Journal de bord – 063

Jour 254 – Tokyo à Kamakura

Il fallait bien un jour ou l’autre quitter l’arrière-boutique de Masa Chic, quitter Tokyo, quitter ces lumières éblouissantes. Mais avant, il fallait bien terminer cette escapade dans la capitale comme elle avait commencé. Par un restaurant avec Masami et Claude. Alors nous sortons diner dans un petit restaurant qui se trouve dans le quartier. La porte à côté même, puisque nous avions deux pas à faire pour y aller. De quoi passer une dernière bonne soirée avec eux et qu’ils puissent nous raconter leur séjour en Chine à l’occasion du mondial féminin de pétanque. Un mondial remporté par les françaises pour couronner le tout. Quoi de mieux pour oublier un peu le comportement des chinois parfois, et les différents oublis dans l’organisation du tournoi. Alors nous dînons à la japonaise, plat après plat qui arrivent les uns derrière les autres pour goûter ici du poisson, là de la viande, ou encore des pizzas pour terminer. Un dernier verre de rouge, puis direction la boutique pour faire une photo souvenir avec Kiki & Kikinette. Impossible de partir sans la faire !

Au petit matin, nous fermons la porte avec un peu de regret. Nous étions bien ici, et Tokyo nous l’avait bien rendu en nous offrant une magnifique semaine pour explorer tous ses recoins. Nous aurions bien continué encore un peu. Tant de quartiers étaient encore à voir. Mais si nous voulions rentrer dans les clous pour la fin de notre programme, que nous avions encore changé quelques jours auparavant, il nous fallait rouler. Pas trop, mais un peu quand même pour pouvoir espérer faire le tour du Mont Fuji par le Nord, puis atteindre Nagoya, faire le tour de la presqu’île pour enfin arriver à Osaka juste quelques jours avant notre avion. Alors les vélos sont chargés. Les vélos ne grincent pas encore. Nous ne les avons pas laissés assez longtemps pour que cela se produise. Un dernier regard vers la devanture de Masa Chic, et nous nous engouffrons dans notre pire cauchemar…

Si rentrer dans Tokyo par le Nord avait été plutôt facile au demeurant, en sortir par le Sud est une horreur sans nom. Il nous faudra plus de quatre heures pour rallier les temples de Kamakura qui n’étaient qu’à une cinquantaine de kilomètres. Quatre heures ! Une éternité pour nous. Une éternité à maudire chaque feu tricolore que nous prenons. Nous oscillons entre 100 et 500m avant de poser à nouveau un pied à terre et d’attendre cette magnifique couleur verte. De quoi devenir fou à la longue. Nous n’en voyons jamais la fin. Vouloir traverser la métropole de Tokyo est juste inconcevable, et si cela devait être à refaire, nous opterions bien volontiers pour un JR afin de nous faire sortir de ce traquenard et retrouver la longue route côtière de Kamakura. Mais non, aujourd’hui nous avons dû prendre notre mal en patience pour la reprise. Une frustration énorme que de ne pas pouvoir rouler comme il se doit. Alors que nous sommes plein d’énergie après nos deux jours de repos.

Le trajet ayant pris plus de temps que prévu, nous n’avons plus la possibilité de visiter les deux temples que nous souhaitions. Alors nous passons devant le premier se trouvant sur notre route, posons nos vélos, et l’admirons de loin simplement. Une vaste allée bondée de personnes se dirigeant vers les hauteurs de la petite colline où se situait le temple. Une, deux, trois photos plus tard, nous remontons pour nous diriger vers l’énorme Bouddha que possède la ville. Les vélos au parking, nous payons nos entrées, puis entrons. Là, nous faisons face à un Bouddha d’une taille bien imposante qui nous laisse sans voix. Puis voulant continuer la visite, pensant qu’il y avait des temples à visiter, nous restons circonspects. Rien. Juste le Bouddha pour un prix excessivement cher, avec en plus un ticket supplémentaire à payer si nous voulions visiter l’intérieur de la statue. Inconcevable. Alors nous repartons un peu plus bas pour visiter le complexe de temples de Hasedera. Là encore, nous devons payer l’entrée. A croire que nous savons d’où Stéphane Bern a eu son idée de faire payer nos lieux de culte en France pour financer leur entretien (ah ah). Mais pour le coup, nous ne serons pas déçus. Les temples sont magnifiques, et nous prendrons un petit chemin nous amenant sur les hauteurs pour avoir une vue panoramique sur la ville. Derrière une porte, nous découvrons un jardin zen parfaitement ordonné, avant de nous engouffrer dans une cave sublime. A l’intérieur, des statues de dieux et déesses sont placées dans leurs alcôves respectives. Devant, quelques cierges sont allumés offrant un point de lumière dans la pénombre qui règne ici-bas.

