Journal de bord – 065

Jour 260 / 261 / 262 – Nagoya

Il y a des villes qui inspirent. Il y a des villes qui magnifient. Il y a des villes qui subjuguent. Puis il y a Nagoya. Une ville industrielle qui nous laisse une impression plutôt mitigée. Pendant deux jours, nous parcourons ses rues et ruelles, sans jamais vraiment trouver le petit quelque chose qui nous illumine les yeux, sans trouver cette étincelle qui nous fait pétiller de bonheur en découvrant une ville. Il y avait plutôt quelque chose d’autre. Surement ce moment où nous basculons dans nos têtes vers d’autres contrées lointaines, où nous savons que la fin est proche, où surtout nous sentons qu’il est temps de passer à autre chose. Le froid arrivant au galop, ce dernier ne nous aide vraiment plus à profiter pleinement des paysages japonais. Les derniers jours sur les routes, dans cet amas d’urbanisation, n’ont pas aidé non plus à nous booster à nouveau. Nous sommes mitigés quant à cette partie du Japon. Nous y repensons souvent en nous disant que si nous devions la refaire, nous prendrions le train depuis Fuji jusqu’à Osaka directement pour ne pas nous embourber dans cette ville sans fin. Mais c’est vraiment le froid qui nous touche le plus, approchant dangereusement du zéro au petit matin, monter sur le vélo devient plus difficile. Alors c’est à Nagoya que nous prenons la décision d’écourter la fin de notre voyage, et de partir droit sur Osaka où nous prendrons alors une très longue semaine pour nous reposer et envisager la suite de l’aventure au Cambodge.

Pour l’heure, nous sommes à Nagoya. Partageant notre séjour en deux. Deux nuits à l’hôtel, deux nuits chez Julia & Jeff. Le premier jour sera notre jour de repos, où nous restons bien au chaud, à rattraper notre retard sur divers points. Les deux jours suivants, nous partons à la découverte de Nagoya, en prenant plus ou moins notre temps. D’abord en mettant cap au Sud. Vraiment le Sud. Nous marchons une bonne dizaine de kilomètres pour arriver vers le temple d’Atsuta, le plus important de Nagoya. Là, nous arrivons en pleine célébration d’un mariage et devrons nous arrêter en lisière. Nous apprécions alors le rituel, et regardons avec attention les tenues traditionnelles magnifiques de toutes les personnes présentes. Des enfants aux mariés, tous étaient resplendissant. Nous avions pu déjà voir des processions à la fin de la cérémonie, quand tout le monde passait les grandes portes du temple. Là, nous avons la chance d’assister « en partie » à la cérémonie qui se tient devant le temple. Nous tournons alors nos pas encore vers le Sud, pour nous diriger le long des canaux qui nous amènent alors vers un jardin où nous nous posons un instant pour faire quelques photos et respirer à plein poumon.

Puis nous retournons vers le centre-ville où se concentre les grandes artères commerçantes. Un petit crochet par la gare centrale pour y découvrir un énorme complexe de building plus imposants les uns que les autres, tous suspendus au-dessus de la gare et formant un quartier mêlant affaires, shopping et transports. Nous rentrons dans l’un d’eux pour voir si nous trouverions un film en VO, pour en ressortir aussi sec du fait d’une affiche 100% japonaise dans ce dernier. Nous aurons quand même eu le temps de nous faire huit étages avec les escalators pour apprécier la galerie commerçante et le nombre toujours aussi impressionnant de magasins que se trouvent à l’intérieur de ces immenses complexes qui jalonnent les villes japonaises. Une pause café plus tard, nous récupérons nos vélos à l’hôtel à la nuit tombée, pour prendre la direction de l’appartement de notre Couchsurfing du soir. Sans trop nous perdre, nous arrivons à destination, et trouvons Julia qui nous attend en bas de chez elle. Le temps d’attacher nos vélos, de monter nos affaires dans leur salon, de faire la rencontre de son ami Jeff, et nous voilà tous les quatre repartis dans le froid nocturne. En selle à nouveau, nous faisons quelques kilomètres en belle file indienne sur les trottoirs de Nagoya.

