Journal de bord – 068

Jour 281 / 282 / 283 – Phnom Penh

Quelque part dans la proche banlieue de Phnom Penh, un avion d’Emirates atterrit. Il est un peu plus de 21h00 à ce moment-là. Le lendemain, un autre avion s’envolera pour faire le chemin inverse. La France va-et-vient. Les parents de Kiki. Kikinette. A un jour prêt. Ce qui permet bien entendu de tous se retrouver pour une bonne journée de visites dans Phnom Penh et de raconter nos aventures. Le programme avait terminé deux jours plus tôt, obligeant de modifier toutes les réservations d’hôtels qui avaient pu être faites. Mais vouloir retrouver leur fils cycliste implique bien entendu de devoir changer régulièrement d’itinéraire comme il a si bien pu le faire pendant ces derniers mois. Personne n’allait échapper à cela. Où serait l’amusement et l’aventure après tout !

Sur les coups de 22h30, le téléphone de la chambre sonne. Les parents sont là. Deux étages plus bas, et c’est l’heure des retrouvailles. Le physique est scruté dans tous les sens, le petit semble avoir perdu du poids, puis les cheveux et la barbe, qui semblent être en roue libre, avant de parler de tout et de rien. Un moment d’adaptation. Retrouver des proches est une chose assez compliquée au final. Il y a ce moment d’hésitation, ce moment de questionnement, ce moment de flottement… est-ce que les choses ont changé, avons-nous changé, que pouvons-nous raconter… puis tout revient normal plus ou moins naturellement. Ce moment, Kiki pouvait le redouter en quelque sorte. Notre vie a explosé dans tous les sens, nous faisant découvrir des horizons que nous n’avions certainement pas envisagés… rencontrer des personnes qui nous ont fait grandir… explorer des modes de vie loin du confort traditionnel. Est-ce que nos proches allaient nous reconnaitre, comprendre ce que nous avions vécu, entendre ce que nous avions envie de leur transmettre. Mais ce doute n’était qu’un voile qui fut vide soulevé. Alors nous parlons. Parlons. Parlons encore. Avant de voir le compteur se remettre à zéro et se dire qu’il fallait tous dormir si nous voulions profiter de la ville le lendemain.

Pour eux, la nuit sera courte. Le décalage horaire y sera pour beaucoup. Plusieurs jours seront nécessaires pour se défaire de cet ennemi nocturne. En fin de matinée, valise en main, nous partons tous les trois chercher Kikinette à l’appartement d’Alexa. A l’intérieur, c’était comme y trouver mille et unes joies pour Kiki. Croquets, chocolats, gâteaux, parmesan, huile d’olive, saucisson, jambon cru, vin rouge, Nutella, miel, épices fines, quelques vêtements et des cadeaux de Noël qui seront ouverts au retour des deux semaines. Tout ce beau monde restera bien à l’abri dans les placards de notre amie pour pouvoir être savouré et dégusté comme il se doit par la suite. Des produits qu’il est possible de trouver ici au Cambodge bien entendu, mais à des prix bien trop élevés (2 à 4 fois) pour pouvoir se faire plaisir après neuf mois de « diète » pour certains des mets. Alors une fois que tout est rangé, nous pouvons enfin partir à la découverte de Phnom Penh. Il en sera de même pour nous deux, puisque nous n’avions rien visité à part les marchés depuis une semaine.

