Journal de bord – 064

Jour 257 – Fuji à Omaezaki

Une petite pluie fine commence à tomber. A l’intérieur de la tente, nous frissonnons un peu. Les températures ont bien baissé depuis quelques jours maintenant. Seul le bruit du rail métallique de l’ascenseur nous réveille une première fois vers 6h00, avant que nous ne replongions dans un demi-sommeil. Dehors, le trafic est déjà assez important. Les voitures et camions s’en donnent à cœur joie pour monter vers le Mont Fuji. Nous voilà bien pour terminer notre nuit. Quand enfin il faut émerger, nous nous restaurons rapidement à l’intérieur de nos duvets. Pas question de les quitter avant d’avoir enfiler nos affaires et être presque prêts à partir sur la route. Mais il faut bien s’y résoudre, à quitter notre parking du jour, pour plonger dans la pluie et le froid. Ce dernier sera le plus vicieux, car la pluie elle est juste là pour le show, pour à peine nous tremper sans vraiment vouloir le faire. Le froid lui s’insinue par la moindre brèche pour s’immiscer dans nos os. Toute la journée, nous le combattons avec nos différentes couches. Et comme à chaque fois, le moment le plus difficile reste le retour en selle après le repas. Après avoir été bien au chaud pendant une heure et avoir mangé un plat chaud. C’est un moment assez dur psychologiquement au final, comme une lutte contre notre instinct primaire de survie qui déclenche en nous toutes les alarmes possibles pour nous dire une seule chose « reste au chaud ».

Nous aurions bien voulu l’écouter. Car la route n’avait rien de bien fantastique. Il faut dire que toutes les routes et tous les paysages sous la pluie et un ciel bien gris n’ont jamais rien de bien joyeux. Mais celle-ci avait la particularité de bien nous énerver. Surtout Kiki qui a plusieurs reprises jura contre elle. A chaque fois pour une bonne raison, celle de se retrouver devant l’impossibilité de continuer sur la route avec nos vélos. A chaque fois, nous entamions tranquillement la route, pour au dernier moment, devant un tunnel ou en haut d’une côte, voir apparaitre ce magnifique panneau rouge nous en interdisant l’accès. Comme au petit matin, quand nous arrivons en bout d’une route, et que nous nous retrouvons avec quatre accès à deux routes bien distinctes qui nous en interdisent leurs accès. Les deux. Heureusement, il y avait des escaliers que nous pouvions emprunter pour rejoindre une piste cyclable qui se trouvait un peu plus loin. Ô joie. Nous nous en contenterons pour la journée. Nous suivrons plusieurs pistes cyclables qui nous permettrons d’éviter le gros du trafic et de ne pas devoir trop s’arrêter aux différents feux.

Enfin, nous arrivons à notre Michi No Eki. Comme une délivrance au bout de la journée. Nous y découvrons une serre assez grande en libre accès. Nous nous y engouffrons pour y rester bien au chaud pendant tout le reste de la journée. Nous prions intérieurement pour que l’endroit reste ouvert la nuit afin de ne pas devoir nous retrouver dans le froid glacial une nouvelle fois. Là, nous apercevons un autre vélo bien chargé posé contre un mur. Nous ne sommes pas les seuls cyclotouristes à avoir décidé de passer la nuit ici. Hélas, quand nous faisons la rencontre du japonais à qui appartient la monture, ce dernier ne parle pas anglais. Nous sommes un peu déçus de ne pas pouvoir en apprendre plus sur son voyage. Surtout que son énorme guitare qu’il transporte avec lui nous intrigue au plus haut point. Un cycliste bien chargé que voilà. Puis la nuit tombant, un homme s’occupant des lieux arrivent pour fermer la serre. Nous commençons à plier bagages, quand le cycliste japonais lui parle rapidement. L’homme décide alors de bien vouloir nous laisser dormir pour la nuit à l’intérieur, bien au chaud. Kikinette est aux anges, le sourire en grand. Qui plus est, que des tapis pour enfants bien confortables sont à notre disposition pour dormir. Ou comment bien terminer une journée bien maussade !

 

Jour 258 – Omaezaki à Kota

Quelle douce nuit. Et au réveil, ouvrir les yeux et découvrir un magnifique lever de soleil dans un ciel bleu turquoise à travers le toit transparent de la serre… Quel beau moment. Autant dire qu’il était difficile de vouloir quitter l’endroit au petit matin quand nous découvrons le froid et le fort vent qui sévissent au dehors. Notre compagnon d’une nuit, ayant partagé lui aussi les tatamis moelleux pour enfants, partira en même temps que nous. Nous le voyons chargé avec sa guitare dans son dos et ses crocks aux pieds, et nous disons alors qu’il ne va pas faire beaucoup de kilomètres. Mais les apparences sont parfois trompeuses. Au bout de quelques kilomètres, nous le voyons nous doubler comme une flèche. Comme quoi, qu’importe les chaussures, c’est le cycliste qui donnera le ton. Nous voilà bien pour le reste de la journée.

