, encore et toujours. Des immeubles entiers. De six à huit étages, consacrés uniquement aux loisirs. A chaque étage, des bornes d’arcade pour jouer aux derniers jeux comme à un bon vieux Métal Slug, des machines pour tenter d’attraper des peluches ou des figurines comme à la fête foraine, ou bien encore des jeux de fléchettes, du bowling ou bien même parfois des salles entières pour se prendre en photo dans des cabines dédiées. La folie de l’entertainment est absolue à Tokyo. Il n’y a pas une rue sans que nous puissions voir une de ces salles de jeux. Les tokyoïtes en raffolent. A longueur de journée, elles ne désemplissent pas. Nous y jetterons un œil dans certaines, nous arrêterons dans d’autres pour quelques instants de pure détente triviale. A noter que certains étages sont encore fumeurs.

Un autre paradoxe bien japonais. Partout dans la ville, il est pratiquement interdit de fumer en extérieur. Les fumeurs doivent se réfugier dans des espaces bien délimités, pour être parqués loin des regards. Non que cela nous gêne particulièrement en tant que non-fumeur, cela est plutôt agréable. Mais pourquoi interdire de fumer à l’extérieur dans l’espace public, tout en autorisant toujours certains lieux comme les salles de jeux ou les restaurants à autoriser la cigarette à l’intérieur. Une aberration pour nous qui avons banni cela depuis plus de dix ans maintenant. Mais nous ne chercherons pas à comprendre comment cela est possible. Tout comme le fait de ne jamais voir une seule poubelle dans les rues. Nous pensions en voir beaucoup plus à Tokyo qui est une ville très touristique, mais non, le constat est le même, seuls les supermarchés en ont à disposition. Vouloir être écologique d’un côté, puis de l’autre proposer toujours plus de plastiques et d’emballages aux consommateurs. Les paradoxes du Japon qu’il est bien difficile pour nous d’expliquer.

Heureusement, nous profitons de notre temps dans la capitale pour faire des rencontres incongrues au fil des jours. Toujours au moment où nous posons le trépied, et que l’objectif commence à shooter en mode timelapse. Les gens sont intrigués ou amusés. Nous pouvons bien les comprendre. Au temple d’Asakusa, nous discutons un moment avec un japonais, la cinquantaine, qui est épaté par notre périple quand nous lui en parlons. Au temple de Nezu, pendant que Kiki avance pas après pas, tandis que Kikinette est positionnée cinq pas derrière lui à le prendre en photo, nous tombons sur plusieurs français très amusés de la scène (il y avait de quoi). Une famille avec qui Kiki valide le fait d’obtenir une grosse glace après l’effort, puis un groupe de trois amis avec qui nous parlons rapidement photos. Nous aurons aussi le droit dans différents endroits d’avoir la visite de gardiens nous rappelant gentiment que nous n’avons pas le droit d’avoir de trépied ici. Puis il y a toutes les excentricités de Tokyo. Nous n’en capterons qu’une infime partie, tout en imaginant bien à quoi peuvent ressembler certains quartiers à divers moments de l’année. A Takeshita, une femme, les cheveux colorés, la musique sur l’épaule, fera le show devant une foule avec les portables à l’affut. A Shibuya, si la semaine est plutôt calme, une fois le vendredi soir arrivé, les artistes de rues sortent pour se produire. Chanteurs, percussions, danseurs. Puis au milieu de ça, un groupe vous propose de payer pour frapper les fesses de l’un d’eux avec une fausse batte de baseball, le tout retransmis en direct sur YouTube. Tout est possible à Tokyo.

