Journal de bord – 067

Jour 274 / 275 – Osaka airport à Phnom Penh

Tout chapitre se doit d’être clos comme il se doit. Pour nous, c’était l’heure de quitter l’appartement où nous étions depuis huit nuits maintenant, de rassembler nos affaires et de mettre nos vélos dans les cartons. Comme la dernière fois à Bishkek, nous ne pouvons qu’à chaque fois espérer ne pas dépasser la limite de poids fixée par la compagnie. Mais nous avions vu large pour ce deuxième vol. 30kg dans la soute pour chaque vélo et 30kg en plus pour nos affaires. Large. Voilà un bien grand mot. Nous serons à la limite pour nos bagages en soute, avec un total de 85kg, auxquels nous ajoutons les 25kg que nous portons sur nous en cabine, et nous voilà avec un magnifique score total de 110kg. Tout était prévu. Nous avions récupéré des cartons dans la semaine, et la gare JR n’était qu’à un petit kilomètre. Mais chaque plan bien prévu à toujours quelque chose qui cloche. Celui-ci n’échappera pas à la règle… Au petit matin, quand Kiki entame de démonter entièrement les vélos pour les ranger dans les cartons, l’évidence est là… les cartons sont bien trop petits pour transporter nos vélos.

Nous avions réussi à récupérer les seuls cartons d’Osaka qui étaient pour des vélos d’enfants ou pour des vélos pliables… Quelles étaient les chances… Alors nous voilà sur les coups de 11h00 à repartir en ville pour faire la tournée des magasins de vélo. Le premier n’en a pas. Le deuxième n’ouvre qu’une heure plus tard. Le troisième en aura un seul. Alors « pressés » par l’horloge qui tourne, nous rentrons avec seulement un carton, tout en récupérant un autre carton errant sur le chemin. Kiki s’en va alors assembler les deux petits cartons à vélo pour en faire un plus large qui va nous permettre d’y ranger sans trop de problème son vélo. Au moment de démonter celui de Kikinette, les pédales résistent. Impossible de les retirer avec nos outils. Alors Kikinette part faire le tour des nombreux magasins à vélo du quartier pour trouver une bonne âme pour l’aider. Le premier n’aura pas les outils. Le deuxième voudra lui faire payer la manœuvre. Le troisième enfin va l’aider sans problème à retirer les deux pédales et lui offrira même un outil pour le faire seule à l’avenir. Quand enfin tout est en pièce, nous voilà à ranger, enlever, re ranger, re enlever, pour enfin tout remettre une nouvelle fois dans les cartons pour être sûr de ne pas avoir trop de poids. Il est alors 15h00 passée quand nous mettons le dernier bout de scotch autour des cartons.

Entre temps, Coco et Marta, nous ont rejoint. Heureusement. Sans eux, le voyage jusqu’à la gare aurait été bien compliqué. Surtout que la pluie commençait doucement à tomber. Et bien entendu, nous n’avions pas pu trouver de cellophane pour protéger les cartons de la pluie. Cela aurait été bien trop simple sinon. Il nous faudra à tous les quatre plus de trente minutes pour parcourir le petit kilomètre qui nous en séparait. Une véritable galère. Nous qui voulions porter seuls nos vélos sur le dos, nous nous ravissons rapidement et remercions grandement nos amis d’être là pour nous aider. Quand il ne s’agit pas d’une énorme pente à 15% qui nous oblige à pousser nos vélos, c’est des cartons à vélo de 30kg qui nous obligent à nous arrêter tous les 100m pour reposer nos mains meurtries par la corde. Une dernière photo souvenir tous ensemble juste avant de passer les portes de métro, et nous nous disons à bientôt. Nos routes se recroiseront très certainement au Cambodge dans plusieurs mois ou sur la route menant en Australie. Nous, nous attendons patiemment sur le quai de la gare. Nous trompant une première fois de quai, avant de réaliser notre erreur, et devoir reprendre tous nos cartons pour les redescendre puis les remonter sur la bonne plateforme. Là, nous attendons un moment, laissant passer plusieurs trains, pour être sûrs d’être devant le bon wagon où nous aurons la place de mettre nos vélos.