Une journée venteuse, que disons nous, une journée ou seule les nombreuses éoliennes bordant le littoral seront aux anges. Elles sont bien nombreuses et semblent toutes heureuses de tourner encore et encore grâce aux vents forts qui soufflent dans la région. Nous, nous subissons. Pendant toute la journée, sans avoir l’once d’un repos. Toujours là à nous empêcher d’avancer, à vouloir nous déporter sur la droite puis sur la gauche, comme bon lui semble. Nous le maudissons intérieurement. A croire que la météo du Japon ne nous voulait pas, alors que nous adorons le pays. A ne rien y comprendre. Mais nous poussons toujours plus forts. Quand ce dernier devient trop important, Kikinette vient se placer dans le sillage de Kiki pour profiter de l’appel d’air qu’il produit. Une solution pour permettre à tout le monde d’avancer à un rythme normal. Surtout que nous avions plus d’une centaine de kilomètre à faire en ce jour. Alors le vent n’était pas le bienvenu pour nous aider à aller moins vite. Qu’importe, nous roulons tant bien que mal, mais heureusement pour aujourd’hui, nous ne tomberons pas sur des routes nous interdisant le passage. Kiki ayant étudié avec plus d’attention le parcours pour nous trouver les petites routes et éviter celles qui pourraient peut-être ou peut-être pas nous accueillir sur leur asphalte.

Enfin, à la tombée de la nuit, le soleil étant déjà loin derrière les montagnes, le panneau bleu avec une maison et un arbre est en vue. Notre Michi No Eki du soir. Sur le parking, beaucoup de monde est encore là, mais dans le point informations, personne. Nous nous y installons, espérant encore une fois pouvoir y rester bien au chaud pour la nuit. Surtout après avoir vu deux canapés qui conviendraient parfaitement pour faire notre nuit. Nous patientons alors sur quelques fauteuils, écrivant ou regardant les dernières photos, pensant à nos prochains jours sur Nagoya, et à la journée de repos bien mérité qui arrive aussi. Mais quand 18h00 sonne, deux personnes arrivent pour nous convier à quitter les lieux qui ferment. Nous voilà alors à monter en vitesse la tente dans un froid glacial, et à nous y engouffrer après avoir rapidement diner. Au chaud dans nos duvets, nous pouvons dormir sans problème !

Jour 259 – Okazaki à Nagoya

Rien à droite. Rien à gauche. Aucun panneau à l’horizon avec un petit trait rouge sur une bicyclette pour nous en interdire le passage. Ouf. Nous pouvons bien prendre la route 23 ByPass pour arriver plus rapidement sur Nagoya sans devoir nous prendre la tête. Seuls les piétons semblent interdits. En même temps, sans aucun trottoir, c’était évident qu’aucun n’allait s’improviser à prendre cette route. Alors nous fonçons… un kilomètre environ. Avant de voir une voiture de police arriver en face de nous, mettre les gyrophares puis faire demi-tour pour nous rattraper quand nous nous arrêtons pour rajouter une paire de gants plus chaud. Nous comprenons rapidement qu’ils ne nous veulent pas ici. Peut-être aurions-nous raté le panneau qui était caché derrière des arbres. Nous ne savons pas, mais nous leur faisons confiance. Les voilà tous deux à nous aider à porter nos vélos de l’autre côté de la barrière pour nous faire prendre une petite route de campagne. Nous les remercions, puis nous voilà à devoir trouver un autre moyen d’arriver dans Nagoya.

Une route, puis une autre, puis nous voilà coincés après une bonne heure. Quelle route prendre pour y arriver. Nous regardons un peu, retrouvons une entrée pour la 23 ByPass, et là encore, aucun panneau à l’horizon pour nous en interdire l’accès. Nous ne comprenons pas la décision des policiers surtout qu’il y avait une énorme bande d’arrêt d’urgence où nous ne gênions personne. L’idée nous traverse l’esprit de la reprendre, mais nous décidons d’être sage pour une fois. Notre application Maps.me nous guidera pendant une autre grosse heure, et comme à son accoutumé, s’amusera à nous faire passer par toutes les petites routes qui peuvent exister autour de nous. Nous aurons le loisir de découvrir certains champs, puis des quartiers résidentiels, pour repasser dans des champs à nouveau. Nous zigzaguons bien avec lui, mais nous avançons vers notre objectif sans vraiment faire d’énormes détours. Puis au moment de faire notre pause, Kiki switche sur le GPS pour retourner sur une grosse artère, nous faisant ainsi gagner beaucoup de temps. Le seul inconvénient avec la route 1 est le nombre d’automobilistes qui l’emprunte. Mais nous ferons avec pour arriver en plein cœur de Nagoya, nous restaurer et arriver jusqu’à notre hôtel.

Comme à chaque fois, il s’agira d’un Toyoko Inn, car nous connaissons la valeur des chambres et du petit-déjeuner. Comme à chaque fois, nous patientons calmement dans le hall, pratiquement « nu », jusqu’à 16h00 où nous avons enfin les clefs. Puis, les clefs en main et les machines terminées, nous pouvons prendre nos quartiers dans notre chambre, étendre notre linge et continuer à travailler dans une douce chaleur. Mais surtout, prendre une bonne douche (pour Kikinette) et un bon bain (pour Kiki) afin de reprendre du poil de la bête. Le reste n’est qu’un passage auprès du supermarché du coin pour faire des réserves alimentaires pour les jours à venir, et un bon film pour terminer notre journée !


Data depuis le début 

  • Kilomètres parcourus : 10 368,87
  • Temps de déplacement : 635h20m58s
  • Altitude : 76 480+ / 73 820-
  • Calories dépensées par personne : 312 242

Par | 2017-11-21T01:35:25+00:00 décembre 1st, 2017|Japon|1 Comment

Un commentaire

  1. Ernandorena Jean Jacques 5 décembre 2017 à 9 h 31 min - Répondre

    Bonjour à tous les 2,

    Il fait froid !!! Vivement l’été !!!
    Bon courage
    Jean Jacques

Laisser un commentaire