Premier arrêt, un restaurant sur riverside, avec vue sur le Mékong. De quoi bien attaquer notre journée en faisant le plein de force. De quoi surtout profiter d’un peu de tranquillité dans cette ville toujours en mouvement et qui ne semble presque jamais s’arrêter. La ventilation et les projections d’eau nous tiennent au frais un bon moment, avant que nous ne nous engagions dans les visites, en pleine chaleur, sous presque 30°. Direction le Sangkat Wat Phnom, le temple le plus élevé de la ville qui se trouve sur une petite butte à quelques pas du Mékong. Fut une époque pas si lointaine, il était interdit au Cambodge de construire dans les villes des habitations plus hautes que les temples. Un peu comme chez nous en France, à Chartres, où cela est toujours interdit pour que la Cathédrale reste visible à des kilomètres à la ronde. Dommage. Désormais, les temples sont perdus dans la masse informe. Le temps de payer l’entrée, nous grimpons assez facilement les quelques marches qui nous séparent du sommet. Là-haut, les pieds déchaussés, nous entrons dans un grand hall. Au centre, des statues de divinités. Sur les murs, des peintures représentant des scènes de vie des dieux. Le reste de la pièce est vide, laissant loisir aux croyants de prier. Derrière ce bâtiment, nous y découvrons des stupas de plus ou moins grandes tailles qui s’élèvent au milieu des arbres qui entourent la colline. Quelques personnes vendent de l’encens pour les rituels religieux, d’autres proposent des lâchés de petits oiseaux détenus en cage, d’autres enfin circulent avec quelques fruits. Un tour complet et rapide, et nous voilà déjà reparti.

Un rapide essai de négociation avec des chauffeurs de tuktuk, mais aucun ne semble vouloir faire un tarif raisonnable pour le kilomètre qui nous séparait du Palais Royal. Alors nous marchons. Souvent sur la route, quelques fois sur des bouts de trottoir libres, toujours avec des scooters nous frôlant pour essayer de se faufiler dans le trafic. Qu’importe, nous profitons de ce moment pour découvrir des quartiers et des ruelles que nous n’aurions certainement jamais fait autrement. Les petits commerces sont partout. Restaurants, boutiques de vêtements, supérette, réparateurs en tout genre, vendeurs d’ananas… Sur ce dernier, nous ne résistons pas au plaisir de pouvoir en déguster un bien frais. Il faut dire que ce n’est pas aussi simple d’en trouver en France à un prix aussi ridiculement bas. Alors nous nous faisons plaisir avant d’entrer au Palais Royal. Là, nous comprenons que nous sommes bien dans l’un des rares lieux touristiques de Phnom Penh. Trois bonnes centaines de touristes s’y pressent et s’y baladent pour arpenter ses magnifiques bâtiments dorés. Nous en ferons partis nous aussi. Nous voilà des touristes en quelques sortes pour les deux semaines à venir.

Très jeune dans l’histoire du Cambodge, ce palais n’a été érigé qu’à la fin du XIXème siècle. Mais la plupart des bâtiments que nous pouvons contempler ont subi d’énormes changements depuis l’époque de leur prime construction. La salle du trône, immense & lumineuse, nous offre un avant-goût de ce que pouvait être cette culture khmère dans toute sa splendeur. Nous restons là, à admirer sa géométrie, son architecture, ses couleurs blanches, oranges et dorées. Nous nous délectons de cette vue extérieure, sans pouvoir y entrer. A l’intérieur, une cérémonie se préparait. Alors c’est par les fenêtres que nous pouvons capter quelques bribes de la décoration de cette salle du trône. Puis nous continuons la visite à travers les jardins et les nombreux bâtiments qui composent ce palais royal. Une bonne partie sont fermés au public, mais il est néanmoins possible de les admirer depuis l’extérieur. C’est souvent même mieux, du fait d’intérieur vide en mobilier. Des statues de Bouddha sont exposées dans la Pagode d’Argent où il est possible de déambuler à l’intérieur. Beaucoup de monde se presse à l’intérieur d’un espace restreint pour admirer les différentes statues et pièces d’époques qui s’y mêlent. Certains viennent y prier et déposer une offrande. Nous n’en ferons que le tour, les pieds nus, pour respecter la tradition. Plus loin, nous faisons le tour de la cour. Sur les murs des fresques. Certaines en restauration. Une partie en bon état. Nous pouvons y découvrir la vie du palais, les combats du royaume, et la place du roi dans tout ce processus. Une dernière salle avec les chaises pour porter le roi, quelques personnes jouant une musique traditionnelle, et nous nous retrouvons vite à l’extérieur, jetés à nouveau dans la rue bruyante que nous avions oubliée l’espace de cette visite.