Puis nous montons. Poussons les cartons dans un coin et regardons avec mélancolie la ville s’échapper devant nos yeux. Nous le savons, c’est la fin de l’aventure au Japon. La nuit nous accompagne doucement, les bâtiments s’illuminent progressivement. Au loin, une nouvelle grande roue éclaire l’horizon. De l’autre côté, l’île artificielle où se tient l’aéroport KIX d’Osaka. Les portes du train s’ouvrent et voilà que se déverse le flot de voyageurs en transit vers leur prochaine destination. Il n’est que 17h00, et notre avion ne décollera que le lendemain matin vers 9h50. Notre nuit se passera donc à l’aéroport d’Osaka. Mais avant cela, nous devons régler le problème des vélos. Nous faisons tous les étages pour enfin trouver, tout au bout de l’un d’entre eux, bien caché, notre bonheur. Un homme avec sa machine pour envelopper nos cartons. Il nous faudra plus d’une heure pour réussir à tout bien empaqueter après avoir transvasé certaines de nos affaires des cartons vers les sacoches. Notre sauveur avait bien du courage… et de la dextérité pour bien faire nos paquets cadeaux. Il ne devait pas voir passer de tels colis tous les jours, mais nous pouvons dire qu’il n’aura pas lésiné sur le cellophane pour protéger nos vélos. Au final, le compteur nous affiche de beaux chiffres avec un total de 110kg. Nous voilà prêt !

Ne nous reste alors plus qu’à nous installer dans un coin de l’aéroport pour passer la nuit. Nous pourrons dire que nous n’avons pas été très inspirés pour l’occasion. Si la petite salle se trouvant en retrait des nombreux commerces et restaurants qu’offre l’aéroport nous offre une tranquillité certaine et un confort grâce à sa rangée de six sièges que nous occupons ; nous n’aurons qu’une envie jusqu’à 23h30, celle de détruire la petite voix stridente et répétitive sortant des distributeurs automatiques. Mais cela ne nous empêchera néanmoins pas de nous reposer quelques heures, comme la quinzaine d’autres personnes dormant sur les sièges autour de nous. Au petit matin, c’est avec l’odeur d’un café bien chaud que Kikinette aura le droit de se réveiller et d’un dernier repas acheté dans l’un de nos convenient store. L’occasion aussi de dépenser nos derniers yens. Puis tout s’enchaina très rapidement. Faire la queue, déposer nos bagages, faire la queue, passer les contrôles de sécurité, faire la queue, monter dans un train, faire la queue, trouver sa place dans l’avion, attendre, attendre, regarder par le hublot et penser à des milliers de choses à la fois. Les neuf mois qui viennent de passer, nos rencontres sur la route, les trois derniers mois au Japon, nos prochaines aventures, le Cambodge, la famille qui arrive, les défis à venir, les vélos dans les cartons, la vie… le sourire aux lèvres !

Les choses se bousculent dans nos têtes. Tant de choses. Et pourtant nous ne sommes qu’à Bangkok pour l’instant. Pour une longue pause de huit heures. Huit interminables heures à attendre dans un petit bout de l’aéroport où il n’y avait pas grand-chose à faire. Alors nous mangeons un bout chez le grand clown, puis nous posons dans une allée. Kikinette s’endort à même le sol. Kiki regarde quelques séries. Le temps passe. Les gens défilent devant nous. Certains trouvent bizarre que nous soyons assis par terre. Leurs regards trahissent leur étonnement, voire leur désapprobation. En face de nous, d’autres personnes sont assises de la même manière, mais personne ne leur prête attention. A croire que le regard des gens dans ce couloir ne se tournait que vers la droite. Qu’importe, nous n’en bougerons qu’au moment où notre avion nous appellera. Pourquoi quitter un endroit où se trouve une prise qui fonctionne ! Le temps d’avaler un sandwich, nous repartons pour un tour. Démonstration des règles de sécurité, ceintures attachées, décollage, regard sur une ville de Bangkok illuminée, puis en moins d’une heure, nous voilà déjà sur le tarmac de Phnom Penh. Nous lâchons un petit souffle après cette interminable journée dans les aéroports et avions. Nous y sommes. Nous sommes dans notre nouvelle ville d’accueil pour ouvrir une seconde page de notre histoire.