La nuit arrivant au galop plus vite que nous ne pédalons, nous continuons encore une bonne heure à longer la plage pour nous trouver un coin où poser notre tente. Nous devions initialement nous rendre dans un camping, mais quand le prix est tombé, nous avons fait demi-tour aussi sec, de peur de voir notre bourse déplumée trop rapidement. Alors nous rebroussons chemin pour tomber moins d’un kilomètre plus loin sur un point de vue magnifique sur la baie et sur le Mont Fuji. Le soleil est déjà derrière les montagnes quand nous arrivons. Nous attendrons encore une heure qu’il soit bien de l’autre côté et que le noir nous enveloppe afin de poser la tente, avec les bruits de vague et l’optique d’un magnifique levé de soleil pour le lendemain.

Jour 255 – Kamakura à Fujikawaguchiko

6h00. La musique résonne dans la tente. Les pas se font pressant autour de nous. Un brouhaha s’élève sur ce petit coin « tranquille » en bordure de plage. Nous avions choisi le seul spot de tout le front de mer où un groupe de personnes âgées se donnait rendez-vous quotidiennement pour venir faire quelques exercices… bien matinaux. Quelles sont les chances. A croire que nous avons le chic pour nous faire réveiller par les anciennes générations bien plus matinales que nous. Alors nous décidons au bout d’un moment de nous réveiller et plier la tente. Le tout avec une musique bien tonitruante pour être sûr de nous rappeler que nous nous sommes installés sur leur terrain de jeu. A trois reprises, des personnes réussiront même à se prendre dans l’un des deux fils que nous avions tendu pour tenir la tente. Trois fois. Avec ça, une chance que la tente tienne encore. Au moment où nous mettons la tête dehors, la fête se termine. Une bonne partie des personnes n’est déjà plus là. Une première dame vient discuter avec Kikinette, puis c’est un homme, photographe, qui commence à lui parler. Ce dernier possède un équipement intéressant, fait maison pour lui permettre de soutenir son téléobjectif avec lequel il a réussi à capter à la perfection le Mont Fuji au lever du soleil. La tente étendue sur les barrières en bois pour la faire sécher, nous déjeunons tranquillement avec vue sur l’océan. Instant de détente avant d’attaquer une longue journée.

Notre journée qui allait nous voir passer la barre symbolique des 10 000 premiers kilomètres de notre aventure. Alors nous sommes un peu fiers. Et pas qu’un peu. Qui aurait pu parier là-dessus il y a plus de huit mois. D’un défi un peu fou, nous en avons fait notre vie, notre sourire, notre espérance. Alors nous voilà de nouveau sur nos vélos. Nous devions initialement dormir au Sud du Mont Fuji, mais quand à midi nous nous rendons compte que nous sommes déjà à moins d’une dizaine de notre objectif, nous décidons de pousser plus loin pour aller nous placer à côté du lac Kawaguchi, après avoir fait un détour par le lac Yamanaka. La journée devait être tranquille… elle devait. Mais le détour que nous décidons de faire nous fait passer à travers la montagne. Nous voilà alors à gravir un 1155m, en lieu et place d’un petit 800 initialement prévu. Quelle idée n’avons-nous pas eu à ce moment-là. Nous n’aurions certainement pas imaginé ce qui se cachait derrière.

Kikinette aura eu le droit de retoquer à Kiki sa phrase « Mais il n’y a que des 4 à 5% de dénivelé au Japon » pour se moquer de l’ascension que nous menons. Elle avait bien raison. Pour la première fois de notre voyage, nous tombons sur un panneau annonçant 16%. 16 !!! Nous rigolons jaune. Nous poussons deux fois plus forts nos vélos. Impossible de rouler dans ces conditions. Alors sur plusieurs kilomètres, c’est pieds à terre que nous avançons difficilement et lentement. Cela nous rappelle un peu le plus haut sommet du Tadjikistan, où nous avions dû poussé pendant deux bonnes heures avec le vent en plus pour le terminer. Une abomination. Mais à force de détermination, nous y arrivons, pour ensuite nous laisser redescendre vers le premier lac. De là, nous voilà sur un plateau à reprendre une allure bien plus forte pour arriver avant la nuit (avant 16h30) dans un hostel que nous avions repéré. Nous devions dormir sous la tente, mais les températures négatives et l’envie de fêter comme il se doit notre premier 10 000, nous pousse à préférer la chaleur d’un bon lit.