Un massage plus tard, pour ne pas manquer à la tradition des parents de Kiki qui ont un record à établir d’un nouveau salon de massage par jour quand ils viennent en Asie, et un tour de tuktuk nocturne dans Phnom Penh pour y découvrir sa vie à l’heure de pointe, nous nous retrouvons déjà de nouveau attablé au Mok Mony cette fois. Une délicieuse adresse proposée par Alexa, assortie d’un restaurant engagé. Tous les produits qui nous sont servis peuvent être renvoyés en cuisine si nous ne les aimons pas ou si ils sont trop épicés. Le chef offrira alors le repas a des personnes démunis. Une très bonne idée pour éviter le gaspillage alimentaire comme il en existe souvent. Dans notre cas, il a été très difficile de renvoyer une seule assiette tant la cuisine était simplement succulente. Une bonne adresse que nous notons pour revenir dans le futur.

L’heure tourne, et sur les coups de 20h00, Kikinette s’éclipse. Son avion est dans quelques heures. Retour dans le froid pour elle. Retour avec les gros pulls et vestes pour se protéger. Aucun problème à l’horizon cette fois-ci. L’avion est bien là, à l’heure, et il décollera bien pour la ramener l’espace de quelques semaines auprès de sa famille. Une famille et des amis qui ne se doute de rien. Son plus important challenge sera alors pendant les prochaines semaines de faire croire qu’elle est encore ici au Cambodge en ne se trahissant pas, ni avec les données de localisation, ni avec les heures où elle répondra aux différents messages qu’elle recevra, pour pouvoir faire petit à petit la surprise à tous les membres de sa grande famille puis à ses amies remontant dans le Nord et ne se doutant de rien. Un challenge… qu’elle réussira !

La soirée passe, le soleil revient à son point de départ, la chaleur commence petit à petit à s’installer, devant l’hôtel le même chauffeur de tuktuk que la veille. Il doit s’agir de son point de chute. Alors nous négocions avec lui pour l’avoir toute la journée. Il était sympa la veille avec nous. Direction le marché central pour commencer en douceur la journée. Nous zigzaguons dans les allées. Un coup nous tombons sur les vêtements, un autre sur les bijoux, pour rentrer ensuite dans la partie alimentaire. Les légumes s’étalent ici et là. La viande pendouille à des crochets et laisse échapper ses odeurs. Les poissons frétillent encore dans quelques bassines d’eau. Des locaux viennent faire « leur pêche » pour le repas du jour. Un instant. Puis nous revoilà parmi les vêtements et les casseroles. Tout est organisé, comme pouvait l’être tous les grands marchés que nous avions pu traverser en Asie Centrale. Chacun a sa place et rien ne dépasse. Des montagnes et des montagnes de casquettes ici, puis juste à côté c’est une pile sans fin de chaussures. Il faut être un aventurier pour chercher la bonne taille à l’intérieur de tout ça. Nous divaguons simplement, sans vraiment faire de shopping à proprement parlé. Nous sommes surtout venus là pour essayer de trouver un taxi pour le lendemain, pour continuer notre route vers le Nord. Nous tentons quelques agences autour du marché, sans succès. Nous retenterons plus tard.