Puis nous stoppons net devant un restaurant qui ne paye pas de mine de l’extérieur. A l’intérieur, nous y découvrons de délicieux ramens qui nous réchaufferont le cœur et l’esprit. Alors attabler au comptoir, regardant les cuistots s’affairer avec de grands gestes pour préparer nos plats, nous pouvons discuter librement avec Julia et Jeff. Ils sont tous les deux dans l’enseignement. Elle dans une école privée pour enfants de 3 à 5 ans, lui dans un collège pour adolescents de 12 à 15 ans. Aucun des deux n’est japonais, mais ils ont eu la même passion pour ce pays et s’y sont installés séparément avant de se rencontrer ici à Nagoya, quelques mois auparavant, dans une maison partagée. Chacun d’eux a bien voyagé pendant plusieurs années, s’essayant à la vie dans différents pays, avant de choisir le Japon pour l’instant. Rien n’étant fixe pour eux, se laissant des opportunités pour la suite. Leur travail respectif nous intrigue. Surtout quand Julia nous raconte que dans son école privée, après presque chaque week-end, les enfants (et les parents surtout) ramènent de nombreux présents aux institutrices. Il est coutume pour les Japonais, à chaque fois qu’ils voyagent, de ramener des présents pour partager avec les gens qui les entourent. Même les enseignants qui semblent être bien gâtés à ce qu’elle peut nous dire. Dans le public, pour Jeff, ce n’est pas du tout la même histoire. Pas de gâteaux et autres sucreries en début de semaine. Deux mondes bien différents. Mais cela ne nous empêche pas de nous évader tous ensemble dans les différents pays que nous avons pu tous voir.

Le lendemain, après un petit-déjeuner copieux dans une chaine de restaurant ouverte 24h/24, Julia part en ville faire du shopping, Jeff doit travailler et nous retournons dans le centre pour visiter le château de Nagoya. Rendez-vous est pris de nous retrouver en fin de journée pour visiter un parc tous ensemble. Jour férié au Japon, nous constaterons que presque rien n’est fermé et qu’il y a toujours autant de monde dans les rues que les autres jours. Rien de changeant. Nous pourrons découvrir tranquillement un château intéressant. Le premier où nous pouvons filmer et photographier dans toutes les salles. Une chance, surtout lorsque nous découvrons les superbes peintures murales qui se cachent à l’intérieur. Nous déambulons un long moment dans les allées du château de Nagoya, qui même si il a été reconstruit « récemment » offre une belle vision de l’histoire grâce au musée qui se cache à l’intérieur de la tour principale. Exit les salles vides comme à Himeji, bonjour les expositions sur l’histoire de Nagoya et de ses shoguns à travers le temps comme nous avions eu la chance de l’avoir à Hiroshima.

Nous passons le reste de l’après-midi entre les allées commerçantes de la ville et le même café que la veille pour nous poser un moment. Le long des immenses arcades, des centaines de boutiques s’alignent parfaitement de part et d’autre. Nous regardons avec un œil distrait, n’ayant que très peu besoin de faire du shopping. Kiki s’arrêtera néanmoins dans l’une d’elle pendant un bon moment. Il avait trouvé la perle rare, perdue en plein milieu de cet amas de consommation. Là, une petite boutique avec de nombreux Artoyzs à l’intérieur. Il lui faudra un énorme contrôle sur lui-même pour ne pas craquer et en ramener un grand modèle, se limitant à un petit qui passera bien dans les sacoches. Mais l’hésitation sera bien longue pour lui. Kikinette l’attendant dehors, à regarder les autres devantures pendant ce temps. Quand enfin nous retrouvons Julia & Jeff, nous partons en direction du jardin Tokugawa. Nous avions déjà essayé la veille d’y aller, mais ce dernier était fermé, se préparant pour les quatre jours à venir à s’illuminer de mille lanternes. Un spectacle unique dans un jardin somptueux qui nous offre un spectacle nous laissant sans voix. Nous marchons dans les petites allées de ce jardin, au bord de son lac, admirant les couleurs jaune, orange et rouge des arbres qui l’entoure. Une belle balade nocturne pour nous ouvrir l’appétit. Un dernier repas tous ensemble avec Julia aux fourneaux, et nous voilà comblés de notre journée.

Jour 263 – Nagoya à Iga

La porte coulisse lentement. Julia vient alors de se lever. Il est environ 6h15. Nous savions que le réveil allait être très matinal en ce jour. Julia et Jeff devant partir travailler à 7h00, nous devions nous aussi partir en même temps. Alors nous déjeunons rapidement, rangeons les quelques affaires que nous avions sorti, et nous habillons prestement. Dehors, le froid nous pique un peu. Mais avec le bon nombre de couche, tout va bien. Nous pouvons l’affronter encore une fois. C’est sur le pas de la porte que nous remercions nos hôtes et les regardons partir, tandis que nous installons nos affaires sur les vélos pour nous aussi prendre la route. Pas de plan bien précis, juste rouler et nous arrêter quand l’envie nous en prendra. Pour cela, nous devions simplement suivre la même route toute la journée, et celle-ci devait alors nous porter vers un Michi No Eki au final. Un plan simple à suivre.