Nous voilà à l’abri, à réfléchir à comment passer notre soirée. Depuis le début du Japon, Kikinette conjure Kiki de tester un sushi bar. Le poisson n’étant pas le plat favori de Kiki, nous avions repoussé. Mais il fallait bien faire un effort pour l’évènement. Alors nous partons en ville nous asseoir dans l’unique sushi bar qu’il existe. Là, les plats ne tournent pas. Il faut dire que nous sommes les seuls clients. Normal. Alors nous passons notre première commande de quatre assiettes de sushi. Kikinette se régalera avec huit paires de sushi avec des poissons différents à chaque fois. Kiki restera plus sobre, avec seulement quatre sushi au thon (un miracle pour lui), et des sushis à l’omelette. Une fois le ventre bien rempli, nous passons dans un Lawson pour grignoter une petite sucrerie chacun, avant de rentrer dans le froid nocturne vers la chaleur de l’hostel où nous nous posons dans le grand salon pour naviguer sur les Internets.

Jour 256 – Fujikawaguchiko à Fuji

Quand nous nous réveillons, 8h00 a déjà sonné. Nous partons nous attabler dans le grand salon, déballons toutes nos affaires et mangeons copieusement. Là, un autre français rencontré la veille, qui dormait dans le lit double du dessous, nous conseille de monter à l’observatoire fissa. Une échelle, puis une deuxième petite échelle, nous nous plions en quatre pour passer par la petite fenêtre, et là… le Mont Fuji s’illumine devant nous. A la lueur du matin, nous pouvons contempler toute sa splendeur et sa magnificence. Pas un seul nuage autour de lui. Juste la pointe de son nez enneigé, qui donne des envies de randonnée à Kiki. Puis notre regard se tourne vers les toits. Une fine pellicule de gel les recouvre. Nous sommes bien heureux de ne pas avoir dormi sous la tente la veille. Le chauffage était bien plus accueillant. Mais comme toute bonne chose, nous devons partir. Quand nous chargeons les vélos, en plein soleil, il fait une chaleur à « mourir ». Une chaleur qui ne durera tant que nous ne bougeons pas. Une fois sur les vélos, le froid glacial commence à s’insinuer en nous.

Toute la journée, nous ne ferons qu’ajouter couche après couche pour nous protéger du froid. D’abord les sous gants. Puis le pantalon. Pour rajouter le bonnet qui n’avait jamais encore servi. Pour l’enlever ensuite afin de le troquer contre la cagoule intégrale. Et enfin terminer la journée avec les gros gants de pluie. Nous aurions pu encore rajouter le pull, mais nous avons préféré le garder pour le soir venu, afin de pouvoir « avoir chaud ». Il faut dire que pendant toute la journée nous redescendons les 1000m que nous avions monté la veille. Si le matin, nous faisons le tour de deux nouveaux lacs avant de nous poser manger, l’après-midi, nous descendons presque tout le dénivelé en un peu plus d’une heure. Autant dire que le vent nous a bien giflé de toute part pour tenter de s’insinuer en nous encore et toujours plus. Kikinette s’interrogera même sur le pourquoi Kiki préfère tant ce climat au doux climat du Sud. Facile, contre le froid, nous pouvons toujours nous protéger avec une nouvelle couche. Avec le soleil, une fois que nous n’avons plus rien, nous ne pouvons que continuer de dégouliner toujours plus.

Comme la veille, le Mont Fuji fera une partie de cache-cache avec nous. Jusqu’à 10h30, ce dernier se dévoilera sous tous ses angles, magnifique et majestueux. Nous nous arrêtons donc pour le capter avec des arbres, avec des pêcheurs, avec les reflets du lac. Pour être sûr d’avoir notre lot de cartes postales souvenir le soir venu. Puis, progressivement, les nuages sont entrés dans la partie. Et voilà comment le Mont Fuji a disparu de nos radars pendant plusieurs heures. Par instant, nous pouvions en voir quelques extraits, comme une bande annonce d’un film, parfois plus chanceux, c’était son sommet qui ressortait dans un trou entre d’épais nuages. A chaque fois, nous nous arrêtons pour le prendre en photo. Chaque moment ayant sa saveur particulière. Ce n’est qu’une fois arrivé sur le parking du Michi No Eki, que nous découvrons la dernière face du Mont Fuji que nous n’avions pas encore aperçu. Plus un seul nuage autour de lui. Alors nous prenons le temps d’en saisir chaque détail avant que la nuit ne tombe pour nous le reprendre à nouveau à notre vue.

 


Data depuis le début 

  • Kilomètres parcourus : 10 126,08
  • Temps de déplacement : 60h50m13s
  • Altitude : 75 229+ / 72 573-
  • Calories dépensées par personne : 305 065

Par | 2017-11-29T06:29:57+00:00 novembre 28th, 2017|Japon|0 commentaire

Laisser un commentaire