Là, notre tuktuk nous attend. Nous partons à une vingtaine de kilomètres du centre de Phnom Penh, pour rallier l’île de la soie. Une « petite » île en plein cœur du Mékong qui a la particularité comme son nom l’indique d’y trouver en son sol des fermes à soie et un grand nombre de tisseurs. Cheveux au vent, un court ferry plus tard pour traverser le fleuve, et nous nous retrouvons sur ce bout de terre. Premier arrêt, une maison où des locaux tissent eux-mêmes la soie. L’arrêt touriste par excellence. Mais c’est le jeu de vouloir visiter cet endroit. Personne ne travaillait avant notre arrivée. Tout le monde s’est en un instant réveillé pour faire tourner les deux machines qui composaient l’atelier se trouvant juste sous la maison familiale. L’homme avait le droit de faire des bobines de fils de soie tressées, avant que celles-ci ne soient utilisées par sa femme avec le métier à tisser juste derrière. La dextérité que ces femmes ont pour réaliser les motifs des écharpes et autres vêtements qu’elles confectionnent est toujours aussi impressionnant. La dernière fois que nous avions pu les voir à l’œuvre était en Ouzbékistan dans la ville de Khiva. Un travail d’orfèvre. La micro visite terminée, notre tuktuk fait route vers la ferme principale de l’île. Le passage obligé si l’on souhaite comprendre au mieux cette technique. Mais ayant déjà pu voir le procédé dans d’autres pays, rien de bien nouveau ne nous sauta aux yeux lors de cette heure de visite. Entre les différents stades du vers à soie, la prise en charge, l’extraction du fil, et le tissage enfin, nous avons quand même pu redécouvrir tout cela sous l’angle du Cambodge. Le final est identique bien entendu, mais l’utilisation et les outils peuvent varier d’une région à une autre. Alors en même temps que nous avons le droit à une visite commentée en anglais, nous passons dans leur « petit zoo », où quelques animaux de divers horizons semblent dormir sous la chaleur étouffante plus qu’autre chose.

Puis nous rentrons. Cheveux au vent, le ferry dans l’autre sens, et nous retournons sur les grands axes de Phnom Penh. Une courte visite dans une agence qui nous fournira de précieux conseils mais qui n’aura pas de voiture pour nous, et nous contactons à la volée quatre chauffeurs que nous trouvons sur Internet. Le premier nous répondra rapidement, mais à un prix exorbitant. Le deuxième sera le bon, avec un prix plus raisonnable pour nos deux jours de trajet. Rendez-vous est vite donné pour le lendemain matin. Une bonne chose de faite. Sinon nous aurions dû à nouveau changer le programme pour directement nous rendre sur Siem Reap en bus. Un passage plus tard dans un nouveau salon de massage pour les parents de Kiki, et nous rejoignons tous Alexa pour diner dans une autre de ses bonnes adresses : le Mama Thai. Nous sortons du cadre intimiste pour plonger dans une immense demeure sur trois niveaux dans un cadre fabuleux. Une bonne table pour terminer notre premier passage à Phnom Penh et partir cap vers le Nord.

Jour 283 / 284 – Phnom Penh à Siem Reap

Laisser notre chambre d’hôtel à Phnom Penh ne sera pas bien difficile pour nous. Un raté comme il peut en exister parfois lorsque l’on arrive dans une grande ville. Ou simplement la malchance d’être tombé sur les pires chambres du complexe, avec de la moisissure aux murs, une odeur détestable et un manque flagrant d’entretien. Pourtant, juste en face de nos chambres, d’autres avaient l’air bien meilleure. Dommage. Mais pour le temps que nous y avons passé, c’est-à-dire simplement dormir, cela n’aura en rien été dommageable pour notre séjour ici. Quelques fruits, un œuf, des tranches de pain avec de la confiture, un jus frais, des céréales… le ventre plein nous pouvons embarquer avec notre chauffeur qui nous attendait dehors. Un changement radical de mode de voyage / transport pour Kiki, mais un changement qui permet de se reposer un peu. Alors nous profitons tous des sièges bien moelleux et de la climatisation de notre voiture pour regarder le paysage défiler sous nos yeux… et regarder notre chauffeur se faufiler entre les voitures, doublant encore et encore. Il doit s’agir d’un sport national ici que de doubler sans cesse. Une majorité de conducteur semblant rouler très lentement tandis qu’une minorité (taxi, mini van) semble plutôt enclin à faire cracher le pot d’échappement. Une pause déjeuner sur la route à Kampong Thom, et nous pouvons terminer comme il se doit nos quatre heures de route pour rallier Prasat Sambor.