Les bars en sont l’exemple parfait. Qu’importe le thème que nous aurions pu avoir en tête, il y a très probablement un bar pour y retrouver son univers quelque part dans Tokyo. Nous avions à la base une petite liste de divers bars que nous souhaitions tester, mais au final, nous n’en ferons qu’un. Un bar à chouette. Il s’avèrera que ce dernier était presque une véritable ménagerie avec des poissons, un perroquet, des flamands roses, des chauves-souris, un énorme animal indéterminé, des serpents, et bien d’autres joyeusetés. Nous pourrons ainsi profiter de tous ces animaux autour de nous pendant que nous buvons un verre ou mangeons une glace. Les chouettes se laisseront plus ou moins caressés, pas sans que nous ayons dû bien nous laver les mains avant pour éviter de trop les contaminer. Nous en ressortirons en demi-teinte, pensant « l’expérience » différente, moins avec des animaux uniquement en cage, comme nous aurions pu les trouver dans des bars à chats, plus libres, moins attachés. Eux, nous n’aurons pas le temps de les voir à Tokyo, malgré une grande envie de Kikinette. Nous essayerons bien d’entrer dans le bar thématique d’Alice au Pays des Merveilles, mais manque de pot, ce dernier n’était pas ouvert dans l’après-midi. Qu’importe, nous ne manquons pas de distractions. Une autre fois peut-être nous pourrons nous perdre dans le Robot Restaurant, prendre une étoile au Café Gundam, nous poser avec des Maids en petite tenue, manger un bout avec des hérissons, ou boire une goutte avec des Vampires. Les choix sont infinis, mais la plupart du temps, nous sommes épuisés le soir venu pour nous aventurer tout le temps dans des bars thématiques après nos longues journées de marche.

Des jours qui se suivent et qui nous interroge sur la patience des tokyoïtes. Surtout quand nous les voyons tout le temps faire la queue. Pour tout. Vraiment tout. Nous sommes habitués à le faire aux caisses du supermarché ou parfois au distributeur, mais ici, nous pouvons parfois nous croire dans un énorme Disneyland où tout est une attraction qui mérite d’attendre un long moment pour pouvoir atteindre le graal. Le métro est une chose, afin de pouvoir édicter certaines règles. A l’entrée de nombreux restaurants, les japonais se pressent pour attendre. Devant les magasins aussi, où des lignes peuvent se former, pour ne laisser rentrer qu’un nombre limité de personnes, un peu à la manière d’Abercrombie à Paris, sauf qu’ici cela peut être pour des boutiques beaucoup moins huppées que celle-là. Afin de contempler la ville depuis les nuages, les queues se forment assez rapidement, faisant patienter entre trente minutes et plus d’une heure parfois les gens. De nombreux points de vue en hauteur sont possibles dans Tokyo, permettant d’avoir un panorama plus ou moins complet, même si celle depuis le Skytree demeure le plus élevé de la région, avec des plateformes à 350 et 450m. Devant les temples aussi, des lignes se forment pour permettre aux japonais de prier et faire leurs offrandes devant l’autel principal. Enfin, et surement pas des moindre, devant les pâtisseries. Les japonais en raffolent, et certaines enseignes semblent jouir d’une notoriété sans pareil. Un marchand de donut à la sortie du métro Omotesando nous a laissé sans voix, avec facilement une cinquantaine de personnes qui attendait en permanence. Et nous avons pu y aller à deux reprises à des heures différentes, le constat était le même.

La nourriture occupe une place importante dans la vie des japonais, et nous pouvons le constater encore plus ici à Tokyo où le nombre de restaurants et autres petits magasins spécialisés est juste incomparable. Nous avions pu déjà constater que la nourriture occupait une bonne partie des écrans télé en journée, et que les japonais adoraient regarder ces émissions culinaires. A Tokyo nous en découvrons l’autre face, celle dans le quotidien des gens. Si vous avez des envies d’ailleurs comme des envies traditionnelles, toute la gastronomie du monde semble s’être donnée rendez-vous dans la mégalopole japonaise. Et chaque quartier de la ville semble avoir ses spécialités, un peu à la manière de nos régions. Sauf qu’ici, en un arrêt de métro, vous découvrez de nouvelles saveurs. Nous n’y échapperons pas nous même, comme lorsque nous visitons la rue de Takeshita et y découvrons son allée de crêpes. Pas de simples crêpes au sucre ou au Nutella, mais des crêpes avec tout et n’importe quoi dans un choix d’une cinquantaine de produits. Glace, cheesecake, thon, jambon, banane, fraise, nouilles, tout est bon pour être mixé avec une crêpe ici-bas. Nous resterons simples. Une avec de la chantilly et des fraises pour Kiki, et une avec de la chantilly, cheesecake et bananes pour Kikinette. Un petit régal, même si nous le trouvons toujours trop court comme à chaque fois. Pas de Nutella pour une fois. Comme pas de Nutella depuis le début du Japon. Le produit ne se trouve nulle part. Même ici à Tokyo, où Kiki pensait avoir une chance d’en retrouver en grand pot, impossible de mettre la main dessus. Nous ne trouvons que des petits pots de 50g à 3€. Autant dire que nous ne sommes pas prêts à cela. Kiki devra patienter encore avant d’en revoir la couleur sur ses tartines du matin. Heureusement, Tokyo a tellement mieux à nous offrir niveau gastronomie.