Mais comme toujours avec les grandes villes japonaises, le plus dur est d’en sortir. Un peu moins de deux heures pour en sortir… sans vraiment sortir de l’aire urbaine au final. Nous passons d’une ville à une autre sans nous en rendre compte. Seuls les panneaux nous le rappellent de temps à autre, sans quoi nous pourrions penser être toujours à Tokyo ! Les paysages ne changent plus trop. Nous passons une rivière, puis une autre, puis une autre dans une succession sans fin de ponts. Alternant routes et trottoirs, nous cherchons notre place pour éviter au maximum la circulation. Difficile, mais possible. Nous ne sommes plus vraiment dans la route. Elle nous épuise plus qu’autre chose. Mais la perspective de bientôt terminer cet épisode bien froid nous réchauffe un peu au final. Nous redonnant quelques forces que nous n’avions plus. Alors nous poussons bien pour arriver sur notre aire de repos. Nous passons par des petits chemins pour y arriver. Celle-ci étant normalement connectée qu’avec l’autoroute adjacente, plusieurs japonais viendront nous voir, intrigués de nous voir ici, se demandant par où nous sommes arrivés. Nous discuterons un peu avec eux, nous poserons surtout un long moment à l’intérieur de la salle d’information, bien au chaud, sur des bancs, avant de partir poser notre tente sur le parking des employés, à l’abri des regards. Pour notre dernier Michi No Eki du Japon, nous n’aurons pas eu la chance de dormir bien au chaud. Cela ne nous empêchera pas de bien dormir après une longue journée de vélo !

Jour 264 – Iga à Nara

Nouveau réveil matinal. Nara était devant nous, à une soixantaine de kilomètres, et nous voulions y arriver de bonne heure pour en profiter au maximum. Le temps de plier la tente et nos affaires, nous nous engouffrons un moment au chaud dans le point information pour déjeuner. Puis nous partons un peu avant que 8h00 ne sonne. Sur le papier, nous devions normalement prendre un col à plus de 450m. Mais dans la réalité, grâce à notre GPS, pour la première fois depuis bien longtemps, ce dernier nous trouvera un chemin où nous n’aurons pratiquement aucune grosse montée à faire. Un miracle. Un miracle qui nous permet d’arriver bien avant midi à l’hostel que nous avions réservé. Un miracle qui nous fait passer à travers les montagnes pour nous faire profiter d’un magnifique paysage ensoleillé. Une chance pour nous. L’autre chance a été de trouver cet hostel. Une petite pépite. A peine nous arrivons, nous y découvrons un personnel sympathique et avenant qui fait tout pour nous faciliter l’installation. Nous voilà alors poser à l’accueil, deux thés bien chauds dans les mains, à écouter notre hôtesse nous expliquer le fonctionnement du lieu. Mais surtout à devenir notre guide touristique en nous expliquant tout ce qu’il y avait à visiter dans Nara. Une aubaine pour nous qui n’avions pas du tout préparé les points d’intérêts à voir. Alors nous écoutons attentivement et faisons notre parcours dans la tête. Une rapide douche plus tard, et nous partons.

Un premier stop nécessaire au Lawson, et nous voilà le ventre bien rempli. Kiki n’aurait certainement pas pu commencer les visites sans ça. Kikinette aussi, mais elle a cette faculté à tenir plus longtemps sans manger. Alors nous regardons le plan qui nous avait été remis pour organisé notre plan de bataille. Impossible de pouvoir tout visiter en une seule après-midi, alors nous faisons l’impasse sur le château pour préférer nous perdre dans l’immense parc se trouvant sous le mont Kasuga. Là nous y découvrons ce qui fait la particularité de la ville de Nara : les cerfs en liberté. Partout, mais vraiment partout, nous en croisons, dans les endroits les plus insolites parfois. Ils sont là, à l’état « semi-sauvage » avec un terrain de jeu immense. Seul « inconvénient » pour eux, la foule de touristes qui s’y presse pour venir leur donner à manger continuellement et les prendre en photo sous tous les angles. Pas un moment de répit pour la célébrité. Nous n’échapperons pas non plus à l’envie de les prendre en photo et vidéo. Le cadre étant tellement parfait. Ils déambulent tranquillement, s’arrêtent aux passages piétons, attendant que le feu passe au vert pour pouvoir s’engouffrer dans la masse de personne et passer la route eux aussi.