Eloigné de la route principale, le site de Prasat Sambor est presque désert. Une visite privée rien que pour nous des ruines qui s’y trouvent. Une quinzaine de personne tout au plus, la plupart locaux. Nous comprendrons bien vite que la majorité des sites historiques du Cambodge sont vides de touristes en dehors d’Angkor et de Phnom Penh. Une chance pour nous. De quoi pouvoir profiter pleinement de la nature et des temples qui se cachent à l’intérieur de celle-ci. Pendant deux bonnes heures, nous marchons à travers la forêt, plus ou moins dense par endroit, pour découvrir ici et là des temples s’élever de la terre. La nature a repris ses droits sur ce site. Et ce phénomène est toujours aussi impressionnant à voir. Comme un message pour rappeler à l’Homme que nous ne sommes que de passage sur cette planète. Se tortillant dans tous les sens, les arbres réussissent le pari incroyable de venir se mélanger avec les pierres, comme pour ne former qu’un tout uniforme. Et nous sommes là, au bas de ces constructions ayant des centaines et des centaines d’années, admirant ce spectacle époustouflant. Les ravages du temps, et les destructions humaines, ont joué contre ces édifices. Leur splendeur d’antan ne peut qu’être imaginée, seuls des bribes subsistant aujourd’hui. Eparpillés dans la forêt, les temples ne semblaient faire partis que d’un gigantesque complexe à une époque bien lointaine. Alors nous marchons, tout autant que nous discutons pour rattraper les neuf mois qui viennent de s’écouler. Là, trois hommes travaillent à la restauration du site, ou tout du moins à sa conservation en créant des ponts en bois pour ne pas abîmer les anciennes marches. En haut d’un temple, deux autres hommes désherbent en profondeur la pierre où de la mousse et autres petits végétaux semblent s’être insérés, menaçant la stabilité de la construction. Nous les regardons, comme nous regardons tous les temples de Prasat Sambor, pour en apprendre davantage sur la manière dont le Cambodge sauvegarde aujourd’hui son patrimoine.

Puis nous reprenons la route… pour repartir une soixantaine de kilomètres en arrière. Notre logement pour la nuit se trouvant sur la nationale 6, non loin de la ville de Santuk. Notre chauffeur nous propose de nous déposer en bas d’une « montagne » pour partir à la découverte d’un temple. Mais la météo aura raison de nous. Juste au moment d’arriver à l’embranchement pour y accéder, le déluge pointe le bout de son nez. Alors nous reportons la visite au lendemain matin. Une chance pour nous. Nous comprendrons avoir fait un choix judicieux en ne tentant pas le diable. L’accès au temple de Santuk s’effectue par le biais d’une belle ascension de près de 810 marches. 810. Aucun de nous ne les comptera, mais une personne avant nous a eu la bonne idée de l’inscrire sur la dernière marche. Nous lui faisons confiance sur le décompte. Une belle ascension matinale qui aura de quoi pousser les parents de Kiki à passer voir des masseurs après cela. Une fois le sommet atteint, le panorama se découvre timidement pour nous laisser entrevoir les plaines alentour. Derrière un temple principal aux couleurs éclatantes, se dévoile un Bouddha couché de plusieurs mètres, auquel s’ajoute un bon nombre de statues de divinités. Le temps d’apprécier le style architectural de tous les bâtiments qui composent ce complexe, nous nous posons un instant pour reprendre notre souffle. Les singes font partis du paysage ici. Vaquant à leurs occupations, ne se souciant guère des touristes, mais restant bien à distance des enfants cambodgiens qui leur tirent des cailloux avec des frondes. La faune et la flore semblent bien s’acclimater aux températures infernales qui règnent dans le pays. Pour nous, la sueur continue lentement de perler de nos fronts minute après minute. Les 810 marches nous attendent alors pour un second round. Si grimper des marches pouvant faire deux à trois fois la hauteur normale était difficile, les descendre est tout aussi amusant. Le confort de la voiture ne sera pas de trop pour reposer les jambes après ce petit exercice matinal.