Pour cela, il faut constamment lever les yeux au ciel. Si nous ne faisons pas attention, nous passerions à côté d’un nombre infini de boutiques et restaurants. Dans chaque immeuble, chaque étage est mis à contribution pour proposer un magasin différent. Et les enseignes lumineuses sont là pour nous le rappeler à longueur de journée. Mais dans ce « chaos organisé », il nous est difficile de vraiment nous y repérer. Tout étant écrit en japonais. Alors parfois nous nous laissons aller à monter les marches ou descendre dans les sous-sols pour découvrir des petites boutiques, parfois bien déjantés. Il y a vraiment de tout à Tokyo, encore faut-il savoir où chercher. Là est bien le problème. Mais cela ne nous pose pas trop de problème puisque nous ne pouvons pratiquement rien transporter de plus sur nos vélos. Nous ferons quand même quelques emplettes pour compléter notre équipement ; des artoyzs et un stabilisateur pour Kiki, une carte mémoire et une télécommande pour Kikinette ; afin de capter toujours au mieux notre aventure. Avec le change du yen et l’absence de taxes, les prix sont compétitifs, ce qui nous pousse à ne pas réfléchir très longtemps pour acheter notre matériel. Juste une journée. Le temps de faire tout le quartier d’Akihabara dans tous les sens afin de comparer les prix et d’avoir la meilleure offre.

Faire le tour des quartiers de Tokyo. Voilà une activité que nous avons eu plaisir à faire pendant cette semaine. Nous les aurons faits en long, en large et en travers. Kiki voulant s’amuser, a pris avec lui sa balise pour avoir un tracé de nos déplacements. En la regardant, nous sourions de voir tout ce que nous avons pu faire, et nos allers et retours vers certains lieux. Il faut dire que nous voulions les voir de jour comme de nuit. Si nous adorons les journées ensoleillées pour les magnifiques paysages qu’elles nous offrent, nous préférons encore plus nous balader à la nuit tombée. Tokyo s’illumine de mille feux. Nous sommes comme hypnotisés par ces affichages. Difficile de ne pas tomber sous le charme de Tokyo une fois le ciel enveloppé de son manteau noir. Alors nous naviguons ici et là pour capter ces instants avec nos appareils, pour garder des souvenirs uniques de ces quartiers et ces personnes que nous croisons. Parfois au détour d’une petite ruelle, nous tombons sur des scènes traditionnelles qui nous laissent sans voix. Les lampions sont là pour nous conduire jusqu’au prochain passage où nos yeux s’ouvriront en grand, jusqu’au prochain moment où le clic se déclenchera sur l’appareil. La vie nocturne est impressionnante à Tokyo, et chaque quartier possède sa propre âme. Les milliers de pas qui se croisent à Shibuya, le va-et-vient des voitures à Ginza, l’ambiance intimiste du Golden Gai, les vibrations du Rainbow Bridge, l’effervescence de Takeshita.


Data depuis le début 

  • Kilomètres parcourus : 9 821,96
  • Temps de déplacement : 602h45m21s
  • Altitude : 73 000+ / 70 375-
  • Calories dépensées par personne : 295 580

 

Par | 2017-11-14T06:18:06+00:00 novembre 22nd, 2017|Japon|1 Comment

Un commentaire

  1. Jean Jacques ERNANDORENA 26 novembre 2017 à 10 h 35 min - Répondre

    Bonjour à tous les 2,

    Ca doit être vraiment époustouflant de visiter une ville comme Tokyo!
    Voue avez de la chance !!!
    bon courage
    Jean Jacques

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