A l’intérieur de cet immense parc se cachent de nombreux temples, tous plus éblouissants les uns que les autres. Les lanternes de pierre du sanctuaire shinto de Kasuga nous accompagnent sur la route nous menant devant son entrée principale. Avant de nous emmener sur un chemin aux centaines de lanternes accrochés au plafond. La vue imprenable sur Nara s’offre à nous depuis le balcon du temple Nigatsu-do. De là, nous pouvons admirer le soleil se refléter sur la ville en fin de journée. Le Bouddha géant du temple Todaiji nous laisse sans voix à l’intérieur de la plus grande construction en bois au monde, le Daibutsu-den. En nous présentant devant le Bouddha, nous restons comme des enfants. Tout nous parait démesuré. Même les statues trônant de part et d’autre de ce Bouddha, malgré leur taille imposante, nous paraissent ridiculement petite. Une pièce d’art simplement à couper le souffle. Nous restons ébahis par tant de beauté, par tant de grandeur, par tant d’épanouissement entre la nature et l’homme. Puis nous regardons les cerfs vaquer à leurs occupations. Manger, dormir, et parfois même s’entrechoquer la tête.

Dans les bois, au détour d’un chemin pavé, nous pouvons admirer un couple japonais réaliser leurs photos de mariage. Un cerf se tenant devant la mariée qui lui tend un biscuit, la forêt en arrière-plan, avec quelques rayons de soleil pénétrant le feuillage des arbres. Parfait. Nous vagabondons encore un moment dans le parc, avant de partir découvrir d’autres ruelles de Nara. Puis nous rentrons nous mettre au chaud à l’intérieur de notre hostel pour terminer notre journée et planifier notre dernière étape au Japon. Notre arrivée à Osaka est proche, et avec elle, une page qui se tourne.

Jour 265 – Nara à Osaka

Derniers coups de pédale. Derniers kilomètres à avaler pour arriver sur Osaka. Nous avons rendez-vous vers midi non loin de là où nous allions loger pour les huit prochaines nuits. Alors nous prenons notre temps pour nous préparer, et nous profitons de nos lits un peu plus longtemps qu’à l’habitude. Quand nous partons, nous avons cette « force » qui nous pousse encore plus vite qu’à l’habitude. Non pas le vent bien entendu, lui ne nous a guère apprécié ici au Japon. Plus celle qui apparait toujours quand nous approchons d’un but bien précis. Comme avant d’arriver à Tokyo par exemple. Alors nous « descendons » sur la route 25 pour rallier Osaka. Notre hôte nous avait prévenu. Nous avons réussi à choisir le seul jour dans l’année où la ville était en partie bouclée. Le seul jour où le marathon annuel se tenait et où plus de 30 000 personnes courraient dans les artères d’Osaka. Nous voilà prévenu. Mais nous nous rendons compte que nous aurons de la chance encore une fois, et que nous pourrons échapper aux routes bloquées par le marathon pour arriver à l’heure en face du Mc Donald où nous avions rendez-vous. En face. Car entre nous et lui, se trouve la course. Et impossible de passer tout droit. Alors nous attendons un moment, et notre hôte nous enjoint de remonter plus haut pour passer par un pont. Là, une queue de cyclistes en ligne attendant pour pouvoir passer ledit pont. Mais non sans l’aide d’une armée de bénévoles qui sont là pour pousser les vélos. Nous rigolons en nous disant que certains allaient nous détester en voyant nos vélos. Si Kikinette laisse un bénévole pousser avec force son vélo, Kiki préfèrera le faire soi-même pour éviter bien de la peine à l’un d’eux.

Une fois de l’autre côté, nous rencontrons Mark qui nous récupère alors pour nous amener jusqu’à son appartement. En chemin, il commence alors la visite guidée du quartier, en nous montrant ici un bon supermarché, là une allée pour faire des courses, là-bas un petit restaurant, ou encore nous aiguiller sur les entrées et sorties de métro à prendre pour être le plus rapide. Puis nous arrivons devant chez lui, posons nos vélos, et montons nous poser dans le salon. Là, nous aurons le droit très certainement au meilleur guide touristique de tout Osaka. Pendant plus d’une heure, Mark va nous indiquer tous les endroits à voir et expérimenter dans la ville, répondre à nos questions culinaires pour trouver certains types de restaurant, et nous expliquer le fonctionnement de la maison. Une petite maison de trois étages, avec quatre chambres (chacune au nom d’une ville japonaise, nous aurons le droit à Nara), et un grand salon / cuisine pour nous détendre. Une aubaine pour nous afin de pouvoir nous reposer pendant la prochaine semaine. Une fois tous les conseils prodigués, Mark nous quitte, nous laissant alors avec un bon nombre de perspectives pour notre séjour à Osaka. Nous décidons alors de prendre nos marques et de ne rien faire du reste de la journée, avant d’entamer les visites dès le lendemain.

Data depuis le début

Par | 2018-01-19T05:39:05+00:00 décembre 5th, 2017|Japon|0 commentaire

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