Le paysage défile sous nos yeux. Le temps de repenser à l’hébergement de la veille et de se demander ce que le suivant allait pouvoir nous réserver. Après les moisissures tapissant les murs, c’était une invasion de moustiques et autres bestioles à ailes qui nous avait tenu compagnie. Jouxtant la rizière familiale, ce genre de « problème » arrive indubitablement. Au petit matin, le couloir s’était tapissé des cadavres de centaine et centaine de moustiques qui semblaient s’être décidés à finir leurs jours sur la dalle blanche de l’hôtel. Un brin de nature avant d’arriver à Siem Reap. Les heures de voiture touchaient à leur fin… avant que nous ne changions de moyen de transport pour les jours à venir. Et le vélo n’était hélas pas une option. Siem Reap est une ville à définir. En pleine expansion depuis une vingtaine d’année, elle ne ressemble plus qu’à un immense complexe hôtelier avec toute sorte de gammes de prix pour être uniquement la porte d’entrée des temples d’Angkor. Une véritable ville touristique par excellence où toutes les saveurs du monde se retrouvent pour proposer en son cœur un immense marché nocturne où se pressent dans les allées des milliers de touristes, qui une fois le tour fait iront s’asseoir dans l’un des nombreux restaurants ou bars qui pullulent un peu partout. La ville de Siem Reap en elle-même ne propose « rien » à visiter, elle ne semble plus que servir de dortoir et cuisine avant de passer la journée dans les temples. Nous n’échapperons pas non plus à la règle, en intégrant le moule pour les quelques jours que nous passerons dans cette région.

Nous profitons néanmoins de l’occasion de nous rendre sur Siem Reap pour nous arrêter tous les trois à l’école de Lyli Association. Celle-ci se trouvant une dizaine de kilomètres en amont de la ville, un petit détour nous y conduira. Il était important pour Kiki de voir enfin de ses propres yeux l’école et les enfants. C’est une chose que de connaitre une cause que l’on soutient, c’en est une autre que de voir le travail effectué par ses membres sur le terrain et de voir le réel impact de nos actions. Alors nous y faisons un saut rapide pour rencontrer Koay, le maître d’école. Une classe ayant lieu, nous préférons nous attarder que quelques minutes afin de ne pas perturber les enfants et repartir aussitôt. Trop nombreux étant les touristes trouvant normal de s’arrêter, tel un safari humain, dans les écoles des pays en voie de développement pour se prendre en photo avec les enfants. Nombre d’écoles appartenant à des ONG locales organisent ce type de « tour » pour récolter des fonds, sans jamais se poser de question quant à la nature même de ce que ce type de comportement induit… l’estime de soi des enfants réduits à zéro, n’étant plus que des « marchandises » devant sourire et prendre des photos avec le touriste qui a de l’argent… sans jamais se dire qu’en perturbant ainsi les classes, la concentration des élèves sera difficile à revenir… comme si chez nous, dans nos pays occidentaux, nous irions comme ça, dans des écoles élémentaires prendre des photos avec des enfants, sans avoir aucun problème avec la police ensuite. Pourquoi devrions-nous avoir un comportement différent ici, un comportement que nous n’aurions pas chez nous, un comportement qui va à l’encontre de l’éduction des enfants et de leur construction en tant que personne. Voici l’un des combats de Lyli, parmi tant d’autres, qui a su nous toucher et avoir un sens dans notre voyage !

Data depuis le début

Par | 2018-01-30T04:16:32+00:00 février 17th, 2018|Cambodge|1 Comment

Un commentaire

  1. Jean Jacques Erandorena 27 février 2018 à 9 h 18 min - Répondre

    Bonjour à tout le monde,

    Ca doit faire plaisir de se retrouver en famille après de longs mois
    Profitez en bien!
    Bon courage
    Jean Jacques

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