Jour 275 / 281 – Phnom Penh

Aussitôt sur le tarmac, la chaleur nous étouffe. 13h plus tôt, nous étions à Osaka où un petit 5° s’affichait au thermomètre pour le plus grand bonheur de nos vestes et pulls. Là, c’est un bon 25° qui nous souhaite la bienvenue à 22h00. Autant dire, un choc thermique. Depuis l’Asie Centrale que cela ne nous était plus arrivés. Le temps d’enlever nos couches, de leurs faire nos adieux pour un bon moment, et les voilà dans les sacs. Nous pouvons partir à la recherche de nos cartons pour voir si ils ont bien résisté au voyage. Un petit tour devant les douanes pour se faire tamponner nos passeports, et les vélos sont chargés aussi sec. Il n’y a pas foule dans l’aéroport à cette heure-ci, alors pas besoin d’attendre bien longtemps les bagages. Les portes vitrées passées, une nouvelle vague de chaleur nous assaillie. Le temps de comprendre qu’aucun distributeur ne délivre de Riels et que le Dollar semble faire foi ici, nous fouillons nos sacs pour en retrouver quelques coupures datant du Tadjikistan. Puis c’est parti. Nos vélos sont chargés dans un tuk-tuk et nous dans un autre. Nous avions peur qu’ils soient trop gros, mais c’était sous-estimer les chauffeurs de tuk-tuk et leur véhicule qui, nous le comprendrons plus tard, peuvent supporter des cargaisons bien plus encombrantes que nos deux pauvres vélos.

La ville défile sous nos yeux. Des yeux qui ne savent où regarder tant il y a de vie et d’excitation dans les rues. Les petites lumières des bouis-bouis illuminent notre chemin. Le bruit des mobylettes est omniprésent. Les pots d’échappement crachent et pétaradent à foison. Pendant que certains mangent sur le bord des routes, d’autres ont installé leur hamac pour dormir. Des maisons d’un ou deux étages se succèdent dans une longue file. Les matériaux pendent. Certains édifices semblent tenir tout seul. Un mélange des genres et des couleurs qui étonne. Nous sommes curieux. Curieux de découvrir dans quel environnement nos pas vont nous poser pendant un moment. Le pays est encore dans une phase de développement, loin de ce que nous avons pu voir avec l’hyper industrialisation du Japon. Rien n’est vraiment établi. Certainement pas les feux de signalisation que notre chauffeur ne respecte pas ou peu. Nous comprendrons après qu’il tentera le moins possible de s’arrêter dans certains quartiers de nuit, là où des bandes de jeunes à scooter profitent des touristes pour leurs arracher sacs et téléphones. C’est pourquoi, entre tuk-tuk, une formation s’établie, chacun se relayant d’un côté ou de l’autre, pour ne pas laisser l’occasion aux scooters de trop s’approcher de leurs occupants. Plus de « peur » que de problème réel.

Le problème aurait pu survenir au moment d’arriver en bas de chez Alexa et Pierre. Nous avions une adresse et nos tuk-tuk nous y amenèrent. Le hic est qu’une fois en bas, pas de sonnette, personne aux balcons, pas une seule lumière dans les appartements. Où peuvent-ils être. La question se pose. Kiki commence à crier dans la rue. En vain. Les chauffeurs ne veulent pas nous laisser là sans qu’on ne soit déposé au bon endroit. Alors l’un d’eux nous prête son téléphone et nous réussissons à joindre Alexa au bout d’une dizaine de minutes. Nous étions trop loin. Nous le saurons pour les prochains jours. Le temps de remercier et payer nos deux tuk-tuk, de déposer nos cartons dans un coin, et nous pouvons enfin nous poser dans un canapé, un verre d’eau bien fraiche à la main. Un sourire, de rapides présentations entre Kikinette, Alexa & Pierre, et nous voilà pour quelques nuits dans notre petit nid douillet. Quatre ans. Quatre ans et rien n’a changé, comme si Kiki venait tout juste de les quitter à Paris. La seule chose qui ait changé, c’est qu’enfin nous sommes là au Cambodge. Il aura fallu quatre ans pour tenir la promesse de venir les voir ici, mais maintenant que nous y sommes, nous comptons bien rester un petit moment.

La première nuit sera bien courte pour tout le monde. La faute surement à deux français arrivés en vélo par avion qui avaient envie de rattraper le temps en quelques heures. Kikinette avait un programme chargé. Se lever à 6h00, une sorte de miracle, pour avoir son avion à l’heure et partir aussi sec qu’elle était arrivée pour Siem Reap. L’aéroport lui avait manqué, et ce dernier devait trop bien l’aimer. Si bien qu’une fois sur place, l’avion qu’elle avait réservé n’existait tout simplement pas. Le billet était bon, l’argent avait bien été débité, mais sur le tarmac aucun avion ne semblait pointer le bout de son nez pour 8h30. Le premier qui partait pour Siem Reap n’était qu’une heure plus tard. Alors le temps de payer un nouveau billet, de se tromper de terminal en allant au niveau des vols internationaux, la voilà dans l’avion pour retrouver pour une journée marathon ses anciens patrons en vacances en Asie du Sud-Est. Sur place, temples, balade sur le lac Tonlé Sap en bateau, visite du marché de nuit et nourriture en pagaille. De quoi lui faire reprendre les quelques kilos qu’elle avait pu perdre sur le vélo pendant neuf mois. Une bonne journée à rattraper le temps et raconter ses aventures à vélo. Il est toujours bon de revoir après autant de temps des visages familiers. Ce n’est que le lendemain midi que Kikinette reviendra sur Phnom Penh pour y rester encore quelques jours. Pour elle, les fêtes de fin d’année se termineront en France afin de faire la surprise à toute sa famille.

Kiki lui attend ses parents qui sont à quelques jours d’arriver. Nous profitons donc de ces quelques jours pour nous acclimater à l’ambiance locale et à la chaleur étouffante, le tout grâce à un guide juste parfait. Alexa nous fait faire le tour des marchés et des bonnes adresses, de quoi avoir un bon panorama de tout ce qu’il nous est possible de faire. Dans le même temps, nous nous reposons dans leur appartement, à avancer un peu le puzzle qu’ils ont dans le salon, à observer les allées et venues des gens dans le marché proche, à regarder les annonces d’emploi, à déterminer les sites à découvrir dans le pays, à faire le point sur nos neufs premiers mois. Nous ne pourrons pas dire que ces premiers jours furent vraiment productifs, mais ils auront été parfaits pour une bonne introduction à la culture d’expat au Cambodge. Une communauté bien développée qui semble s’étendre à tous les domaines d’activité. Il est plutôt facile de trouver des restaurants tenus par des européens pour retrouver la cuisine « western », ou encore des produits de consommation courante que nous n’avions plus vu depuis des mois et des mois.

Phnom Penh. Cette ville en plein développement où les buildings et les grands projets commencent à pousser comme des champignons. Cette ville où l’ancien, le traditionnel et le moderne se succèdent d’un bloc à un autre, et s’entremêlent pour former un amas urbain indescriptible. Cette ville où les trottoirs n’appartiennent nullement aux marcheurs, mais seulement aux voitures et tuktuk qui se garent dessus. Cette ville où presque personne ne semble se déplacer en marchant, uniquement en deux ou quatre roues, pour aller d’un point à un autre, sans jamais prendre le temps d’arpenter les rues et ruelles qui la composent. Cette perle de l’Asie du Sud-Est où tout est possible, où tout reste à faire, où la vie est bien tranquille, où nous avons décidé de poser nos vélos pour quelques temps !

Data depuis le début

Par | 2018-01-30T04:14:07+00:00 février 12th, 2018|Cambodge|0 commentaire

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